Entretien #Le11 – Matthieu Dreyer : « La clé est de rester concentrés sur nous »

À 30 ans, Matthieu Dreyer est un habitué des opérations maintien avec Troyes et Caen ces dernières saisons. Aujourd’hui à Amiens, la doublure de Régis Gurtner se replonge dans son expérience personnelle pour évoquer les erreurs à ne pas commettre pour atteindre l’objectif du club. Entretien. 

Quel est votre ressenti après le match nul concédé contre Bordeaux ?

C’est dommage parce qu’on avait pris le match par le bon bout. Après, c’était un match compliqué et on a manqué d’efficacité devant. On savait que Bordeaux était un peu une équipe en roue libre, qui n’a plus grand-chose à jouer. Ce n’est jamais simple de mettre de l’intensité et du jeu dans ce genre de rencontre. Qui plus est à 15 heures, un horaire assez inhabituel. On prend un point, c’est toujours ça de pris. Tous les points compteront en fin de saison.

Ce match confirme aussi la solidité défensive et collective retrouvée ces dernières semaines…

On ne prend pas de but pour la deuxième fois de suite. On reste sur une série positive depuis cinq matches, c’est intéressant. Maintenant, on a encore un match important à jouer contre Saint-Étienne. Ce serait bien de bonifier ce point.

La tâche ne sera pas simple contre une équipe de Saint-Étienne qui joue les premiers rôles…

Effectivement, Saint-Étienne joue les premières places, c’est le dernier gros club à jouer. Après n’importe quel match est à notre portée, à part Paris. Il faut aborder les autres matches sans trop te poser de questions, en te disant que tu peux faire une bonne performance.


À l’aller, Amiens avait concédé un match nul contre Saint-Etienne (0-0), avec les sorties sur blessure de Steven Mendoza et Bongani Zungu.

Comment expliquez-vous la bonne série actuelle ? 

Je ne sais pas, peut-être un déclic après le match contre Caen. À ce moment-là, on avait sensiblement le même nombre de points qu’eux. Derrière ça, on a une série positive alors que Caen connaît quelques difficultés. Le fait de gagner ce match a très certainement libéré un peu les joueurs.

Ce match face à Caen arrive après un mois de janvier compliqué, avec une adversité élevée…

Les points ne tombaient pas dans l’escarcelle mais on ne s’inquiétait pas. Le contenu de nos matches était intéressant. Quand on regarde le match contre Lille, il est cohérent, on prend un but dans les cinq dernières minutes alors que si on ressortait de là-bas avec un match nul ou une victoire, ça n’aurait pas été illogique. Contre Paris, pendant une mi-temps, on leur tient la dragée haute. Après, il y a un fait de jeu qui fait qu’ils marquent sur penalty et ensuite c’est Paris. Contre Lyon, on n’est pas récompensé non plus de notre bonne heure de jeu. Ce sont donc des matches frustrants et le fait de les avoir enchaînés donne un peu le sentiment qu’on était dans le dur, que c’était compliqué. Mais la qualité était là et il fallait juste que ça tourne en notre faveur. Ensuite, il y a aussi eu les arrivées de Serhou (Guirassy) et de (Erik) Pieters qui ont apporté du sang neuf, de la fraîcheur et de la légèreté au groupe.

Erik Pieters Amiens SC
Arrivé cet hiver, Erik Pieters a apporté toute son expérience à l’Amiens SC en lice pour un nouveau maintien en Ligue 1.

Et deux mois plus tard Amiens compte provisoirement sept points d’avance sur la zone rouge. Pour beaucoup d’observateurs, le maintien est quasiment acquis…

Ces observateurs ne sont pas sur le terrain. Nous, on sait que rien n’est fini tant qu’on n’a pas acquis le nombre de points nécessaires pour se maintenir, donc rien n’est fait mathématiquement, tout est encore possible.

Même si vous avez pris une petite option avec un calendrier qui semble plus favorable par rapport à vos concurrents directs…

Il y a un écart mais ça ne veut rien dire à ce stade de la saison. On a déjà vu Toulouse se maintenir avec dix points de retard sur le premier non relégable à dix journées de la fin. On a un matelas intéressant et à nous de le conserver jusqu’à la fin de saison pour se maintenir. C’est dans ce sens-là qu’il faut regarder les choses mais ne surtout pas se dire que le maintien est déjà acquis.

Vous avez déjà joué le maintien avec Troyes et Caen ces dernières saisons. En se basant sur cette expérience, quels sont, selon vous, les ingrédients essentiels pour se maintenir ? 

Il n’y a pas de recette miracle mais je pense qu’il faut garder de la fraîcheur et un état d’esprit solidaire. L’erreur serait de partir dans tous les sens, la clé est de rester concentrés sur nous et sur ce qu’on sait faire de mieux. Si on commence à s’éparpiller, c’est compliqué. La première saison que j’ai faite à Sochaux, on joue direct le maintien. Ça te met dans l’ambiance et tu rends compte sur qui tu peux compter ou non. Il faut aussi se préserver des médias, ne pas trop regarder ce qui se dit car ça peut être néfaste pour un vestiaire. Il faut rester focus sur ce qu’on sait faire nous et s’accrocher à nos valeurs pour s’en sortir.


Depuis plusieurs saisons, Matthieu Dreyer est habitué à jouer le maintien, successivement avec Sochaux, Troyes, Caen et désormais Amiens.

L’environnement peut vraiment déstabiliser une équipe ?

Oui, complètement. À Amiens, il y a un environnement favorable, on ne sent pas de pression particulière, une obligation de faire des choses, juste de rester nous-mêmes et de donner le meilleur. On a aussi la chance qu’il y ait pas mal d’internationaux, de joueurs étrangers. Ils ont une approche différente de la compétition, des matches à enjeu. Quand ils sont dans la difficulté, ils savent prendre la bonne décision. C’est l’expérience du plus haut niveau qui permet ça.

En parlant de match à pression, l’an dernier Amiens les avait plutôt bien gérés en l’emportant contre Lille, Caen et Strasbourg dans le sprint final. Cette année, c’est Dijon, Toulouse et Guingamp qui vous attendent. Ce sont vraiment des matches particuliers ?

Tous les matches sont à pression quand tu es tout le temps dans la queue du peloton, c’est usant et c’est cette gestion de l’usure qui fait que tu descends ou tu passes devant. Pour l’instant, on arrive à s’en sortir parce que justement les mecs gèrent les moments cruciaux dans cette saison de la meilleure des façons. Si on est sérieux et concentré, tous les matches sont abordables, on va tous les jouer pour les gagner.

Christophe Pélissier considère que le maintien va avant tout se jouer à la maison. Partagez-vous cet avis ?

Oui, totalement. Contre des petites équipes, on peut faire un ou deux coups à l’extérieur mais à la maison, on doit se montrer le plus difficile à battre. Le public a une part importante à jouer aussi. Et depuis quatre-cinq matches, il est vraiment derrière nous. C’est ce petit plus qui permet aux mecs d’être transcendés et souvent de gagner 1-0 ou d’arracher le match dans les dernières minutes. Il n’y a pas de secret. On se maintiendra si on conserve cette unité au sein du club.

Tous propos recueillis par Romain PECHON (avec Rémi GERARD)

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