Titularisé à 29 reprises cette saison, Emil Krafth est rapidement devenu un élément incontournable de la défense de l’Amiens SC. A l’orée du dernier mois de compétition, l’international suédois s’est longuement confié sur sa découverte du championnat de France, sa place au sein du vestiaire amiénois et son avenir dans un entretien exclusif accordé au 11 Amiénois.

Emil, quand on fait le bilan de votre saison, on se rend compte que vous n’aviez jamais autant joué sur une saison avant de venir à Amiens. C’était finalement le bon endroit pour vous montrer…

Tout à fait ! Lors de ma première année en Italie, j’étais blessé donc je n’ai pas beaucoup joué, lors de ma deuxième j’en ai joué une vingtaine, et la saison dernière je n’ai joué que douze fois. C’est à ce moment que je me suis rendu qu’il fallait que je change de club parce que j’ai besoin de jouer, et je crois qu’Amiens était le bon club pour moi pour jouer au football et me sentir bien dans ma vie et sur le terrain. Quand tu joues, tu es heureux et tout devient plus facile.

Vous êtes un latéral droit avec parfois un penchant pour l’offensive. Regardez-vous vos statistiques ou bien est-ce que vous ne vous concentrez que sur vos tâches défensives ? 

Je me soucie de la manière dont je joue. Je n’ai pas à marquer, je n’ai pas besoin de faire des passes décisives mais je dois bien jouer, faire mon travail défensivement et offensivement et ça ne veut pas dire marquer ou faire des passes décisives à chaque match. Pour moi, c’est ça faire un bon match. Si je marque ou que je fais une passe, c’est bien, mais ce n’est pas mon objectif principal.

Comment ça se passe avec votre entraîneur ? Etes-vous épanoui dans ce qu’il vous demande de faire ?

Ça se passe bien. Il a eu un impact sur ma manière de jouer. Il n’y a pas un nombre excessif de règles à suivre avec lui. J’ai quelques libertés, pas autant que je le voudrais parce qu’il faut jouer intelligemment et rester derrière, mais je peux plus aller vers l’avant que ce que je faisais en Italie. Sur le plan personnel, je pense que c’est un homme bon.

Vous avez rapidement pris place dans le onze de départ. Comment ça se passe avec Oualid El Hajjam, votre concurrent au poste ?

J’essaye juste de faire mon travail du mieux possible et ensuite il faut poser la question au coach parce que c’est lui qui choisit le onze titulaire. J’essaye toujours de faire de mon mieux, de mettre mes partenaires dans de bonnes dispositions et je crois que le coach est satisfait de moi sinon il me ferait pas jouer.

Que connaissiez-vous d’Amiens avant d’arriver ?

Je ne connaissais rien du tout de la ville, et je ne savais pas grand-chose sur la Ligue 1. Bien sûr, je connaissais les grosses équipes, mais pas les autres.

Amiens ? C’est un bon club, on sent que c’est une grande famille […] Ici, tout le monde se soucie de toi.

Huit mois plus tard, qu’avez-vous eu le temps de découvrir ?

Le club et la ville ! La ville, ça s’est fait rapidement puisque ce n’est pas trop grand. Il n’y a peut-être pas grand-chose à faire quand on a un jour libre mais on n’est pas trop loin de Paris et généralement, on y va quand on est « off ». Amiens est une très belle ville avec un beau centre-ville, la Somme, les parcs et toutes ces choses. Peut-être que c’est un peu petit.

Et que pensez-vous du club et des supporters ?

C’est un bon club, on sent que c’est une grande famille. Si tu joues dans un gros club, tu as le sentiment de n’être qu’un quidam, mais ici tout le monde se soucie de toi. Tout le monde essaye de t’aider, peu importe ce qu’il se passe, et c’est une chose que j’apprécie. Ils prennent vraiment soin des joueurs.

Comment ça se passe avec vos coéquipiers au quotidien ?

Je connaissais personne avant d’arriver ! Mais je suis très proche de Saman (Ghoddos) parce qu’il est Suédois et on reste souvent ensemble, même quand on ne s’entraîne pas. On regarde des matches ensemble et on mange ensemble.

Et Bongani également ?

Oui, Bongani (Zungu) aussi, mais pas de la même manière qu’avec Saman. Avec Saman, on se retrouve plusieurs fois par semaine pour manger, nos copines s’entendent bien. Je suis proche de Bongani aussi, mais je suis encore plus proche de Saman, c’est certain.

En tant que Suédois, on imagine que vous avez aidé Jack Lahne lors de son court passage ?

Bien sûr, il était avec Saman et moi quand il était ici, on restait ensemble.

C’est un jeune joueur qui semble talentueux…

C’est un grand talent, ça se voyait à l’entraînement. Il est rapide, mais je pense qu’il a besoin de quelques mois voire un an pour se lancer. Il a dû rentrer en Suède en prêt parce qu’il y avait des problèmes avec des papiers, et il est titulaire à chaque match. Il fera de bonnes choses quand il jouera ici.

De votre côté, vous avez pris des cours de français, pouvons-nous continuer cette interview en français ?

(Rires) Je ne pense pas ! Je suis allé en cours pendant un moment, mais j’ai arrêté parce que je n’ai pas eu l’impression d’avoir beaucoup appris. C’est beaucoup de grammaire, et ce n’est pas si important que ça pour moi. J’apprends plus avec les joueurs, en les écoutant, en essayant de parler plutôt qu’être avec un prof à apprendre la grammaire. Si je parle français mais pas de la bonne manière, vous allez quand même me comprendre. J’ai fait la même chose en Italie, je reste avec l’équipe, j’essaye de parler, et j’apprends plus vite de cette manière. Parfois, je parle dans le vestiaire, ce n’est peut-être pas du français correct mais ils me comprennent et c’est le but.

Quel regard portez-vous sur le championnat de France ?

Si je devais le comparer à l’Italie, je dirais que c’est plus physique et ce style de jeu me convient mieux. J’aime la Ligue 1 et comment on y joue. En Italie, il y a beaucoup de tactique, et c’est très bien parce qu’on apprend beaucoup mais tu n’es pas forcément libre de faire ce que tu veux.

Il y a une option d’achat. Je veux jouer au plus haut niveau possible, mais je peux aussi rester ici.

Quels sont vos objectifs pour la suite de votre carrière ?

Jouer au plus haut niveau possible ! C’est le rêve de tout le monde de jouer dans un gros club mais j’essaye de profiter du moment, de faire de mon mieux ici. Quand le mercato ouvrira, je verrai ce que j’aurai comme propositions. Pour l’instant, je me concentre sur les cinq derniers matches ici et prendre étape par étape.

Peut-on espérer vous voir continuer à Amiens à l’issue de votre prêt ?

C’est une possibilité parce qu’il y a une option d’achat (ndlr : de deux millions d’euros). Je veux jouer au plus haut niveau possible, mais je peux aussi rester ici. J’aimerais aller plus haut, mais je ne me concentre pas là-dessus actuellement. Je sais que si je joue bien, ça viendra et on verra après la saison ce qui se passera.

D’autres clubs ont-ils manifesté leur intérêt ?

Je ne sais rien de tout ça. J’ai dit à mon agent de pas me parler de ça pendant la saison. On en discutera quand ce sera fini. Je veux vivre le moment présent et faire de mon mieux ici.

Quelles sont vos ambitions avec l’équipe nationale ?

Jouer ! On joue les qualifications pour l’Euro en ce moment, on a une victoire et un nul en deux matches donc c’est assez bien parti. J’ai joué ces deux matches. Je suis rentré après vingt minutes sur le premier (ndlr : victoire 2-1 contre la Roumanie) et j’ai démarré le deuxième (ndlr : 3-3 contre la Norvège), mais je ne suis pas un titulaire habituel. C’est quelque chose que je veux à l’avenir, mais je ne grille pas les étapes. Je sais que si je joue bien ici, j’aurai ma chance avec l’équipe nationale.

Tous propos recueillis par Romain PECHON et Morgan GRESSIER

Laisser un commentaire