Spécialiste en préparation mentale auprès de joueurs professionnels, dont Jordan Lefort, Franck Blondeau s’exprime sur les conséquences de la crise du Coronavirus et de son confinement sur les sportifs de haut niveau. Selon lui, cette période nécessite un encadrement et une stimulation particuliers. Entretien. 


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Franck, au regard de la situation actuelle, particulièrement exceptionnelle, votre activité de préparateur mental a très certainement été impactée. Comment gérez-vous cela et quels sont les besoins de vos sportifs ? 

C’est une période assez inédite pour les sportifs de haut niveau. Aujourd’hui, ils sont tous logés à la même enseigne, à savoir privés d’entraînement et de compétition. Pour autant, ils doivent garder un contact avec la pratique sportive. Je continue donc de travailler avec la plupart de mes sportifs, que ce soit les nageurs du club d’Amiens ou bien des joueurs de football. En ce moment, l’objectif de mon travail est d’optimiser le temps à leur disposition pour garder un lien avec la pratique. Je m’appuie donc sur trois axes principaux. Le premier, c’est de garder un entraînement mental à travers un travail d’imagerie mentale, cela permet de travailler sur des situations de matches, des gestes techniques et même le côté émotionnel. Le deuxième, en partant du principe que cette période peut être un peu anxiogène, je m’appuie sur des techniques de relaxation, de respiration et de méditation, pour qu’ils puissent lâcher prise, d’éliminer les émotions négatives, les frustrations voire les peurs. Le troisième axe, c’est un travail d’objectifs, de repositionner ses priorités, que ce soit sur le plan sportif ou personnel.


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Pour des sportifs de haut niveau, souvent soumis à un rythme des compétitions assez effréné, c’est rare d’avoir autant de temps à disposition. Il y a clairement un vide à combler ? Cela peut s’avérer difficile pour certains d’entre eux de subir une coupure aussi nette ? 

C’est vrai que la fracture a été assez brutale dans leur quotidien, dans leur rythme, très calibré habituellement. Cela peut susciter de l’inquiétude, de l’isolement, beaucoup de sportifs se retrouvant seuls, éloignés de leur famille. Ce n’est pas évident de pouvoir gérer ce type de situation. Il y a une perte évidente de repères avec un quotidien autant perturbé. Il faut donc essayer de faire de ce moment difficile une opportunité pour développer de nouvelles compétences, un temps de réflexion sur sa propre carrière, pour pouvoir prendre les bonnes décisions. Pour autant, le contact avec la pratique est essentiel, il est impératif qu’il puisse toucher le ballon, se dépenser.


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Craignez-vous que certains sportifs, privés de l’adrénaline de la compétition, sombrent dans la morosité, voire tombe en dépression, perdant ainsi le fil de leur carrière durant ce confinement ? 

Le risque existe. Pour certains, au moment du déconfinement, ça peut se traduire par un surinvestissement, un surengagement, il faudra être très vigilant pour éviter tout risque de blessure. D’où la nécessité d’avoir une reprise progressive et en bonne intelligence. On peut aussi avoir des athlètes qui accumulent beaucoup de frustration, se traduisant par des syndromes dépressifs. Les clubs devront alors prendre en charge ces cas, leur assurer une phase de transition entre l’inactivité et la reprise de la compétition.

Certains joueurs arrivent en fin de contrat au 30 juin et ne savent pas forcément de quoi leur avenir va être fait. La situation actuelle peut créer une forme de stress…

Effectivement. J’ai un joueur qui est dans ce cas de figure. Il joue en Belgique, il ne sait même pas si son championnat va pouvoir reprendre, il est en fin de contrat. Il y a donc beaucoup d’incertitudes pour lui. Il ne sait pas s’il va retrouver un club, sachant que la situation économique pourrait fortement se dégrader dans les prochaines semaines. Aujourd’hui, il ne sait pas s’il va pouvoir poursuivre sa carrière. C’est donc important de rassurer les joueurs qui sont dans ce cas de figure, de leur fixer des objectifs intermédiaires pour éviter qu’il ne se projette trop loin. Cette période peut comprendre l’intérêt d’avoir un accompagnement, de mieux se connaître, de façon à mieux anticiper les difficultés qu’on peut rencontrer dans une carrière mais aussi dans une vie. Maintenant, les gens qui entrent dans la démarche de la préparation mentale le font rarement en fonction d’un événement précis, ils le font plus en fonction d’un ressenti qui se construit au fil des expériences.

Tous propos recueillis par Romain PECHON

Une initiation avec Jordan Lefort en Live Instagram

Afin de « présenter au plus grand monde la préparation mentale et la manière dont un sportif de haut niveau peut appréhender la chose« , Franck Blondeau organise un live sur Instagram, en compagnie de Jordan Lefort, ce lundi à 18 heures. S’appuyant sur le témoignage et l’expérience du défenseur de l’Amiens SC, actuellement prêté aux Young Boys de Berne (Suisse), Franck Blondeau tentera de répondre à trois questions que le grand public se pose à propos de la préparation mentale : qu’est-ce qui amène un joueur à s’engager dans ce type de démarche ? Qu’est-ce que cela apporte dans une carrière (performances, gestion de sa carrière) d’un sportif de haut niveau ? En quoi cela peut-il servir dans la situation actuelle et la gestion du confinement ? Outre ce rendez-vous, Franck Blondeau propose également un accompagnement gratuit durant la période de confinement à ceux qui en ressentirait le besoin. Plus d’informations ici.

Tous propos recueillis par Romain PECHON

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