Capitaine de l’Amiens SC, en instance de relégation suite à l’arrêt prématuré du championnat de D2 féminine, Jennifer Meunier compte se battre jusqu’au bout pour tenter de faire inverser la décision prise par la Fédération française de football (FFF). Si tel n’était pas le cas, elle se dit prête à « se battre pour faire remonter le club« . Entretien. 

Une semaine après l’officialisation du protocole des montées et des descentes en D2 féminine, on imagine que cette décision est encore difficile à avaler…

On le savait depuis le départ, mais c’est difficile. J’ai franchement du mal à me dire qu’on sera en R1 l’année prochaine. On garde un minimum d’espoir pour que l’on ne se batte pas pour rien. C’est difficile au regard du parcours établi la saison passée et sur ce début de saison. C’est frustrant.

Parce que vous n’avez jamais été très loin des barrages, ni écrasées durant les matches…

On a eu une première partie de saison compliquée, avec un peu de mal pour rentrer dans la compétition, mais c’était normal parce qu’on était encore dans la dynamique du Régional 1. Toutes les petites erreurs que l’on faisait en R1 et qui n’étaient pas punies, elles l’étaient en D2 et on encaissait un but. Je trouve ça dommage parce qu’on était sur une bonne dynamique quand ça s’est arrêté mais ce sont les règles et on ne peut pas les contrer. Je peux comprendre aussi que la situation soit difficile et c’est compliqué de satisfaire tout le monde. Il y a aussi Saint-Etienne qui devrait monter dans la logique des choses. Nous, on va se battre pour ne pas descendre.

Qu’est-ce qui a été le plus dur dans la décision ?

Le fait qu’il n’y ait qu’une descente aux autres niveaux mais pas en D2, même si je me doutais qu’il n’y en aurait pas qu’une. Il y a, de base, deux descentes en D2, donc je ne voyais pas pourquoi on aurait réduit, même si ça paraissait plus simple. Par contre, ce qui me choque, c’est qu’il n’y ait pas de barrages. Pour y avoir participé l’an passé, c’est une nécessité de les faire. Il y a une grande disparité entre les deux niveaux et ça a une valeur de test. Qu’il n’y ait qu’une seule montée ou descente, ce n’est pas ça qui me choque le plus, c’est l’absence de barrages.

Et peut-être le choix des clubs qui montent avec des critères différent des dernières saisons ?

Forcément ! Avoir l’opportunité de monter sans faire les barrages, c’est très frustrant. On s’est battues l’an dernier pour y arriver. C’est sûr qu’on a eu un tirage qui nous permettait simplement de faire le travail, mais on l’a fait. Je trouve que c’est hyper important de monter en se battant. Ces équipes vont monter parce qu’il y a eu un arrêté.

Est-ce un sentiment d’injustice qui domine au sein du groupe ?

C’est vraiment le terme approprié, oui, parce qu’on est reléguées suite à une décision administrative, ce qui est déjà extrêmement frustrant. Ensuite, le championnat est inachevé. Tout ce que l’on a pu produire pendant la préparation, le championnat, les séances d’entraînement… On a travaillé vraiment durement, et au moment où je sentais que le groupe avait les capacités de faire la différence, ça s’est arrêté. Il nous restait des confrontations directes contre Nice, Grenoble et Arras… C’est frustrant.

Auriez-vous aimé que la FFF temporise pour votre championnat comme elle a pu le faire pour le National ou la D1 ?

Je pense qu’il aurait fallu laisser du temps. C’est quand même un championnat particulier. Il y a une très grosse différence de niveau entre le R1 et la D2, on l’a remarqué. Pour moi, c’était nécessaire de prendre du temps et tenter de faire les barrages. Ils ont une valeur de test.

Que faites-vous pour tenter de défendre vos chances jusqu’au bout ?

On sait que le club a fait le nécessaire de son côté. Je parle beaucoup avec le coach, et c’est aussi à nous de faire le nécessaire, il n’y a pas que le club qui doit s’en occuper. C’est vrai qu’on a fait une petite démarche, on essaye de faire parler de nous au maximum pour que ça puisse toucher la FFF. On ne parle pas que pour nous, il y a aussi les autres qui veulent se défendre, comme Saint-Etienne. Si on peut faire valeurs et action communes, rassembler tous les clubs qui ont le même souci que nous, on doit le faire.

Avez-vous pris contact avec des joueuses d’autres clubs qui peuvent être dans votre situation ?

On a un peu parlé avec les filles de Toulouse pour connaître leur démarche, parce qu’elles sont onzièmes, comme nous, mais elles sont dans le flou total, comme nous. On leur a demandé si elles étaient d’accord pour se lier à nous dans cette démarche.

En quoi consiste cette démarche ?

En tant que joueuses, on ne peut pas faire grand-chose, et on sait que c’est difficile pour la FFF, mais on essaye de faire le grand maximum de ce que l’on peut faire pour les toucher. Donc on fait des pétitions, des articles, même si je ne pense pas que ça change grand-chose. Mais il faut tout faire et tout tester.

Aviez-vous le sentiment d’être encore en mesure de vous maintenir si la saison allait à son terme ?

On avait acquis la phase d’apprentissage, c’était le plus important. On avait des petits défauts, par exemple au niveau de la défense, et sur les derniers matches, on ne rencontrait plus ce problème. Nos défauts ont été corrigés, on a réussi à inverser la tendance. Contre Saint-Etienne, je n’ai jamais vu un groupe aussi soudé, et c’était la première fois que je voyais notre groupe prendre de la confiance. Ça nous manquait, forcément, parce qu’on accumulait les défaites. Sur ce match, le groupe était extraordinaire, j’étais vraiment fière. Pour moi, notre maintien était tracé. On méritait mieux que la descente. J’ai l’entière conviction qu’à la fin de saison, on aurait été maintenues.

Ce sont deux ans de travail qui s’écroulent avec cette relégation. Craignez-vous un coup d’arrêt pour le club ?

Je ne pense pas, et je ne pense pas qu’on ait travaillé deux ans pour rien. Ce sera acquis pour la suite. Si on est amenées à se retrouver en R1 l’année prochaine, on fera le travail nécessaire, on montrera au club et aux personnes extérieures qu’on a le niveau d’être en D2. Ce sera à nous d’être professionnelles de A à Z l’année prochaine et ne pas faire d’erreurs. On devra être combattantes jusqu’au bout et prouver que notre place n’est pas en R1. On sait ce qu’il nous reste à faire.

A titre personnel, vous êtes donc prête à repartir dans la besogne du R1 qui n’est pas toujours stimulante ?

Je ne me pose pas encore la question, mais mon cœur est amiénois. C’est sûr que c’est difficile de penser à autre chose. Personnellement, je suis prête à me battre jusqu’au bout pour faire remonter le club la saison prochaine. Malgré ce qui va vraisemblablement nous attendre, je suis très fière du club et de mon groupe.

Tous propos recueillis par Romain PECHON

Signez la pétition soutenue par l’Amiens SC féminines

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