Elu joueur amateur du mois de mars par les lecteurs du 11 Amiénois, Arnaud Binet a profité du confinement pour nous accorder une longue interview. L’occasion pour le défenseur de l’AC Amiens de s’exprimer sur la situation actuelle mais aussi et surtout de revenir sur sa saison. 

Arnaud Binet, comment vivez-vous ce confinement ?

Je le vis bien d’un côté, parce que je me dis que je suis en bonne santé et mon entourage aussi. Mais je ne cache pas que c’est difficile parce que j’ai envie de sortir et de reprendre ma vie de tous les jours. Il faut faire avec, c’est comme ça, on attend patiemment même si c’est compliqué.

Vous arrivez à rythmer vos journées ?

Les journées se ressemblent un peu, forcément, mais j’essaye de garder un petit rythme en allant courir un jour sur deux, en faisant du renforcement musculaire pour garder la forme et s’aérer un petit peu. Le préparateur physique nous a donné quelques lignes directives à suivre au niveau de la course et du renforcement pour rester en forme parce qu’on ne sait pas forcément comment va se passer la suite, donc il faut rester prêt.

Comment vivez-vous cet isolement soudain du vestiaire ? Qu’avez-vous mis en place pour garder du lien entre joueurs ?

On a un groupe WhatsApp depuis le début de saison et puis avec tout ce qui se fait maintenant comme Face Time, on a du contact très régulièrement. On peut se donner des nouvelles, mais ça ne remplacera pas les moments où l’on se voit tous les jours, parfois plus que la famille. Ça manque forcément, surtout avec l’aspect entraînement et ballon. Ça paraît loin en cette période. Ce qui manque le plus, c’est le foot dans son ensemble. La vie de vestiaire, toucher le ballon, les entraînements, les matches. Même si pendant la saison on a des entraînements difficiles où c’est un peu dur, quand on est dans une situation comme ça, on n’a qu’une envie, c’est d’y retourner le plus vite possible.

Vous bénéficiez de matériel pour vous maintenir en forme ?

Chez moi, je n’ai pas de jardin. J’ai mon tapis pour faire du renforcement et je vais courir dans Amiens parce que j’y suis resté avec ma femme. A la maison, j’ai des élastiques et un tapis pour pouvoir bosser, faire des exercices poids de corps, mais ça ne remplacera pas le ballon.

Tout ce flou autour d’une potentielle reprise ou non de la saison ne doit pas être facile à vivre…

Ce n’est vraiment pas évident parce qu’on a beaucoup de sons de cloche différents. On a l’impression que tous les jours, quelque chose de différent se passe. Je ne sais pas ce qu’ils comptent faire. Ça doit être compliqué à gérer de leur côté. Je me pose la question sur comment ça peut se passer si l’on finit la saison en juillet ? Parce que derrière, tout va s’enchaîner vite. Est-ce que l’on va décaler la saison qui suit ? C’est tout ça qui nous met dans le flou. J’essaye de ne pas trop y penser parce qu’on n’aura pas notre mot à dire dessus. On attend, même si c’est long. On est patients et on va voir.

Croyez-vous à l’hypothèse de la reprise ?

Je n’y crois pas mais ils ont l’air tellement déterminés à reprendre que ça met le doute. Ce serait tellement compliqué de reprendre une saison après deux mois d’arrêt, mais une saison blanche, pour les clubs, ça peut être catastrophique économiquement. Je ne sais pas, franchement. C’est très flou pour tout le monde. Je me dis qu’il faudrait reprendre parce qu’on a commencé la saison, on n’a pas fait ces efforts pour rien, mais au final, on a coupé pendant deux mois et demi, et à un moment donné, il ne faut pas forcer, il faut repartir à zéro, reprendre une saison normalement en août et voilà.

Comme votre entraîneur, considérez-vous que la saison blanche était la meilleure des solutions ?

S’il y a un arrêt de saison avec montées et descentes, ça n’arrangera qu’un seul club sur quatorze dans notre championnat. S’il y a des descentes, pourquoi telle équipe descendrait ? Parce qu’à un moment T où le virus était là, ils étaient relégables ? A la fin de la saison, ça aurait pu être l’inverse ! Une équipe de milieu de classement, en fin de saison, elle peut monter, et le premier peut rater la montée. Pourquoi récompenser une équipe ou en mettre une autre dans le trou alors qu’on entrait dans le sprint final, et on sait très bien que c’est ce qu’il y a de plus important dans une saison.

Même si la saison a été interrompue prématurément, vous avez vécu une saison assez riche d’un point de vue personnel…

J’ai vécu une saison riche en émotions, avec un début très compliqué dans la tête. J’ai été bien entouré, que ce soit par mes proches ou mes coéquipiers qui m’ont dit que j’allais avoir ma chance et il fallait que je la saisisse. C’est là où je devais montrer ce dont j’étais capable. Je connais le coach depuis la saison dernière, je savais qu’il allait me donner ma chance, que c’était à moi de ne pas la rater, chose que j’ai faite. J’ai aussi la « chance » de profiter des suspensions dans l’équipe et ça a libéré des places. Tout s’est fait tranquillement, j’ai enchaîné les matches où j’étais performant. La saison passe vite, on se rend compte qu’on enchaîne et c’est surtout à ce moment-là qu’il ne faut pas se relâcher et continuer à travailler parce que ça peut redescendre très vite.

Avez-vous douté au début de la saison ?

Je n’ai pas douté, non, parce que je n’ai pas ce trait de caractère. Mais c’était compliqué parce que je passais d’une saison complète l’année dernière, où j’ai repris le goût du football en venant à Amiens Nord, alors que la dernière saison à l’ASC était compliquée. Je fais une bonne pré-saison, mais ce qui me coupe les jambes c’est que je me blesse à un tournoi et derrière ça va très vite. J’étais absent quinze jours mais le joueur qui était à ma place a fait de bonnes performances et j’ai démarré remplaçant. Je n’ai pas douté dans le sens où je savais que j’allais avoir ma chance. C’était entre mes mains. A partir du moment où j’avais ma chance, c’était entre moi et le match que je vais faire. Si tu joues et que tu te loupes, il ne faut pas te perdre parce que tu n’as pas été bon et n’a pas su saisir ta chance. Tu devras attendre la prochaine. J’attendais juste patiemment que ma chance arrive mais je n’ai pas douté.

Comment avez-vous vécu le départ de Sacha Lemarié, qui coïncide avec votre retour en force ?

J’ai su qu’il avait signé à Grande-Synthe. C’est lui qui me l’a annoncé, et je ne vais pas mentir ça m’a fait chier (sic). C’est quelqu’un que je connais depuis longtemps, on allait à l’entraînement ensemble, on était souvent ensemble. On formait ce petit noyau des anciens de l’ASC. J’ai essayé de parler avec lui. Dans sa période de doute, je prenais exemple sur celle que j’ai traversée en début de saison en disant qu’il ne fallait pas lâcher, que lui aussi allait avoir son heure et que ça allait payer, mais je pense qu’il était déjà ailleurs dans sa tête. Il avait déjà un peu lâché l’espoir de rejouer. Le truc qui n’a pas joué en sa faveur, c’est qu’on a eu des résultats. Le coach a voulu mettre Kevin Martinez à droite pour avoir un équilibre plus solide, parce qu’il monte moins que Sacha et prend moins le couloir. Il est parti à Grande-Synthe, c’est son choix, il est majeur et vacciné, il fait ce qu’il veut, on ne va pas le retenir s’il n’est pas heureux. Je lui souhaite tout le bonheur du monde, que ça se passe bien dans son nouveau club et qu’il puisse atteindre les objectifs qu’il s’est fixé.

Ça n’a pas eu de conséquences sur votre relation ?

Du tout ! On se donne des nouvelles, on a un groupe avec les anciens de l’ASC où on discute souvent. Ça n’aura pas d’impact sur notre relation. Ça fait juste chier de moins le voir, mais c’est son bonheur avant tout. S’il est plus heureux et épanoui là-bas, tant mieux pour lui.

Cette période sans match vous amène-t-elle à réfléchir sur la suite de votre carrière ?

Forcément, j’y pense, parce qu’on a plus le temps de se poser dans des moments comme ça et de répondre à des questions sur soi-même. Mon objectif n’a pas changé depuis mon arrivée l’an dernier, je veux jouer le plus haut possible. Je ne parlerai plus de signer pro parce que je pense que ça s’est compliqué. Je pense plus à monter les échelons, à me demander si j’ai le niveau pour le National 2. Un des mes objectifs, c’est de monter avec l’AC Amiens. Ça me donne vraiment une grosse motivation. Le coach est au courant que j’aspire à jouer au-dessus, mais c’est toujours pareil, est-ce que j’ai le niveau ? Est-ce que je peux aller plus haut et m’imposer ? Je suis très bien à Amiens Nord, j’y suis très heureux avec le groupe et le coach. Tout se passe très bien. Dans les semaines à venir, on va devoir discuter de tout ça parce qu’on va bien reprendre à un moment donné.

Tous propos recueillis par Romain PECHON et Adrien ROCHER

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