Entraîneur de l’AC Amiens, Azouz Hamdane n’est guère rassuré par la situation de l’Amiens SC, sans victoire depuis trois mois et antépénultième de Ligue 1 avant d’affronter Lyon, Monaco et Paris en l’espace de dix jours. Pour autant, il continue de croire en Luka Elsner, pris pour cible par les supporters lors du dernier match à la Licorne. Entretien.

Azouz Hamdane, quel regard portez-vous sur la situation de l’Amiens SC ? 

Je suis très inquiet parce qu’avant le match de Brest et en regardant la première mi-temps, je me suis dit qu’il y avait les moyens de sortir, d’autant que Toulouse et Nîmes paraissaient vraiment en dessous, ce qui laissait penser qu’ils finiraient vingtième et dix-neuvième. Maintenant, les résultats de ce week-end me rendent davantage inquiet. Quand on voit Metz battre Saint-Etienne et Nîmes s’imposer contre Monaco, même dans des circonstances particulières, pendant qu’Amiens ne parvient pas à s’imposer contre Toulouse, ce sont des signes qui ne trompent pas, qui ont tendance à faire grandir mon inquiétude. D’autant plus quand on associe ça au calendrier de l’Amiens SC sur ce mois de février.

Comme beaucoup d’observateurs, vous commencez donc à craindre une finalité malheureuse pour l’Amiens SC ?

Oui mais inquiet ne veut pas dire irréalisable, je suis un coach et je ne peux pas dire que c’est fini pour eux. C’est le discours aussi du coach et c’est lui qui vit avec son groupe, qui est concerné ou pas par le maintien. Parfois, on a des attitudes sur le terrain qui sont particulières. Quand on voit le deuxième but encaissé par Amiens à Brest, alors qu’ils avaient su égaliser à l’extérieur… Quand on voit (Fousseni) Diabaté perdre un ballon dans une zone interdite, c’est affreux et il y a de quoi être très en colère quand on se met à la place de Luka Elsner. Après c’est le staff qui sait sur qui il va pouvoir compter. Il va falloir garder son sang-froid, au niveau du club, à notre niveau aussi, les supporters, parce que c’est une situation difficile et ce sont les équipes les plus calmes qui vont au bout de tout ça.

Pour la première depuis bien longtemps, une rupture semble exister entre le public et son équipe, le kop Tribune Nord Amiens a même réclamé la démission de Luka Elsner. C’est tout sauf un climat de sérénité…

Complètement. Après le public est en colère, c’est normal mais je ne pense pas que le coach veuille que son équipe soit à ce niveau-là. Je défends aussi ma paroisse mais quand on est coach on essaie d’amener nos convictions, de faire gagner notre équipe. L’environnement doit être propice à ça. Le premier responsable c’est le coach évidemment mais les dirigeants doivent aussi mettre le coach dans de bonnes conditions pour pouvoir travailler. Les supporters sont énervés, il faut trouver les mots pour les rassurer, je sais qu’ils ont été reçus par John Williams et Luka Elsner. Je crois que les dirigeants de l »ASC n’ont pas besoin qu’on juge leur travail, ils savent ce qu’ils n’ont pas fait de bien. Le sport reste le sport, il y a aussi des équipes en face qui jouent leur survie, qui jouent des choses, il faut tenter d’inverser le rapport de forces. J’espère qu’ils sauront le faire.

Que pensez-vous de Luka Elsner, qui est très décrié actuellement ? 

Malheureusement, comme on joue quasiment en même temps qu’eux, je ne suis pas souvent à la Licorne, j’y suis allé deux fois, contre Rennes et contre Angers, où j’avais trouvé Amiens exceptionnel dans les intentions de jeu. J’entends beaucoup parler de lui sur sa méthode, ses convictions et je partage toutes ces convictions car c’est ce que je défends dans le football. Je pars du principe, où effectivement c’est toujours le jeu qui finit par gagner. Alors effectivement, j’ai une vision plus globale et plus intemporelle. On peut être dévoyé sur un match, une saison même mais je pense qu’à la longue c’est ça qui fait gagner des matches, atteindre tes objectifs et gagner le football. C’est un projet de jeu que je défends et que je défendrai tout le temps. J’espère qu’il ne dévoiera pas ses convictions, il vaut mieux mourir avec ses convictions qu’avec celles des autres.

Reste à savoir si ses convictions sont adaptées à son effectif…

A son arrivée, les premières réflexions que j’ai eues, étaient de savoir si à Amiens on pouvait partir sur un tel projet de jeu. Je pense que oui, pourvu que l’effectif soit cohérent avec ce projet de jeu. Si on l’a recruté, c’est aussi parce qu’il a présenté les choses et il a peut-être eu des garanties. Quand on les regarde jouer, on dirait qu’on ne colle plus à ce projet de jeu. Je crois qu’il faut dans la tourmente, rester fidèle à ses convictions et c’est surtout sur ça qu’on doit s’appuyer pour pouvoir poursuivre. Après ça fonctionne, ça fonctionne pas, les décideurs en tireront les conséquences. Après, il faut qu’il fasse du Elsner, il ne faut pas qu’il fasse du Pélissier, c’est tout, rien d’autre. A partir de là, on verra où ça mène l’Amiens SC.

Propos recueillis par Romain PECHON

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2 Commentaires

  1. Bien sûr que Elsner n’est pas parfait, oui des erreurs sont commises mais enfin une analyse intelligente de quelqu’un qui connaît le football, le métier d’entraîneur, la gestion d’un groupe et la nécessité d’avoir un environnement encourageant et propice à la confiance. Les gens qui bâtissent sont souvent minoritaires au début quand les pessimistes inspecteurs des travaux finis sont toujours nombreux. Allez Amiens !

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