Azouz Hamdane (AC Amiens) : « Des play-offs ? Pourquoi pas »

A l’arrêt depuis la fin octobre, en raison du deuxième confinement décidé pour lutter contre la pandémie de la Covid-19, le football amateur pourrait bien reprendre ses droits courant janvier. Néanmoins, les incertitudes perdurent au sujet du maintien de la coupe de France et du format des championnats. De son côté, Azouz Hamdane, l’entraîneur de l’AC Amiens, n’est pas opposé à un potentiel changement de format des championnats. Entretien.

Comment l’AC Amiens vit cette interruption ?

Les préparateurs physiques sont à la tâche avec deux séances en visio par semaine, ainsi que deux séances individuelles que les joueurs doivent gérer seuls. Ça leur fait quatre séances dans la semaine. Certains jouent le jeu, d’autres un peu moins. C’est toujours un peu le même problème avec ces joueurs qui, s’ils ne sont pas pris en main, sont complètement livrés à eux-mêmes. Je pense qu’on va les retrouver dans un état pitoyable, mais la plupart des joueurs jouent le jeu et sont athlétiquement en forme. Il restera à trouver le rythme et la bonne fréquence à la reprise où l’on intégrera que le ballon. Je ne ferai pas trop attention aux déclarations des uns et des autres parce que ce sera comme la première fois. Tout le monde joue sa partition et on est comme des idiots à les écouter. Il vaut mieux attendre une date précise et officielle. Ce qui m’intéresse ce n’est pas d’avoir une date pour simplement reprendre les entraînements, parce qu’on est des compétiteurs, on s’entraîne pour la compétition. On n’est pas un centre de rééducation. J’attends une possibilité de reprendre normalement. Le deuxième paramètre, c’est la date de reprise officielle des compétitions. Je ne vais pas faire revenir les joueurs à l’entraînement sans savoir ça. Une fois qu’on saura, je ferai un planning et je calerai quelques matches amicaux.

Parce que des entraînements sans contact ne sont que peu utiles…

Je sais que ce n’est pas évident et je n’aimerais pas être à la place de ceux qui décident, sincèrement, mais soyons sérieux… Pour les enfants, j’entends et il n’y a pas de soucis, mais on joue en National 3 et on s’entraîne quasiment comme des professionnels ! Je vais devoir faire venir les joueurs pour faire une délivrance ou du touche-touche ? Il faut rester sérieux, on va attendre la date de reprise officielle de la coupe et du championnat et c’est en fonction de cette date-là qu’on fera une programmation.

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Avez-vous bon espoir de reprendre le championnat fin janvier ?

Je suis dans l’attente parce que ce sont des professionnels pour nous préparer un nouveau confinement trois ou quatre semaines à l’avance. Maintenant, les objectifs ne seraient pas atteints, et est-ce qu’il ne faudrait pas se préparer à une décision pas facile de la part de nos dirigeants politiques ? Cette période n’est facile pour personne. J’ai bon espoir de tout, j’attends et je garde espoir. Je m’occupe, je travaille, je fais ce que j’ai à faire sur le plan personnel. On a un confinement mais on nous permet de bosser et on se retrouve à quinze dans une salle de réunion pendant 2h30… C’est du tout et n’importe quoi et je vais attendre des décisions officielles.

Avez-vous profité de ce temps de break pour discuter avec les joueurs par rapport au début de saison ?

Non, je ne l’ai pas fait parce que je pense qu’ils en ont marre d’entendre parler de foot. J’ai pris le parti de les laisser complètement en dehors du foot. Même les séances d’entraînement faites sont totalement en dehors de ça. On aura largement le temps de rediscuter de tout ça. Par contre, on discute avec les dirigeants de ce qu’il se passe et comment la saison va se terminer, parce que le début n’était pas fameux.

Et quel est le bilan dressé ?

En recrutant, j’ai complètement négligé l’aspect de vie de groupe. J’ai recruté des joueurs parce qu’ils me plaisaient individuellement, ont des caractéristiques que le groupe n’avait pas mais j’ai complètement mis de côté l’intégration possible et comment ils allaient répondre au contexte du club, de l’équipe avec des joueurs qui se connaissent depuis longtemps. C’est difficile d’intégrer un groupe qui se connaît bien, a des repères en termes de relations sociales et sportives. Ce sont des choses négligées parce que je pensais que ce serait naturel et je me rends compte que ça ne l’est pas. Je me suis trompé. Les deux ou trois derniers matches m’ont conforté dans mon diagnostic que j’ai présenté aux dirigeants et ils sont d’accord avec moi. C’est surtout là-dessus que j’ai un peu négligé, je pense. Après, il n’est pas question du niveau des joueurs, ils sont au niveau N3. Je pensais que le fait de garder le groupe au complet serait une force, mais beaucoup se sont endormis sur leurs lauriers et ça a été un poison. C’est de tout ça dont on discute pendant cette période.

On se dit que cette pause tombe peut-être bien pour vous…

J’espère. J’attendais la trêve avec impatience parce que je n’arrivais pas à trouver les solutions et je n’avais pas forcément la tête à ça. Quand on perd sa lucidité en tant que coach, on prend des décisions qui ne sont pas très bonnes et ça me concerne personnellement. Mais il y a aussi les joueurs qui ont une grande part de responsabilité dans leur incapacité à trouver des sources motivationnelles, aller chercher au fond d’eux ce qui les fait être encore sur le terrain aujourd’hui. On a des responsabilités partagées parce que ce n’est pas la faute que d’un joueur ou de l’entraîneur. C’est un tout, on a diagnostiqué, est-ce que ça va se régler, seul le temps nous le dira… Je ne suis pas devin et je ne peux pas dire comment les joueurs vont se comporter, avec quel état d’esprit ils vont revenir… Je ne peux qu’espérer, imaginer, anticiper, prévoir certaines choses au cas où, mais c’est tout. On verra bien. J’ai toujours bon espoir, j’ai des jeunes qui me font prendre du plaisir sur le terrain et c’est aussi et surtout grâce à eux que je suis toujours là aujourd’hui. Quand je les vois jouer, l’envie qu’ils ont, même si tout n’est pas parfait… Ça fait vraiment plaisir de voir tout ça et c’est ce qui nous manquait. Heureusement que ces jeunes sont là, sinon ce serait très compliqué.

Il ne faut pas que ce soit des calculs de dirigeants de la Ligue qui nous donnent notre sort. C’est complètement ridicule.

La motivation est-elle toujours intacte ?

Bien sûr ! J’ai toujours eu l’habitude d’avoir des joueurs qui répondaient présent dans la motivation, l’envie, avec beaucoup de personnalité et qui n’avaient pas forcément besoin qu’on soit derrière eux pour aller gagner un match. Il se trouve que la sociologie et la psychologie des joueurs ont fortement changé depuis deux ou trois ans et il faut que je m’adapte aussi. Les joueurs ne veulent plus d’un coach qui leur apprend le football, ils veulent un copain, mais je ne le suis pas et ils le savent. J’ai plein de connaissances à partager dans le milieu footballistique, pas mal en ont profité et en profitent toujours. Je suis leur coach, je suis là pour leur dispenser des connaissances, on est là pour gagner des matches ensemble.

Quel format de reprise vous paraît le plus adapté ?

Tout va dépendre de quand on va pouvoir reprendre la compétition. Si c’est mi ou fin janvier, on pourra aller au bout, même si on déborde un peu sur fin juin ou début juillet. Si on reprend plus tard, l’option des play-offs, pourquoi pas. Ce n’est pas une idée géniale mais ce n’est pas idiot de donner une chance malgré tout, pas comme l’an dernier avec le quotient qui ne voulait absolument rien dire. C’était la pire des décisions. Au moins, avec les playoffs et poules de maintien, les matches se jouent sur le terrain. Les compétitions doivent se jouer, se perdre et se gagner sur le terrain. Si on ne peut faire ni l’un ni l’autre, on part sur une saison blanche, comme je le disais l’an dernier, mais là c’est différent parce que je pense qu’on a le temps. Tout va dépendre des possibilités données par le gouvernement sur les reprises des compétitions. Si on fait les playdowns et qu’on descend ou que l’on se maintient, on l’aura mérité grâce au terrain. Il ne faut pas que ce soit des calculs de dirigeants de la Ligue qui nous donnent notre sort. C’est complètement ridicule.

Comprendriez-vous une possible annulation de la coupe de France pour laisser la priorité au championnat ?

Oui, même si la coupe est particulière et très populaire. Maintenant, c’est de la politique et il faut prendre des décisions, faire des choix, avoir des priorités. Maintenant, quelle est la priorité ? Si on n’a pas le temps, soit on fait la coupe, soit le championnat. Ce qui fait vivre les clubs, c’est surtout le championnat. Donc si on n’a pas assez de date, et cela dépendra des possibilités données, effectivement, je comprendrais. Mais plus on reprendra tôt, plus on aura de chances d’aller au bout de ces deux compétitions. Maintenant, cette décision n’appartient ni aux clubs, ni aux Ligues, ni à la FFF, mais au gouvernement et il faut attendre.

Tous propos recueillis par Romain PECHON

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Nicolas Mayer
Nicolas Mayer
1 mois il y a

Monsieur Hamdane, vous dites « On a un confinement mais on nous permet de bosser et on se retrouve à quinze dans une salle de réunion pendant 2h30 ».

Je ne sais pas dans quel secteur vous travaillez mais votre entreprise ne montre pas l’exemple.

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