Entretien #Le11 – Auteur d’un excellent début de saison, Alexis Blin a pourtant eu à traverser, avec beaucoup de courage et de caractère, un drame personnel en pleine préparation estivale. Apaisé et désireux de regarder de l’avant, le milieu de terrain se confie pour le 11 Amiénois.

Lors de notre précédent entretien en mai dernier, on avait évoqué la suite de votre carrière et vous aviez confié votre volonté de rester à Amiens. Finalement, le club a rapidement levé l’option d’achat…

J’étais content. Après pour être honnête, c’était déjà dans les tuyaux à ce moment-là. Je savais que si le club se maintenait, l’option serait levée. Maintenant, tant que rien n’était officiel, je préférais attendre et rester discret. Quand ça s’est finalisé, j’étais content car venir à Amiens m’a fait beaucoup de bien. J’avais envie de surfer sur cette dynamique, enchaîner les matches et continuer à être performant. Pour le moment, ça me sourit, je suis très heureux d’être définitivement à Amiens et j’espère qu’on fera une grosse saison.

Et dire que cette aventure a démarré au mois de septembre, après la clôture du mercato estival, en tant que joker…

Même si ça m’a permis d’arriver à Amiens, je ne peux pas me réjouir de la blessure de Bongani (Zungu), qui est une super personne. J’ai beaucoup de respect pour lui, c’est un super joueur, il a un peu moins de temps de jeu cette saison mais il se donne toujours à 150% aux entraînements et quand on fait appel à lui en match. Mon arrivée à Amiens a été une vraie bouffée d’oxygène, j’ai réussi à rebondir, à jouer sur mes qualités.

Christophe Pélissier a été l’homme à l’origine de votre venue à Amiens. Quand il quitte le club cet été, n’avez-vous pas craint de revivre la même mésaventure qu’à Toulouse avec un nouvel entraîneur qui pouvait potentiellement ne pas compter sur vous ?

C’est difficile à dire. Quand un nouveau coach arrive, toutes les cartes sont redistribuées. Il faut prouver qu’on peut nous faire confiance. A son arrivée, le coach Elsner nous a appelés un par un pendant les vacances pour nous expliquer ce qu’il souhaitait faire de nous. Il a été très clair, avant même la reprise de l’entraînement, on avait la possibilité de se retourner si nécessaire. Il m’a fait comprendre qu’il comptait sur moi mais il n’a mis personne au placard. Il y a une vraie rotation au sein du groupe.

Je me sens un peu porté, j’ai envie de la rendre fière.

Durant la préparation, on a pu observer que Luka Elsner communiquait beaucoup avec vous. Quelle était la nature de vos échanges ? 

Avec le coach, on a tout de suite eu une relation particulière. Il faut savoir que j’ai perdu ma maman le 30 juin, soit la veille de la reprise de l’entraînement. L’enterrement a eu lieu le 4 juillet et j’étais de retour dès le 5 juillet. On m’avait proposé de prendre du temps pour moi mais ça aurait été pire de se morfondre chez moi, à tourner en rond, à être à l’endroit même où elle a vécu. Elle aurait aussi aimé que je reprenne l’entraînement. J’ai retrouvé le vestiaire, on parlait d’autre chose, ils me faisaient rire, je ne pensais pas à ça. J’ai donc repris après les autres, j’avais du retard, mais le coach Elsner m’a tout de suite aidé. C’était compliqué à ce moment-là, je me servais du football comme d’une échappatoire et le coach Elsner m’a beaucoup aidé. Il m’a proposé de rentrer chez moi, au Mans, pendant la préparation, si j’avais besoin d’être en famille pour me reposer et traverser cette épreuve. Après le stage, quand je suis rentré au Mans, il m’envoyait régulièrement des messages pour savoir comment ça se passait. Je le remercie pour son comportement avec moi, il a été très humain. Dans ces moments-là, c’est normal mais tout le monde ne le ferait pas au regard des enjeux, ce n’était pas évident. Mes coéquipiers ont également été exemplaires à mon égard, ils ont fait abstraction de tout ça, alors que ce n’est jamais simple de savoir comment réagir. J’étais aussi en chambre avec Tom (Thomas Monconduit) pendant ce stage. Il est passé par là il y a quatre ans, en perdant son père. On a beaucoup parlé pendant cette période, il a été d’un grand soutien. En finalité, le football m’a fait beaucoup de bien pour traverser cette épreuve et il me fait encore beaucoup de bien aujourd’hui parce que c’est encore assez sensible. Maintenant, c’est la vie qui veut ça, il faut lever la tête et avancer et c’est ce que j’essaie de faire depuis le début de saison.

Malgré cela, vous venez de réaliser un très bon début de saison…

Je me sens un peu porté, j’ai envie de la rendre fière. J’ai aussi une famille derrière, mon père, un petit frère et une petite sœur derrière et c’est important qu’on ne lâche pas pour eux, ça ne tient qu’à un fil quand on perd un proche. Ma copine a également été présente pour moi, elle a été très forte pour deux. Aujourd’hui, je suis fort pour eux mais ils sont également exemplaires au quotidien. Ils sont joyeux, ils gardent la bonne humeur, ça me fait du bien de les voir comme ça. De mon côté, je continue à m’épanouir dans le football, tout en ayant une autre vision des choses.

Ce genre d’événements tragiques influe indubitablement sur une vie, sur une carrière…

J’ai pris beaucoup de recul depuis le début de saison sur tout ce qui nous entoure. En dehors, c’est encore dur, il y a des moments plus difficiles que d’autres et le football me donne beaucoup de forces, il me donne envie de me battre. Je suis encore jeune, mon frère et ma sœur le sont encore plus, mon père et mes grands-parents ont encore de belles années devant eux. J’ai fait le choix de m’appuyer sur ce qui me faisait du bien pour rebondir. Je suis assez fier de ce qu’on arrive à faire au sein de la famille, chacun de notre côté, en s’appuyant sur ce qu’on aime faire, on arrive à continuer à vivre, même si une cicatrice restera gravée à vie.

Avez-vous le sentiment d’avoir passé un cap en ce début de saison, de jouer le meilleur football de votre jeune carrière ?

Je le pense, oui. Je n’ai pas trop d’explication à donner à ça. Avec l’âge, je prends un peu plus de vice, peut-être, de compréhension du jeu. S’il faut, je parle là, et à Saint-Etienne je vais rater mon match. Sur les neuf matches joués, je suis satisfait de ce que j’ai produit. Ensuite, c’est une remise en question permanente. Je suis content parce que j’arrive à être régulier dans la performance. C’est là où j’avais un peu de mal à Toulouse. Ce qui est dur dans le football, c’est de se remettre dedans chaque week-end parce que chaque match est différent et on retiendra plus facilement le match que l’on a raté plutôt que celui que l’on a bien fait.

Peut-on dire que vous êtes devenu un cadre de cette équipe ?

Avant le début de saison, le coach a convoqué les quatre milieux et nous a dit qu’il comptait sur nous quatre et que chacun pourrait tirer son épingle du jeu cette saison. J’ai joué neuf matches sur dix, c’est un fait, mais ce n’est pas pour autant que le coach me laissera si je fais deux ou trois mauvais matches. Il y a toujours un niveau d’exigence important à avoir, parce que derrière, il y a des joueurs qui poussent, ont du talent et sont performants aux entraînements. Il y a une remise en question à chaque match. Il y a des moments où je serai moins bon, c’est normal, mais pour l’instant je suis plutôt satisfait de mon début de saison. Je n’ai pas souvenir d’être titulaire avec autant de concurrence. A Toulouse, sous l’ère Dupraz, le coach m’adorait, un peu comme le coach Pélissier avec Tom. On avait une relation assez importante avec le coach Dupraz. C’est la période où j’étais blessé et moins performant, mais il me faisait jouer quand même. Cette saison, je sais que si je suis blessé et moins performant, je prendrai le temps de me soigner parce que derrière, il y a des joueurs qui poussent et le coach n’hésitera pas à les faire jouer. Ça permet à chaque joueur de tirer le meilleur de lui-même. Au quotidien, ça me pousse à être exigent avec moi-même. C’est le monde du foot qui est comme ça. Ce n’est pas évident parfois pour certains joueurs. Ça ne l’a pas été pour moi à Toulouse à un moment donné. On voit le bon côté des choses quand on est de l’extérieur, mais à l’intérieur il y a une concurrence importante, l’envie de jouer qui est là, se battre pour le maintien tous les ans, ce n’est pas facile mentalement mais c’est quand même bon à vivre.

Quels sont vos axes d’amélioration ?

J’aimerais bien marquer deux ou trois buts par saison, parce que je n’en ai mis que deux dans ma carrière. Il faudrait que je sois un peu plus présent dans la surface. J’ai parlé de vice, mais avoir du vice c’est aussi être présent au bon moment dans la surface. Arturo (Calabresi) l’a eu contre Nîmes, par exemple. Bakaye (Dibassy) a marqué cette saison, alors que l’on ne mettrait pas une pièce sur une frappe de loin de sa part ! Si eux se retrouvent dans la surface et arrivent à marquer, je pense que je pourrais aussi le faire. C’est difficile à travailler mais il faudrait que je me retrouve plus de fois dans la surface, quitte à ce que Eddy (Gnahoré) compense. Ça peut être un axe d’amélioration, un peu comme les frappes de loin même si je préfère les centres. Ensuite, je laisse ça au coach.

Je donne le maximum et je suis pleinement investi, les gens s’identifient à ça.

Vous êtes un milieu défensif et vous pointez donc une partie offensive du jeu ?

Défensivement, je pense que je fais les efforts nécessaires pour le groupe, et dans le duel je pense être présent. Je ne vais pas tous les gagner, mais c’est un de mes points forts et c’est pour ça que je joue aussi. C’est ma qualité forte donc autant améliorer ce qui est moins bien même si c’est bien aussi de renforcer là où l’on est bon. Me projeter ou faire de meilleures passes vers l’avant ça peut s’améliorer, mais marquer deux ou trois buts, c’est bien aussi !

Au mois d’août, vous avez dépanné en défense centrale. Comment avez-vous vécu cet intérim à un poste plus inhabituel pour vous ?

Le coach m’avait prévenu dans la semaine et j’étais prêt parce que tant que je suis sur le terrain, je suis content. J’avais même joué arrière gauche avec Toulouse, sur un match de Ligue 1. Le plaisir du terrain, il n’y a rien de tel. Jouer des matches dans une position différente, ça permet d’avoir une autre perception des choses. Jouer un match en tant que défenseur central, c’est différent, surtout à trois. Il y a moins de courses à faire, mais il y a plus de réflexion. Quand on est arrière gauche, c’est pareil. Il y a moins de courses mais à plus haute intensité. Ce sont des choses que l’on prend, et c’est plutôt bien. C’est pour ça que c’est bien de le faire en Ligue 1, mais surtout en formation. C’est intelligent de changer les postes de certains pour qu’ils aient la perception des choses.

Vous n’êtes là que depuis un an mais on a le sentiment que vous faîtes partie de cette aventure depuis plus longtemps. Le public s’identifie beaucoup à un joueur disposant de vos caractéristiques. Ressentez-vous cela ?

Oui, je ressens ces choses. C’est gentil et ça fait plaisir. C’est à moi d’entretenir ça. Je ne dois pas baisser d’intensité dans les duels, dans mes tacles, dans mon envie de bien faire. Les gens ne se trompent pas, quand on donne le maximum… J’avais déjà dit ça l’an dernier après certains matches où on était applaudis parce qu’on avait tout donné alors qu’on n’avait pas été récompensés. C’est un peu la même chose pour moi dans cette situation. Je donne le maximum et je suis pleinement investi, les gens s’identifient à ça.

Vous êtes le joueur qu’il faut à Amiens, mais peut-être qu’Amiens est également le club qu’il vous faut ?

C’est possible, oui ! J’y crois fort aussi.

A seulement 23 ans, vous avez déjà déjà franchi la barre des 100 matches en Ligue 1. Avez-vous déjà envie de voir autre chose et, si oui, quel championnat vous fait le plus rêver ?

J’ai toujours eu envie de jouer à l’étranger, mais pas pour jouer un championnat en particulier, seulement pour découvrir d’autres cultures. J’aimerais apprendre plusieurs langues, découvrir comment les équipes jouent dans les autres championnats. Ce n’est même pas une projection, juste une envie personnelle. Pour le moment, je me sens très bien à Amiens, mon objectif à court terme est de faire une grosse saison collective pour faire ressortir les individualités. Après, on verra ce qu’il se passera. Je ne me pose pas de question pour le moment. L’Angleterre fait rêver, bien sûr, j’aime beaucoup l’Allemagne, qui a un très beau championnat. C’est moins suivi en France, mais je pense que si on met le pied dedans, on n’a pas trop envie d’en ressortir parce que les stades sont pleins, l’intensité est importante et il y a une belle culture football. La France est un championnat compliqué aussi, je m’y identifie parce qu’il est rude. Je me rappelle que Sergi Darder avait qualifié la Ligue 1 de très dure et a préféré retourner en Espagne. Fabregas l’a dit récemment aussi. Tous les joueurs ne peuvent pas jouer en Ligue 1. C’est un championnat différent des autres, mais quand on regarde plus loin, on voit beaucoup de joueurs qui sont passés ici en train de performer à l’étranger. Ce n’est pas anecdotique. En France, on sort beaucoup de jeunes joueurs mais on n’arrive pas à les garder parce que le pouvoir d’achat des clubs étrangers est nettement supérieur à celui des clubs français.

Que pensez-vous de la ville d’Amiens ?

C’est un peu une ville comme Le Mans. Je n’ai pas besoin d’une très grande ville pour m’épanouir tant que je peux le faire professionnellement. C’est ce qu’il se passe pour le moment. Amiens est une ville sympa, pas loin de Paris, ce qui permet de prendre un peu l’air, voir autre chose. Il y a d’autres belles villes aux alentours, c’est très accessible pour se déplacer. J’habite au Mans et il n’y a que trois heures de route. C’est important pour moi de pouvoir rentrer quand je le peux, surtout dans cette période. Je suis très content d’être ici.

Le Mans ? Je suis très heureux de leur remontée, j’espère que le club se maintiendra en Ligue 2

En parlant du Mans, votre club formateur a retrouvé le monde professionnel cet été, après avoir déposé le bilan en 2013…

Je suis né là-bas, mes parents et grand-parents sont Manceaux et j’ai dû quitter le cocon familial à 17 ans parce que le club a coulé. C’était une petite déception mais au final j’ai joué en Ligue 1, à Toulouse, et on ne m’enlèvera jamais ça. C’est vrai que Le Mans était le club que je supportais depuis que j’étais petit, et le voir tomber en DH alors que je pointais le bout de mon nez en équipe première, ça m’a fait mal. Je suis très heureux de leur remontée, j’espère que le club se maintiendra en Ligue 2 pour pouvoir peut-être retrouver l’élite du football français dans les années à venir, mais la L2 est compliquée. Je reste confiant pour eux. Il faut que tout le monde reste positif et ça va tourner en leur faveur. J’étais au match aller du barrage contre le Gazélec où ils s’inclinent 2-1 et j’ai regardé le retour dans un bar, avec le retourné de Soro à la dernière seconde… C’était incroyable. Ils ont des outils qui leur permettent de viser le très haut niveau avec un stade magnifique, un centre d’entraînement refait en 2010. C’est très récent. Il y a des infrastructures qui permettent de rêver à mieux, mais la vérité c’est celle du terrain. Ils sont un peu dans le dur mais je suis confiant pour eux. Je regarde leurs matches et je vois un bon groupe, un coach exigeant, donc ça va tourner.

Le vestiaire de l’Amiens SC est composé de beaucoup de joueurs étrangers, avec des cultures diverses et variées, comment parvient-on à créer des liens ?

Il y a quelques petites blagues que l’on arrive à comprendre et on a besoin de peu pour s’entendre. De toute façon, la force d’un groupe, c’est de gagner. Si on gagne, il y aura une bonne ambiance, et si on perd, ce sera plus compliqué. J’ai connu ça à Toulouse. On répétait que l’on avait un bon groupe, mais quand ça ne gagne pas, il y a des tensions, et c’est normal, parce que chacun est à fleur de peau et a envie de mieux faire. La seule solution, c’est la gagne. Quand on performe, que l’on est bon au quotidien, et surtout en championnat, ça se ressent dans le vestiaire. Il n’y a pas d’autres mots.

Avoir des passions communes en dehors du football, ça renforce aussi les liens avec les autres membres du vestiaire ?

Quand même, oui. J’ai des passions communes avec Jordan Lefort et Quentin Cornette comme la Playstation ou bien le biathlon avec Matthieu (Dreyer) et Tom (Thomas Monconduit), j’aime également beaucoup le basket et le tennis. C’est important parce qu’on communique ensemble, on parle d’autres choses que le foot parce qu’on en parle beaucoup au quotidien. Parler d’autre chose, ça fait du bien aussi. Parfois, j’ai envie de penser à d’autres choses aussi parce qu’on peut se morfondre et ce n’est pas bon pour la tête. C’est top de pouvoir parler avec des mecs comme ça.

Tous propos recueillis par Romain PECHON

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