Mathieu Dubrulle : « J’espère que l’Amiens SC va tirer les enseignements de cette saison »

Panoramic

Chaque mois ou presque, notre confrère de France Bleu Picardie, Mathieu Dubrulle nous a livré son regard sur la saison de l’Amiens SC en Ligue 2 dans la chronique intitulée l’œil de Mathieu. Pour ce dernier numéro de la saison, le commentateur historique de l’ASC se projette sur le prochain exercice qu’il espère plus abouti que celui qui se termine et met au défi les dirigeants de gagner « leur match », à savoir celui du recrutement estival après plusieurs campagnes ratées. Entretien. 

Après la victoire contre Valenciennes et le nul glané à Ajaccio dans le temps additionnel, peut-on dire que l’Amiens SC affiche enfin du caractère sur cette fin de saison ?

Oui, on peut dire enfin, même si c’est arrivé épisodiquement sur la saison. Je regrette que l’équipe n’ait pas affiché ce visage tout au long de la saison. En plus du caractère, il y a eu une vraie réaction d’orgueil après la déroute, la purge qu’on nous avait fait subir contre Chambly. Dans l’état d’esprit, c’était lamentable ce jour-là. On peut perdre contre moins fort que soit, mais on n’a pas le droit de perdre comme ça. L’équipe devait absolument rebondir, elle a su le faire. Le tout avec un final époustouflant contre Valenciennes, puis ce coup de génie de Diakhaby à Ajaccio. Quand elle le veut, cette équipe est au moins capable de réagir. C’est tout de même dommage qu’il faille toujours un coup de pied au cul (sic) pour que cette équipe se décide à se bouger. C’est très clairement l’une des principales limites qui expliquent pourquoi Amiens n’a pas pu jouer les premiers rôles cette saison. Pour y parvenir, il faut avoir certaines vertus présentes en toutes circonstances. Là, cette équipe me fait penser à ma tondeuse à gazon, il faut à chaque fois tirer un peu sur le cordon pour que ça se remette à vrombir. Tout ceci n’enlève rien aux deux derniers résultats obtenus.

Oswald Tanchot (Amiens SC) : « C’est un bon point »

Ce sursaut dans les résultats coïncide avec le retour aux affaires d’Oswald Tanchot, qui a tapé du poing sur la table. Ressort-il grandi et renforcé de cette semaine débutée par la claque à Chambly et ponctuée par le nul à Ajaccio ?

J’ose espérer que les joueurs n’avaient pas besoin d’une intervention extérieure pour réagir après un match aussi raté que celui livré face à Chambly. Cela coïncide effectivement avec le retour de Tanchot, j’espère donc que dans la réaction d’orgueil il y avait aussi la volonté de réagir par rapport à son retour de maladie. Il y avait eu un hommage avec un maillot d’encouragement contre Rodez. On a aussi vu sur le deuxième but contre Valenciennes qu’ils sont tous venus se jeter sur lui, preuve d’une solidarité à son égard. Ça dénote d’une adhésion entre les joueurs et leur coach. Son retour a peut-être influé sur l’état d’esprit des joueurs qui voulaient peut-être se racheter pour lui et célébrer son retour de Covid par de bons résultats.

[J35] Ajaccio – Amiens SC : Un nouveau final à émotions

Pour en revenir à la Covid, Amiens a été privé de compétition pendant trois semaines en raison de l’épidémie sévissant dans son vestiaire fin mars. Depuis, il y a eu deux victoires (Rodez et Valenciennes), deux défaites (Clermont et Chambly) ainsi qu’un match nul (Ajaccio). Peut-on dire que ce bilan assez mitigé symbolise bien la saison de l’ASC ?

C’est tout à fait ça. Comme depuis le début de saison, on vit un peu les montagnes russes, avec un manque de constance assez édifiant. Amiens a été capable du meilleur comme du pire. Le pire, on l’a vu contre Chambly. On n’oublie pas non plus le contenu assez laborieux contre Rodez, où il a fallu une étincelle pour faire la différence. Il faut beaucoup plus de constance pour jouer les premiers rôles. Tout le monde connaît des accrocs dans une saison, on l’a vu avec Troyes, Toulouse ou même Clermont. La différence est que ces équipes parviennent à vite repartir de l’avant. Finalement, même sur cette fin de saison, on ne sait toujours pas à quoi s’attendre avant le début d’un match. On n’a clairement aucune certitude sur le type de match que va livrer l’Amiens SC. Même si on sort de deux bons résultats, avec des ressources démontrées en fin de match, il n’est pas acquis qu’Amiens arrivera à confirmer contre Dunkerque. C’est l’incertitude permanente.

Amiens SC : « 40 joueurs, c’est beaucoup trop » selon Tanchot

En même temps, peut-on espérer être constant dans une saison quand on utilise 40 joueurs différents ?

Il y a eu beaucoup trop de joueurs, c’est une certitude. Certains nous paraissent même loin quand on pense à (Serhou) Guirassy, (Saman) Ghoddos, (Aurélien) Chedjou ou (Bongani) Zungu. Tout ça est lié à la mauvaise anticipation et préparation de la descente. Derrière, c’était un peu la foire ! Des joueurs étaient là et voulaient partir. D’autres ne savaient pas vraiment si on comptait sur eux. Puis, on ajoute à cela les gamins qu’on a lancés sans trop de retenue. Il y a eu un véritable brassage. Pour autant, certains n’ont joué que quelques minutes, ce n’est pas comme si on avait 40 joueurs à plusieurs matches disputés. Ensuite, il faut aussi avoir un minimum de profondeur de banc pour tenir toute une saison. Maintenant, au-delà du nombre il y a aussi la qualité. C’est là qu’il faut trouver le juste équilibre au niveau du recrutement. Tout ceci n’empêche pas non plus de dégager une ossature. Christophe Pelissier avait également été confronté à cette difficulté (ndlr : 31 joueurs utilisés en 2017/2018), il s’en était plaint mais il avait fini par dégager une équipe-type.

A Pau début février, j’avais l’impression de commenter un match de National 3, sans faire injure à l’équipe qui a terminé le match.

Parmi ces 40 joueurs, il y a eu plus de dix jeunes joueurs lancés en équipe première cette saison. Est-ce une bonne chose ? 

Non, c’est trop. Je martèle et je continue de penser que c’est intéressant de voir de jeunes joueurs sortir du centre de formation, mais je n’ai pas en tête une équipe qui en a lancé autant par le passé. A un moment donné, je me rappelle du match perdu à Pau début février, j’avais l’impression de commenter un match de National 3, sans faire injure à l’équipe qui a terminé le match. Faire sortir des jeunes, s’appuyer dessus, c’est très bien. On l’a vu à Lyon, qui a su faire sortir de grands joueurs (Lacazette, Umtiti, Tolisso, Benzema, Fekir, etc). Le problème est, qu’à un moment, on a eu le sentiment que cette classe biberon portait à elle seule la responsabilité du jeu de l’Amiens SC en Ligue 2. C’était totalement anormal ! Il faut effectivement s’appuyer sur le centre de formation mais il faut qu’ils soient tirés vers le haut par des joueurs aguerris. En sortir autant en si peu de temps, c’est presque contre-productif. On voit bien que certains n’ont pas tenu le choc sur la longueur de la saison, disparaissant totalement de la circulation.

Amiens SC : Oswald Tanchot « croit beaucoup » en Mathis Lachuer

Au sein de la jeune garde de l’Amiens SC, pensez-vous que certains ont le niveau pour continuer à jouer de manière régulière la saison prochaine dans une équipe qui vise le top 5 ?

Il y en a quand même. Mathis (Lachuer) progresse de sortie en sortie. Je le sens en confiance, ça se voit sur sa manière de faire ses passes. Il ne tremble pas, il n’a pas peur de jouer dans l’intervalle, de tenter la passe le long de la ligne même s’il a un adversaire sur la trajectoire. Ses passes sont claquées, pleines de détermination. Selon moi, tout ça en dit long sur la confiance d’un joueur. Iron Gomis a joué un nombre incalculable de matches, il était déjà un joueur important cette saison. Nathan (Monzango) affiche beaucoup de détermination dans son discours. De toute manière, cette saison va beaucoup leur servir, à tous. Pour autant, la route est encore longue pour beaucoup d’entre eux.

Qu’attendez-vous encore de cette fin de saison, avec quatre matches restant à disputer ? 

Qu’elle se termine ! Du mieux possible mais qu’elle se termine. On est tous des passionnés de football, on aime tous regarder un match. Pour autant, c’est une saison décevante, c’est assez pesant même si Amiens risque de finir dans la première partie de tableau. C’est vraiment la saison de transition par excellence, en espérant la reconstruction rapide. Il y a aussi eu des épisodes extrasportifs, avec la Covid, Gurtner dernièrement, en plus de nombreuses prestations extrêmement décevantes. Il faut vite repartir sur une saison plus réjouissante, même si j’espère que l’équipe va terminer celle-ci du mieux possible. Si on se fie aux fins de matches contre Valenciennes et Ajaccio, on peut espérer qu’ils se prennent au jeu jusqu’au bout.

Bernard Joannin dit beaucoup de choses, il a même dit qu’il disait ce que les gens ont envie d’entendre. Sous-entendu, « je ne fais pas forcément ce que je dis »

Vous avez évoqué cette saison de transition. Luigi Mulazzi a affirmé qu’il faudrait juger Amiens l’année prochaine. Bernard Joannin a évoqué un nouveau projet sur trois ans, avec 75% de l’effectif prêt pour le stage de préparation début juillet. Comme tout le monde, on imagine que vous avez envie de croire en ce discours ambitieux…

Oui (rires). Néanmoins, ça me laisse assez dubitatif car on a pris de mauvaises habitudes ces dernières années. J’espère que l’Amiens SC va tirer les enseignements de cette saison. Même si Amiens, par le biais de Christophe Pelissier, a réalisé des miracles ces dernières années avec des recrues tardives, arrivant d’horizons différents, qu’il fallait réathlétiser avant même de parler d’intégration dans l’équipe, y compris un joueur comme (Serhou) Guirassy. Cette formule ne peut pas marcher à tous les coups, on le voit bien depuis deux ans. En Ligue 2, Amiens doit s’affirmer un peu plus sur le marché des transferts. Les derniers jours du mercato doivent servir à faire des ajustements et non pas à la construction quasi-intégrale de l’équipe.

Croyez-vous en une soudaine prise de conscience de ce mode de fonctionnement assez critiqué depuis un bon moment ? 

Je l’espère. Bernard Joannin dit beaucoup de choses, il a même dit qu’il disait ce que les gens ont envie d’entendre. Sous-entendu, « je ne fais pas forcément ce que je dis ». Espérons donc qu’il y ait une prise de conscience chez les décideurs. Il laisse également entendre qu’on ne s’intéresse pas à la gestion financière de son club. Au contraire, on est extrêmement attentifs à ça et on ne peut que saluer les efforts effectués dans cette période extrêmement compliquée. Ce qui n’empêche pas d’avoir un juste équilibre dans la lecture des faits depuis deux ans. On peut donc saluer son talent de gestionnaire et aussi rappeler que Chadrac Akolo a coûté quatre millions d’euros. On peut donc saluer son talent de gestionnaire et aussi rappeler qu’Amiens est l’équipe qui a le plus dépensé en Ligue 2 l’été dernier, avec au moins cinq millions d’investissement, soit le double de Toulouse. Tout en sachant qu’il n’y a pas forcément besoin de dépenser des millions pour avoir une attaque performante. On le voit avec le trio Bayo-Allevinah-Dossou qui n’a rien coûté à Clermont. C’est la même chose pour Troyes, tandis que Toulouse a su dépenser 1,5 million d’euros pour le trio Healey-Spierings-Van Den Boomen et se faire prêter Dejaegere. Au total, c’est 27 buts et 18 passes décisives à eux quatre. Pour repartir de l’avant, il faudra donc avoir appris des erreurs aussi bien sportives que financières. Quand on mène une analyse, on fait attention à la globalité de la performance sur la saison, que ce soit avec des éléments sportifs et financiers. Maintenant, les promesses n’engagent que ceux qui les entendent. De notre côté, on attend des actes concrets. J’ai tout de même la certitude qu’ils ont davantage anticipé les choses que l’an dernier.

Amiens SC Tanchot
MAXPPP

Craignez-vous une vague de départs durant l’intersaison, on peut notamment penser à Gurtner, Blin, Lusamba et Diakhaby ? 

C’est un vrai risque. On sent bien qu’il y a des joueurs qui veulent s’épanouir ailleurs. Maintenant, c’est le boulot des dirigeants et de la cellule de recrutement d’essayer de monter un vrai projet, en recrutant des joueurs de qualité, pour leur donner envie de rester. De toute manière, c’est pour tous les clubs pareil. Il y aura des incertitudes jusqu’aux dernières heures du mercato. C’est là où les dirigeants doivent jouer leur match et le gagner. Une saison se joue autant sur le terrain qu’en coulisses. Si un joueur part, il faut être en mesure de le remplacer rapidement  par un joueur au moins de niveau équivalent.

Alexis Blin (Amiens SC) : « N’importe quel footballeur veut jouer au plus haut niveau »

Même s’il lui reste un an de contrat, on a le sentiment que l’avenir d’Oswald Tanchot demeure assez flou. Pensez-vous que son avenir s’inscrit à l’Amiens SC ?

Le sujet est tabou, donc c’est flou. Là encore, ça en dit long sur les relations en interne entre tous les acteurs de l’état-major. A chaque fois qu’il y a eu de la réussite à l’Amiens SC, c’est quand il y avait un juste équilibre voire une bonne entente entre toutes les composantes du club. Est-ce vraiment le cas aujourd’hui ? En tout cas, il a pris l’équipe a un moment où elle était en danger avec seulement cinq points au compteur. Aujourd’hui, je constate que l’équipe est maintenue dès le mois d’avril. Avec un meilleur effectif, je suis curieux de voir ce que ça peut donner avec toujours Oswald Tanchot aux commandes sur une saison complète et avec de réelles ambitions.

Propos recueillis par Romain PECHON

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A.D
A.D
20 jours il y a

Il y a des points où je suis d’accord et d’autres non.
Si, avoir cette saison 10 jeunes sur qui on a pu compter était une bonne chose. Je suis désolé mais les derniers jeunes joueurs lancés en pro, c’était Timite (qui disons-le, était une béquille pour remplacer un Konaté blessé, donc sans ça, pas de Timite) et Ndombele. Donc a Amiens, pour lancer un jeune, il faut qu’il soit de niveau LDC. C’est complètement débile. Alors oui, Tokpa n’a pas le niveau mais c’est le seul ou j’ai ressenti qu’il avait le niveau n3. Gendrey, Monzango, Lachuer, Gomez, Assogba, Gomis, Traoré ont montré qu’il pouvait s’inscrire dans la rotation ou carrément être titulaire. Je dirais même que je suis heureux qu’Amiens ait été relégué parce que ces joueurs n’aurait jamais joué en Ligue 1.

Autre chose, non, l’entente entre les composantes du club n’était pas toujours au rendez-vous durant l’ere Pélissier. Ce dernier ne s’entendait pas beaucoup avec JW. D’ailleurs, c’est ce qui a conduit à l’échec Ganso.

TELLIER
TELLIER
20 jours il y a

Le Championnat s’achève bientôt et il faut le reconnaître il a été mauvais pour l’ASC .Descendant de L1 on pouvait prétendre à un classement bien meilleur disons dans le trio de tête voir quatrième. Mais du fait des erreurs de recrutement l’ASC se retrouve dans le ventre mou de ce Championnat avec de très mauvais matchs. Il faut dès maintenant penser à l’avenir et construire une équipe digne de la L2 Il y a d’excellents joueurs qui attendent des contrats et qui sont dignes de jouer dans ce Championnat. Arrêtons de s’orienter vers des footballeurs qui n’arrivent pas à s’acclimater au football Européen
Je souhaite bon vent à l’ASC en espérant que nous aurons un excellent Mercato d’été

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