Spécialiste en préparation mentale auprès de sportifs professionnels, Franck Blondeau – qui travaille notamment avec Jordan Lefort – a répondu à nos questions sur la manière d’aborder le match décisif pour le maintien contre Metz ce samedi. Entretien.

Au vu de la situation d’Amiens et de l’adversaire, on aborde forcément ce match avec de la pression, c’est inhérent à la situation ?

C’est vrai que c’est un match important, et peut-être un tournant dans la saison étant donné qu’Amiens a fait des bons matches dans le contenu, a réussi à tenir tête à des équipes de haut de classement et va maintenant jouer contre un concurrent direct au maintien. Il faut valider ces bons matches avec une victoire pour recoller au classement et revenir à trois points de Metz. Ce serait déjà une bonne opération. L’important c’est que les joueurs travaillent surtout sur les pensées positives et ancrent des expériences, des situations qu’ils ont pu vivre positivement sur les derniers matches. C’est vraiment important de travailler sur les bonnes images, les bonnes sensations, les bons mots entre eux.

Quand on est joueur de haut niveau, une série de quatorze matches sans victoire doit forcément faire cogiter…

Si on se base sur les résultats, ça peut être anxiogène de voir le classement alors que l’on n’a pas gagné depuis plus de trois mois. C’est clair que ça peut être difficile mais ce qui est plutôt réconfortant c’est de voir qu’Amiens a su être solide défensivement sur certains matches, comme Lyon ou Strasbourg  et efficace, notamment contre Paris. Il faut maintenant s’appuyer sur toutes les choses positives qui se sont passées pendant ces matches pour valider au niveau comptable. Il faut être focus sur le plan d’action à mettre en oeuvre, que ce soit sur le plan offensif ou défensif, et même sur les coups de pied arrêtés parce qu’il y a aussi eu des problèmes là-dessus. Si les joueurs sont bien concentrés sur ce type de situation, c’est déjà une première approche de ce type de match.

Il faut donc se concentrer uniquement sur ce positif pour éviter d’être pollué par la réalité de la situation…

Tout à fait. Ce qui est important, c’est d’enlever les parasites qui peuvent inhiber les joueurs dans un match comme celui-là pour uniquement se focaliser sur son potentiel avec toutes les qualités que peut avoir cette équipe. Je pense qu’aujourd’hui, le haut niveau c’est une somme de détails et c’est un match à aborder avec le bon niveau de dosage, de concentration, et de relâchement aussi pour avoir le geste juste, que ce soit sur le plan défensif ou offensif. C’est vraiment trouver ce juste milieu pour pouvoir aborder ce match avec beaucoup de confiance et de sérénité.

Le club a déclenché l’union sacrée, comment voyez-vous ça ?

Ça me semble assez judicieux, du fait qu’il faut générer le maximum de positif autour de l’équipe, que ce soit dans son environnement ou dans son sein. Il faut mettre en oeuvre tous les moyens possibles pour que cette équipe soit dans les meilleures conditions, même si ce sont les joueurs qui sont sur le terrain et acteurs. Ce sera à eux de montrer que l’union sacrée, ils la méritent.

Comment expliquez-vous la différence de performance contre les gros, où Amiens semble libéré, et les petits, où l’ASC semble inhibé ?

Je pense qu’aborder un match comme outsider, comme ça a pu l’être contre Lyon ou Paris, et aborder Metz, à la maison, avec davantage d’attente et dans une position plutôt de favori, c’est très différent et ça peut avoir un impact dans la tête des joueurs. Or, il faut mettre le même impact, la même intensité que face aux équipes de haut de tableau. Il faut pouvoir mettre les mêmes ingrédients et être capable de réduire les parasites comme le stress, la pression pour se focaliser essentiellement sur les moyens à mettre en oeuvre pour faire un match de haut niveau.

N’est-ce pas une limite importante de ne pas réussir à prendre les choses en main dans ce genre de match ?

Chaque joueur réagit différemment. Certains se subliment face à l’enjeu, d’autres sont plus inhibés ou tétanisés. Je pense que c’est important, dans ce genre de match où il y a plus de pression, de pouvoir faire abstraction de l’environnement et de l’enjeu pour être le plus performant possible. C’est aussi dans ces matches qu’on attend des joueurs de pouvoir donner leur plein potentiel, de montrer le meilleur d’eux-mêmes.

Faites-vous un parallèle avec le match contre Toulouse, où certains joueurs ont reconnu avoir été un peu tétanisés par la pression ?

Je pense que le contexte de Metz est différent de celui de Toulouse, étant donné qu’il y a eu pas mal de matches entre deux, et plutôt de bons matches avec des résultats intéressants, que ce soit à Lyon, à Strasbourg ou contre Paris. Dans le contenu des matches, il y aussi 85 bonnes minutes contre Monaco. Avant Toulouse, Amiens sortait vraiment d’une série très négative. Je pense qu’il faut s’appuyer aussi sur toutes ces belles choses qui ont été réalisées pour emmagasiner de la confiance et traduire cette confiance en ce qu’ils pourront reproduire sur le terrain.

Tous propos recueillis par Romain PECHON avec Adrien ROCHER

A lire aussi : 

Amiens SC : Journée décisive en vue du maintien !

Vincent Hognon (Metz) : « A Amiens pour ramener des points ! »

Laisser un commentaire