Entretien #Le11 – Après avoir traversé l’année la plus difficile de sa carrière, Bongani Zungu aspire à reprendre sa progression en retrouvant du temps de jeu sous le maillot de l’Amiens SC. 

Vous sortez d’une année compliquée suite à votre blessure à Saint-Etienne en septembre 2018. Comment avez-vous vécu cette période ? 

C’était difficile parce qu’on veut jouer. Quand je me suis blessé, c’était très dur mentalement mais ma famille et le club étaient là pour moi. J’ai pris au jour le jour, la convalescence s’est bien passée. Amiens m’a permis de rentrer chez moi pour être près des miens en Afrique du Sud, d’être loin du football et d’avoir un préparateur physique qui m’aidait à m’en remettre. C’étaient des moments difficiles mais maintenant je suis en forme et prêt à rejouer.

En quoi le club vous a aidé pour traverser cette période difficile ?

Quand je suis revenu à Amiens, ils m’ont donné une pleine attention pour faire en sorte que je revienne le plus vite possible. Normalement, j’aurais dû être absent pour le reste de la saison mais en mars-avril j’ai pu rejouer, et je me rappelle être entré contre Saint-Etienne. Je suis revenu plus tôt que prévu, grâce à l’aide du club et de ma famille.

L’an dernier, la douleur était revenue à plusieurs reprises. Comment vous sentez-vous aujourd’hui ? 

Je me sens très bien et à 100%. Mon agent et le club, dès je ressentais une douleur, me laissaient du temps pour me remettre.

Je continue à travailler fort et j’ai le pré-sentiment que quand j’aurai une chance, je la saisiraI.

Vous avez disputé la Coupe d’Afrique des Nations avec votre sélection cet été. Cela vous a permis de retrouver le goût de jouer, d’enchaîner les matches et d’être décisif !

C’était dans un coin de ma tête et c’était quelque chose d’énorme pour ma carrière. J’avais faim de jeu et je voulais aller là-bas pour aider l’Afrique du Sud. On a atteint les quarts de finale, on a battu l’Egypte, et, sur un plan personnel, j’étais content de mes performances. J’ai marqué deux buts, mais, malheureusement, on a perdu le quart de finale contre le Nigéria. J’étais heureux de ma manière de jouer, et pas simplement d’avoir marqué. J’avais très envie de jouer et c’était quelque chose de mémorable. Les fans étaient très fiers de nous. Maintenant on veut continuer à grandir. On a les qualifications pour une nouvelle coupe d’Afrique et j’espère que je pourrais rejouer cette compétition voire même une coupe du Monde.

Depuis votre retour, votre temps de jeu demeure limité. Comment vivez-vous ce rôle de remplaçant ?

En tant que joueur, vous voulez toujours jouer. Personnellement, je suis très exigeant avec moi-même. Après la coupe d’Afrique, je n’ai pas fait la préparation avec le club parce que j’étais en vacances. Les autres joueurs du milieu de terrain étaient en forme physique avant moi et j’ai dû travailler très dur pour atteindre leur niveau physique. C’est une des raisons pour lesquelles je n’ai pas beaucoup joué jusqu’ici. Je continue à travailler fort et j’ai le pré-sentiment que quand j’aurai une chance, je la saisirai.

Comme vous l’avez fait contre Angers ?

J’ai pris beaucoup de plaisir sur ce match. Je me suis senti bien dans le match et physiquement parce que pour jouer en Ligue 1, il faut être en bonne forme physique. J’espère que je pourrai m’appuyer sur ce match à l’avenir.

Qu’est-ce que vous devez améliorer pour espérer récupérer une place de titulaire ?

Je dois retrouver encore un peu de forme physique mais je suis prêt à jouer. Quand le coach décidera que c’est le bon moment de me faire jouer, je devrai être à 100% mentalement pour saisir cette chance.

Avez-vous déjà vécu cette situation de concurrence dans le passé ?

A Guimaraes, oui, parce qu’il y avait beaucoup de qualité et on a fait une super saison en emmenant le club en Europa League. Quand il y a du talent autour de vous, cela vous permet de progresser en tant que joueur. J’ai l’habitude de ces situations et j’ai même vécu ce genre de choses en Afrique du Sud. Il faut travailler, se concentrer sur soi-même et se remettre en question. Ce n’est pas vraiment une période stressante, pour moi. Je vois ça comme une expérience.

La difficulté est de faire en sorte que tout le monde s’entende bien et travaille pour l’équipe ?

C’est très important mais ce n’est pas ma décision, sinon celle du coach. Parfois, c’est difficile de satisfaire tout le monde, et il nous répète qu’il ne peut pas satisfaire toutes les demandes de chacun. Mais en tant que professionnel, il faut avoir la mentalité adéquate pour être prêt quand vous avez la chance de jouer. Parfois, le coach ira avec la dernière composition qui a marché mais le match ne se passe pas bien, il sera un peu énervé, peut vous faire rentrer et là vous serez un peu choqué de rentrer et vous ne jouerez pas bien. C’est difficile pour vous dans cette situation. Il faut être prêt pour chaque opportunité.

c’était une leçon d’humilité pour moi et ça me donne envie de travailler et d’être bon sur le terrain.

Parce qu’un joueur est jugé sur ses performances, mais le coach aussi…

Exactement. Le coach est employé par le club pour faire gagner l’équipe et ses choix pencheront toujours vers ceux qui peuvent jouer.

A son arrivée, Luka Elsner a tout de suite tenu un discours très élogieux à votre égard en disant que vous étiez un joueur complet, que tout entraîneur aimerait avoir. C’est toujours plaisant d’avoir un entraîneur qui prononce ce genre de mots… 

C’était très motivant ! Il disait ce genre de choses sur moi avant même d’arriver ici donc il m’avait vu jouer avant. Qu’il dise ce genre de choses, c’était une leçon d’humilité pour moi et ça me donne envie de travailler et d’être bon sur le terrain.

A vous de le convaincre désormais que vous êtes prêt pour jouer davantage ?

Je dois avoir une grosse force mentale, être prêt physiquement, et quand j’aurai la chance de jouer, jouer mon jeu. Ce n’est pas vraiment stressant. Il faut que je sois bien physiquement pour avoir une chance parce que le talent est là et je dois faire ce que j’ai à faire.

Est-ce facile de jouer dans une équipe avec autant de talents et qui a une idée bien précise du jeu qu’elle doit avoir ?

C’est facile de jouer avec de tels joueurs, oui ! C’est plus facile pour s’adapter et bien jouer que d’être dans une équipe où l’on est un peu seul parce que c’est un sport d’équipe. On gagne en tant qu’équipe, on perd en tant qu’équipe. Quand il y a de la qualité, c’est plus simple, et on a ça à Amiens. Quand tu es en forme, bon et que tu as la chance de jouer, c’est simple.

On a évoqué tout à l’heure la sélection nationale avec votre participation à la CAN. Début septembre, des violences xénophobes ont éclaté dans votre pays. Quel regard portez-vous sur cette situation qui a des conséquences pour vous, sportifs, avec l’annulation de deux matches amicaux ?

C’est un moment très triste pour notre pays. Quand c’est arrivé, j’y étais et c’était triste. C’est beaucoup plus profond que ce que les gens pensent parce que tout le monde a une opinion sur ce sujet, mais en tant qu’humain, on ne doit pas faire subir de telles choses aux autres. Le gouvernement a tenté d’arrêter ces violences et ça va mieux maintenant. Certains joueurs, comme moi, nous sommes des étrangers dans les pays où l’on joue, et quand on voit de telles choses arriver à des étrangers en Afrique du Sud… C’est vraiment triste et c’était un moment difficile pour notre pays. J’espère que ça va s’arrêter parce que l’on doit être unis et ne faire qu’un.

En ce sens, un sport comme le rugby qui semble réunir les deux Afrique du Sud permet-il au pays de s’unir et de mieux traverser certains conflits ? La victoire des Springboks est donc une bonne nouvelle ? 

Oui, ça aide le pays sur certains moments difficiles. J’ai lu certaines interviews des rugbymen qui ont participé à la coupe du Monde et qui ont parlé de ces événements. En Afrique du Sud, on a eu ces problèmes de violence et de xénophobie et on espère tous que cette victoire en coupe du Monde unifiera le pays. Depuis le titre, il n’y a pas eu de nouveaux problèmes, et j’espère que ça continuera comme ça.

On pense à sa famille, à ses amis et on attend des nouvelles pour savoir s’ils vont bien.

Comment gérez-vous ce déracinement avec votre pays et votre continent natal, vous qui êtes en Europe depuis trois ans maintenant ?

C’est difficile de voir ce qu’il se passe là-bas. On pense à sa famille, à ses amis et on attend des nouvelles pour savoir s’ils vont bien. On espère que ça ira mieux dans les prochains jours. L’Afrique du Sud est un superbe pays et la population est très gentille mais quand ce genre de choses arrive… C’est triste et on ne peut qu’espérer que ça s’arrange.

En quoi est-ce difficile pour un footballeur de se retrouver seul dans un pays qu’il ne connaît pas et dont il ne parle pas la langue ? 

Ça demande beaucoup de force mentale et il faut savoir ce que l’on veut. Je me suis fixé des objectifs personnels et partir loin de sa famille peut être difficile mais c’est quelque chose que j’ai toujours voulu tenter. Il faut de la force mentale pour tenter d’être le meilleur dans ce que vous faites. C’est difficile mais ça a marché jusqu’ici.

Quel genre d’objectifs vous êtes-vous fixé ?

Personnellement, je veux atteindre le plus haut niveau possible. Avec Amiens, c’est de s’améliorer chaque saison et amener l’équipe encore plus haut au classement parce que c’est sympa de voir Rennes ou Strasbourg jouer l’Europe. Maintenant, on doit avoir cette mentalité. Il ne faut pas juste se contenter de se maintenir en Ligue 1. Avec l’Afrique du Sud, j’aimerais que l’on se qualifie pour la prochaine coupe du Monde. A la dernière coupe d’Afrique, on a bien figuré et ça nous donne envie de participer à d’autres grands tournois, comme la coupe du Monde.

Mais se qualifier pour la coupe du Monde, en Afrique, est très difficile…

C’est vrai, mais c’est la vie, et la vie n’est pas facile. Même si c’est difficile, on voit des pays africains qui sont compétitifs quand ils sont qualifiés. On veut continuer sur notre lancée et essayer de nous qualifier.

Vous rappelez-vous de celle de 2010, organisée chez vous en Afrique du Sud ?

C’était très sympa avec les vuvuzelas ! Il y a beaucoup de gens qui n’aimaient pas ça, mais c’est notre culture. C’était une très belle expérience, avec de beaux stades. L’Afrique du Sud avait joué de belles équipes (ndlr : la France, le Mexique et l’Uruguay), c’était une superbe expérience pour ceux qui ont participé à cette coupe du Monde et pour le pays en général. C’est une des meilleures choses que l’Afrique du Sud ait vécue ces dernières années.

Tous propos recueillis par Adrien ROCHER et Romain PECHON

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