Amiens SC : Un recours perdu d’avance ?

En raison de l’épidémie du Covid et conformément aux directives gouvernementales, la Ligue de football professionnel (LFP) a décidé d’arrêter le championnat de France de Ligue 1 et de procéder au gel des positions selon le principe du quotient. Dix neuvième et par conséquent relégué en Ligue 2, sans avoir pu défendre ses chances jusqu’au bout, l’Amiens SC compte bien contester cette décision. Avec une réelle chance de l’emporter ?

Des chances faibles mais pas totalement nulles

Désireux de défendre les intérêts de son club, Bernard Joannin va vraisemblablement se lancer d’une bataille juridique qui s’annonce longue et aux retombées incertaines. Effectivement, si la décision de reléguer l’Amiens SC en Ligue 2 était entérinée lors de la prochaine Assemblée générale de la LFP, programmée le 20 mai prochain, le président amiénois devra alors respecter scrupuleusement une très longue procédure. « Il faut d’abord un recours devant la LFP, puis devant la Fédération française de football et s’il échoue, et selon toute vraisemblance il échouera, il faudra encore qu’il aille devant le Comité national olympique et sportif français pour essayer de trouver une médiation avec les autorités footballistiques françaises », précise Maître Thierry Granturco, avocat spécialisé en droit du sport et ancien salarié de l’Olympique Lyonnais, dans une interview accordée à nos confrères de France Info.

Au regard du soutien apporté par le gouvernement à la LFP et à la FFF, Thierry Granturco estime que ce recours « échouera » également. Dès lors, « la porte sera ouverte d’un recours judiciaire devant le tribunal administratif de Paris et/ou devant le Conseil d’Etat, probablement courant juin« , précise-t-il. « Au vu du contexte exceptionnel, du vide juridique préexistant, du temps qui a été laissé aux familles du football pour en débattre et donner leur opinion sur les options envisagées, on peut estimer que les chances d’obtenir gain de cause sont faibles », prévient Sevan Karian, autre avocat spécialisé dans le droit du sport, dans les colonnes de l’Equipe. Parce qu’aussi « la LFP prend des décisions dans l’intérêt général du football en France, [qu]’elle a une délégation de service public qui lui vient du ministère », ajoute Granturco. Dès lors, difficile de voir « un tribunal revenir sur la définition de ce qui peut être l’intérêt général tel que le décide la LFP. »

Dans un tel contexte, seule la bataille de l’opinion publique semble pouvoir faire infléchir les instances du football français. D’où la campagne médiatique lancée par l’Amiens SC, avec un Facebook live organisé samedi soir, l’appel de Bernard Joannin à l’égard de Noël Le Graët et le soutien aux pétitions lancées en ligne par différents groupes de supporters. D’autant que Maître Karian rappelle que « le temps judiciaire est souvent très long », prenant en exemple le cas de Luzenac, qui aura fini par avoir gain de cause bien des années plus tard. Pour toutes ces raisons, les deux avocats s’accordent sur le fait que les clubs s’estimant lésés, à commencer par ceux qui descendent (Toulouse et Amiens) ou bien qui s’avèrent privés d’accès à une Coupe d’Europe (Lyon et Montpellier) ne puissent obtenir que « des dommages-intérêts« .

Une finalité qui n’est pas celle espérée par l’Amiens SC, Luigi Mulazzi ayant déjà prévenu que ce recours n’était pas « une histoire d’argent » mais « une volonté de préserver la place du club en Ligue 1« . Plus que dans un tribunal, c’est donc vraisemblablement en utilisant les médias que le club picard peut espérer inverser une tendance lourde, celle de sa relégation en Ligue 2.

La Rédaction

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