Benoît Sturbois (Amiens Portugais) : « La santé, c’est la priorité »

Benoit Sturbois Amiens Portugais

Entraîneur d’un Amiens Portugais qui n’a pas souhaité reprendre l’entraînement malgré les autorisations gouvernementales, Benoît Sturbois préfère mettre l’accent sur la santé de tout le monde, malgré une envie logique de revenir sur les terrains. Entretien.

Avez-vous repris l’entraînement en ce début d’année ?

On n’a toujours pas repris, malgré les pseudo-autorisations de reprise de l’entraînement. On n’a pas souhaité reprendre parce qu’on ne peut le faire que sans contact et à six maximum, éducateurs inclus. De notre côté, nous sommes deux éducateurs et un préparateur physique et ça voudrait dire que l’on ne pourrait prendre que trois joueurs. Le couvre-feu à 20 heures fait que la Métropole souhaite la fermeture des installations sportives à 19h30, donc commencer un entraînement à 19 heures avec trois joueurs pour finir à 19h30, ça n’a aucun intérêt. On n’a pas forcément d’autres disponibilités, si ce n’est le week-end, mais faire venir les joueurs par groupe de trois, ça va nous faire passer cinq heures sur le terrain ! En plus, le week-end, c’est le seul moment où ils peuvent vraiment profiter de leurs familles. A notre sens, ce n’était pas propice à une reprise. Ce qui est autorisé n’est pas forcément adéquat pour une reprise de l’entraînement d’un sport collectif. On a souhaité continuer sur le travail individualisé que l’on envoie aux joueurs. On sait que certains clubs ont repris et font des entraînements normaux. Chacun fait ce que bon lui semble, mais vu l’état actuel des choses, on a préféré ne pas reprendre. On ne minimise pas du tout le virus et on y fait très attention. On ne veut pas être précurseur de nombreux cas sous prétexte que l’on n’a pas fait attention aux directives imposées. La santé, c’est la priorité. Les actualités montrent que c’est quelque chose qui ne s’est toujours pas amélioré et on ne veut pas que quelqu’un l’ait et le transmette par le biais d’activités mises en place par le club. On veut protéger le club et les joueurs, et on ne reprendra pas l’entraînement tant que la situation sanitaire ne sera pas claire, nette, stable et que l’on n’aura pas eu des autorisations dignes de ce nom des instances.

Au regard de la situation globale, croyez-vous à une reprise de la saison ?

Pour être très honnête, je pense qu’on a tous le même point de vue. Si on n’autorise pas les restaurateurs à reprendre avant la mi-février, et encore ce n’est pas une date définitive puisqu’elle est tout le temps repoussée, comment vont-ils autoriser des clubs amateurs à jouer au football ? On autorise les professionnels avec les conditions imposées comme des tests et contrôles réguliers, mais c’est leur métier et c’est un autre monde. Si on n’autorise pas les pauvres restaurateurs à rouvrir, je ne vois pas pourquoi on autoriserait les clubs amateurs à s’entraîner avant, a minima, la mi-février, mais si on lit entre les lignes, ce ne sera pas avant mars. Si jamais on doit reprendre en mars, il faudra faire une reprise de l’entraînement avec au moins quinze jours pour que les joueurs puissent se préparer à nouveau. Ca voudrait dire que l’on ne reprendrait pas la saison avant la mi-mars, au meilleur des cas. Ca me paraît invraisemblable de reprendre à cette période.

Comprenez-vous que l’on maintienne coûte que coûte la coupe de France et qu’elle soit même priorisée ?

On n’est plus qualifiés, donc en étant un peu égoïste, on s’en moque un peu et on suit ça de loin puisqu’on n’est plus concernés. Est-ce que je comprends pas qu’elle soit priorisée ? Très honnêtement, ce n’est pas logique. Ce qui fait vivre les clubs, c’est le championnat, mais s’ils autorisent la coupe de France, ça voudra dire qu’ils autoriseront également le championnat. Je pense que l’un n’ira pas sans l’autre. S’ils arrivent à caler des matches de coupe ainsi que des matches de championnat, bon courage aux équipes qui vont jouer tous les trois jours parce que ce n’est pas évident dans le monde amateur. Ce serait plutôt bon signe que la coupe reprenne, parce que je suppose que s’ils font reprendre la coupe, ce sera pareil pour le championnat. On verra maintenant comment ça se goupille, en sachant qu’ils ont déjà dissocié le côté amateur du côté pro jusqu’aux seizièmes de finale. Je pense que c’est une solution pour faire jouer les pros, et si les amateurs ne peuvent pas reprendre, ils pourront quand même continuer la compétition. Je pense qu’ils n’y voient pas clair non plus sur la reprise parce qu’ils doivent attendre un feu vert de l’état. C’est pour ne pas perdre la face et permettre au monde amateur, si reprise il y a, de continuer à être dans le coup. Je suis un peu dans l’expectative et je suis plus concentré sur une reprise du championnat. En y réfléchissant bien, en voyant comment ça évolue, je pense que la meilleure des solutions serait de partir sur une saison blanche.

Avez-vous le sentiment que le monde du football en général se préoccupe du football amateur en cette période ?

C’est difficile à dire. On ne peut pas reprocher aux instances footballistiques de ne pas s’occuper du foot amateur en général parce que le monde pro joue donc on s’en occupe tandis que le monde amateur ne peut pas jouer. Dans le même temps, quand on regarde la situation sanitaire, on peut comprendre qu’on ne veuille pas faire reprendre le football pour qu’il n’y ait pas de risque de pris. Mais si on analyse tout, ils autorisent les enfants à aller à l’école, les moins de dix-huit à reprendre le sport et je ne suis pas persuadé que les enfants transmettent moins le virus que les adultes, bien au contraire. Soit on autorise tout le monde, soit on autorise personne. Est-ce qu’on se préoccupe du monde amateur ? Les instances footballistiques, oui, mais elles sont bloquées, l’État non parce qu’il dira qu’il priorise la santé. Il n’y a rien de clair. La FFF a montré à plusieurs reprises qu’elle souhaitait reprendre, parfois même en jouant un peu l’intox mais on a vu derrière que l’État n’était pas du tout d’accord. On peut le comprendre d’un côté, mais ils font autre chose de l’autre en autorisant les moins de dix-huit ans à s’entraîner. Ca n’a pas de sens et c’est contradictoire. Quelle est la bonne formule ? Bien malin celui qui pourra la donner. En attendant, ma priorité est que ma famille se porte bien, que les gens se portent bien d’une manière générale. Le football, c’est secondaire. Oui, on a tous envie de reprendre, moi le premier, mais la priorité reste la santé. Quand on perd des proches de cette maladie, c’est peut-être là que l’on voit les choses différemment. Tant que cette situation ne sera pas stable et qu’on ne sera pas au clair, je ne vois pas une priorité à faire reprendre le football.

Que vous inspire l’élection d’un nouveau président à la LFHF ?

J’ai suivi ça de loin. J’ai vu qu’il y allait avoir une élection avec un nouvel opposant et j’ai été très surpris de voir une telle différence de votes. Le président sortant a explosé en termes de chiffres ! Je ne me suis jamais trop préoccupé de ce qu’il se passait là-haut. Ca ne va pas changer grand chose dans ma façon de fonctionner et je ne pense pas que ça va changer grand chose au niveau du club. J’espère que des choses naîtront et que ça permettra de donner un coup de main aux clubs après ce virus. Je compte sur la nouvelle équipe pour faire en sorte que les amateurs puissent s’y retrouver et qu’on ait le moins de clubs possible laissés sur le carreau.

Tous propos recueillis par Adrien ROCHER

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