Entretien #Le11 – Bernard Joannin : « C’est tous ensemble qu’on va y parvenir ! »

A la veille d’un match capital pour le maintien contre l’AS Monaco, le surprenant premier non-relégable, le président de l’Amiens SC, Bernard Joannin, nous a accordé une interview pour évoquer l’importance de ce match, la nécessité d’un maintien en Ligue 1 et l’avenir de son entraîneur, Christophe Pélissier. 

L’état d’esprit avant Monaco

Amiens n’a plus gagné depuis deux mois et ne compte plus que deux points d’avance sur le barragiste. Avez-vous le sentiment que l’équipe souffre en cette fin de saison ?

Non pas du tout ! Lutter pour le maintien était notre prévision en début de saison. Quand on commence la saison, on présente nos comptes à la DNCG, l’organisme de contrôle financier des clubs de football professionnels et on avait budgétisé la dix-septième place. Aujourd’hui, on est seizième et donc dans notre tableau de marche. On a derrière nous des équipes comme Monaco, Caen et Dijon qui ont des budgets équivalents voire supérieurs à nous. C’est vrai qu’on aurait souhaité gagner ce match contre Saint-Etienne, on a pris un but à la dernière seconde, c’est le football. On est monté en Ligue 1 avec un but à la dernière seconde, ça ne peut pas être toujours dans le même sens.

Ce que je peux vous dire, c’est que l’équipe est très solidaire, très concernée et totalement dans l’objectif. On est vigilant, vraiment, ne pensez pas qu’on a la fleur au fusil, non, on est vigilant mais serein. Ce club, sous ma direction, a toujours été serein. Ce n’est pas parce que vous allez mettre des pressions permanentes aux gens qu’ils vont mieux travailler. Je préfère que l’ensemble des collaborateurs du club, qu’ils soient administratifs, commerciaux ou sportifs travaillent dans une ambiance détendue avec certes des objectifs, certes une volonté de résultats, mais tout cela dans une ambiance bon enfant.

Quel est votre rôle au quotidien dans ce sprint final ?

Vous savez, un président ou un directeur général d’une société, il n’est pas là pour effectuer le travail au quotidien, il est là pour donner les moyens à tous ses collaborateurs de travailler dans la sérénité. J’essaie donc d’apporter du liant en permanence dans l’entreprise. J’essaie de déminer les petits soucis du quotidien parce que dans toutes entreprises, dans la vôtre, dans la mienne, dans celle du club, à partir du moment où vous êtes un être humain, vous avez des petites tensions. Nous, on est là pour mettre du liant et faire que les choses s’apaisent. C’est mon rôle de président. Toujours sans ajouter de pression supplémentaire.

Vous ne ressentez donc pas la pression dans ce sprint final ?

Non, on ne met aucune mauvaise pression. Le championnat par lui-même, la compétition par elle-même, nous donne une pression… L’enjeu nous donne une pression ! Donc il ne faut pas en rajouter, il faut juste être serein, travailler et après ça doit payer. On a deux finales à faire, rappelez-vous j’avais dit, il y a six matches, « on a six finales à faire, ce sera compliqué… ». Il aurait suffi de peu de choses pour qu’on puisse gagner un des deux matches que ce soit contre Strasbourg ou contre Toulouse dernièrement, ça ne s’est pas fait. Après, ce qui est positif, c’est qu’on fait des clean sheets, et ça c’est important ! On ne prend plus de buts actuellement et on continue d’avancer.

Ce n’est pas nous qui avons faibli, ce sont les autres qui ont augmenté leur rythme

Il y a un mois de ça, Amiens comptait encore sept points d’avance et le maintien semblait inéluctable. Cela a-t-il grisé du moment au sein du club ?

Non, non pas du tout. Au sein du groupe, on avait regardé le calendrier, on savait que ces équipes étaient dos au mur et allaient réagir. Ce n’est pas nous qui avons faibli, ce sont les autres qui ont augmenté leur rythme, leur nombre de victoires. Depuis sept matches, on a perdu qu’un match, on est dans notre rythme de 38-39 points.

Tout en tenant en échec Montpellier, Saint-Etienne qui jouent l’Europe…

Vous savez, je le dis toujours, on est dans les 20 meilleurs clubs de France. Et ça, comme on dit, morceau avalé n’a plus de goût, tout le monde l’oublie. Vous auriez fait un pari sportif il y a trois ans, est-ce que Amiens a une chance d’aller en Ligue 1 ? La côte était élevée. Mais on y est, on a fait une deuxième année, on veut faire une troisième année, on va tout faire pour. Comme je dis toujours, les victoires ne se décrètent pas, elles se construisent, les autres ne veulent pas nous laisser gagner, c’est terrible (sourires).

Diriez-vous que cette deuxième saison est plus compliquée ?

Oui, elle est plus compliquée de façon naturelle parce que les équipes nous connaissent maintenant. L’année dernière, nous étions la surprise. Là, ils connaissent notre jeu, ils savent que s’ils viennent nous chercher, en contres on peut être dangereux, ils nous attendent dans le jeu. Tout ça fait que c’est plus difficile, on a eu aussi une équipe qui s’est reconstruite avec pas mal de joueurs nouveaux, des étrangers, et il a fallu contrer la barrière de la langue, que ces gens-là prennent des cours de Français. Aujourd’hui, tout le monde se comprend et ils sont tous impliqués dans l’équipe.

A deux journées du terme, vous vous retrouvez à lutter contre Monaco dans la lutte au maintien. C’est tout de même surprenant de les retrouver là…

Monaco est dos au mur mais ça reste une formidable équipe, ce serait une performance incroyable d’arracher un match nul voire une victoire. C’est un club qui a 200 millions de budget, un club historique qui a été en finale de Champion’s League, qui a été champion de France il y a deux ans seulement. Le tout avec des joueurs de très haut niveau, c’est déjà formidable de nous retrouver devant eux avant le money time ! On va là-bas sûrs de nos forces, humbles et pas du tout prétentieux. On sait que cette équipe a des joueurs talentueux mais qui aurait parié que Barcelone, menant 3-0, aurait pris 4-0 à Liverpool ? Personne, sincèrement. C’est pour ça qu’on adore tous le football, il permet tous ces renversements de situation, de créer l’imprévisible. C’est pour ça que je me suis opposé, personnellement et avec les autres présidents de Ligue 1, sur le projet de réforme de la Ligue des Champions. C’est un projet de ligue fermée, qui ne laisserait plus cette chance aux petits de pouvoir un jour battre le gros.

Amiens était conditionné pour jouer le maintien. Ce n’est pas forcément le cas de Monaco. Cela peut-il être un atout ?

Oui, alors bien sûr ! Jardim est un exceptionnel entraîneur et je pense qu’il a réussi à faire passer le message à ses joueurs pour qu’ils soient des guerriers. Après, ce sont des joueurs habitués à jouer des titres, la coupe d’Europe… Alors que nous, je ne dirai pas que nous sommes des besogneux mais nous restons des durs au mal, qui ont l’habitude de souffrir. Depuis le début, on est préparé à souffrir, on sait qu’aucun match ne sera facile et, je le répète, ce serait un exceptionnel exploit si Amiens parvenait à faire une troisième année en Ligue 1.

L’importance d’un maintien en Ligue 1

Ce maintien est primordial dans le projet de développement du club…

Vous savez, tous les permanents du club jouent une partie de leur vie professionnelle à travers la Ligue 1. L’Amiens SC crée beaucoup d’emplois. A chaque match de championnat, nous embauchons 350 personnes. C’est 350 personnes tous les quinze jours qui ont un emploi grâce à la Ligue 1. Pour certains, c’est un emploi complémentaire mais pour d’autres, c’est un emploi régulier comme les 80 CDI qui travaillent pour le club. D’un point de vue économique, le football génère un élan formidable.

Au total, c’est exactement 8 milliards d’euros qui sont réinjectés dans l’économie française. C’est également important pour nos supporters, envers qui je suis reconnaissant d’avoir créé une dynamique positive depuis 5-6 mois. On va donc tout faire pour se maintenir. Il y a un fossé incroyable entre la Ligue 1 et la Ligue 2. A commencer par les droits TV qui commencent à 17-19 millions d’euros en Ligue 1 alors que c’est entre 5 et 6 millions en Ligue 2.

Et quand on sait la manne financière qui sera distribuée à partir de 2020, il est important de ne pas rater le train…

Effectivement. L’année prochaine est encore plus importante que cette année.

Et pour y parvenir ça passe par le maintien cette saison…

Je suis quelqu’un de très positif et qui voit les choses toujours du bon côté ! Supposons que par malheur, on finisse par descendre cette saison. Si on remonte, on sera toujours dans le bon timing. Maintenant, c’est sûr que je préfère rester en Ligue 1 et jouer encore le maintien la saison prochaine plutôt que de me retrouver en Ligue 2 avec l’objectif de remontée.

En cas de descente, l’objectif serait donc de remonter immédiatement en Ligue 1 ?

Oui, ce serait le cas. De toute façon, ce n’est même pas quelque chose que nous imaginons. Nous sommes programmés pour rester en L1 et nous sommes prêts à mourir sur le terrain s’il le faut.

On a notre destin en main mais n’écrivons pas la pièce de théâtre, jouons-la !

Néanmoins, on imagine que vous avez réfléchi à un plan A (Ligue 1) et à un plan B (Ligue 2) en fonction de la finalité de cette saison ?

Chaque année, on envisage tous les cas de figure. Maintenant, on a la chance de terminer la saison chez nous, contre Guingamp, qui est une bonne équipe, qui a montré qu’elle avait des qualités en allant en finale de la coupe de la Ligue. Je suis sûr qu’on va avoir un tel élan populaire, qui va nous pousser sur ce dernier match, que nous allons le gagner cette dernière finale. D’ici là, on a notre destin en main mais n’écrivons pas la pièce de théâtre, jouons-la !

Afin de récompenser tout le travail mené ces dernières années par les différentes composantes du club… 

Ce club est en train de se structurer, de devenir une véritable entreprise de spectacle sportif. On veut solidifier et rendre pérenne ce club, au-delà des personnes qui dirigent actuellement. Il ne vous a pas échappé qu’on est de passage sur cette Terre et qu’il est important de préparer l’avenir. Moi, c’est ce que j’essaie de faire. Le football n’est pas une histoire d’argent mais une aventure humaine et j’essaie de construire quelque chose qui survivra à ma personne et qui sera solide et fort dans l’avenir.

La préparation de la saison prochaine et l’avenir de Christophe Pélissier…

Bernard Joannin

L’avenir justement ça commence par la saison 2019/2020. En attendant de savoir dans quelle division vous jouerez, on imagine que certaines perspectives ont déjà été fixées…

On travaille depuis cinq mois avec John Williams sur la constitution de cette équipe. On attend l’officialisation du maintien pour que le coach nous donne ses prérogatives en termes de postes. Quoi qu’il en soit, on a déjà un groupe très solide et il n’y aura pas de bouleversements. On s’appuiera sur ce groupe que j’estime être de qualité et on le bonifiera, comme d’habitude, par deux ou trois personnes qui arriveront.

Vous avez parlé du coach, votre envie est donc de poursuivre l’aventure avec Christophe Pélissier ?

Ecoutez, moi j’ai été clair. J’ai dit au coach, on ne parle pas de contrat avant le maintien. Mais sachez que je suis un homme de parole et que s’il souhaite rester, il restera.

L’avenir de Christophe Pélissier ? Ça se passera autour d’une table en cinq minutes. Mais ce sera à lui de nous dire oui ou non.

En résumé, il a donc les cartes en main ?

Je ne peux pas influer sur la vie personnelle des gens. Il est en fin de contrat, je lui ai proposé, l’année dernière de signer un an de plus, il n’avait pas souhaité le faire, ce n’était pas un souci. J’ai donc voulu marquer le coup, estimant qu’il avait fait un passage très important à Amiens, en revalorisant son salaire comme si je le prolongeais pour lui montrer mon attachement. Là je lui ai dit « Christophe, il n’y a aucun souci pour que tu restes au club mais ce n’est pas le moment des discussions. Elles pourraient perturber notre volonté d’être concentré sur notre objectif« . Une fois le maintien acquis, ça se passera autour d’une table en cinq minutes. Mais ce sera à lui de nous dire oui ou non.

Le cycle Christophe Pélissier n’est donc pas arrivé à son terme…

Dans la vie et dans le football, c’est vrai qu’il y a des cycles. Mais regardez l’entraîneur d’Angers, Stéphane Moulin, il est en place depuis très longtemps. Finalement, il y a des entraîneurs qui restent en poste sur la durée et avec succès.

L’avenir de Christophe Pélissier ne dépend pas non plus d’un maintien en Ligue 1 ?

Non, on n’est pas dans cette projection. Christophe a fait un boulot énorme avec son staff. De toute manière, les circonstances vont faire que nous allons nous maintenir en Ligue 1. Nous ne projetons pas ce genre de choses négatives. Positivons !

On évoque un intérêt de Brest pour Christophe Pélissier. Les rumeurs commencent à tomber en cette fin de saison. Ce n’est pas forcément l’idéal…

Je suis fier qu’on s’intéresse à mon coach, ça veut dire qu’il est bon. Pour le reste, les joueurs ne pensent pas à ça. Les joueurs, le coach, tout le monde est dans le même projet. Sur une carte de visite, une descente n’est jamais un bon point. Aujourd’hui, il n’y a pas l’espace d’une feuille de cigarette entre Christophe et moi en matière de relationnel. On s’entend très bien et j’ai vraiment confiance avec lui et son staff pour nous amener à ce troisième maintien. C’est tous ensemble qu’on va y parvenir !

Tous propos recueillis par Romain PECHON

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