Chaque mois, notre confrère de France Bleu Picardie, Mathieu Dubrulle nous livrera son regard sur la saison de l’Amiens SC en Ligue 2 dans la chronique intitulée l’oeil de Mathieu. Et pour ce premier numéro, le commentateur historique de l’ASC fait part de ses craintes au sujet de l’état d’esprit qui anime actuellement le groupe de Luka Elsner, suite à la défaite concédée au Havre, samedi dernier. 

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Quel regard portez-vous sur le début de saison de l’Amiens SC ?

Des sentiments complètement mitigés. Il y a vraiment un décalage entre l’état d’esprit affiché contre Nancy – avec beaucoup d’élan et d’envie, des jeunes qui ont affiché beaucoup de panache en étant bien encadrés par des joueurs expérimentés qui les ont tirés vers le haut – et celui aperçu contre Le Havre, où on a vu tout le contraire même si Amiens a eu de grosses occasions. Je pense que l’Amiens SC a perdu au moins un point au Havre et cela laisse beaucoup de regrets, parce qu’un point acquis à l’extérieur suite à la victoire face à Nancy aurait été synonyme de bon début de saison. Ce n’est pas le cas malheureusement et ces deux matches assez différents ne me permettent pas de situer aujourd’hui l’Amiens SC.

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On voit déjà Luka Elsner et Luigi Mulazzi monter au créneau, très tôt en ce début de saison, est-ce une preuve de fébrilité ou de lucidité sur la situation du club ?

Une chose est sûre, le championnat a démarré. La saison a beau être longue, il faut savoir, comme Paul Le Guen l’a fait, tirer la sonnette d’alarme très vite quand on sent les choses venir. Luigi Mulazzi a toujours dit les choses comme il les pense, ça n’est pas nouveau. Par contre, ça l’est du côté de Luka Elsner, qui a haussé le ton depuis le début de préparation, il a compris dans quel « merdier » il était et il a tout intérêt à tirer très vite la sonnette d’alarme, il est très bien placé pour sentir les choses. Le temps presse pour l’Amiens SC, même après deux journées de championnat.

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Tout ça fait suite à une préparation estivale assez particulière…

La préparation ne m’a pas intéressé, parce qu’on ne voyait pas réellement l’équipe d’Amiens. Il y a tout de même eu du travail foncier et physique, notamment pour les jeunes, mais ce n’était pas Amiens. Ce n’était donc pas révélateur de ce qu’on peut imaginer sur la saison, et même aujourd’hui, j’ose espérer que cette équipe n’est pas celle qui va poursuivre la saison dans quelques semaines. Je dirais que je suis dans le flou par rapport aux deux premiers matches, et peut-être même trop pour être inquiet pour le moment. J’attends une ossature plus solide, avec des joueurs de haut niveau qui doivent muscler cette équipe, pour reprendre les propos de Bernard Joannin. La qualité demande du temps, le temps passe, on attend maintenant la qualité.

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La construction d’un groupe prend aussi du temps, cela peut provoquer du retard à l’allumage qui peut ne jamais être rattrapé, on l’a vu l’an dernier…

Evidemment, la préparation est là pour ça, la montée des « Braqueurs » en 2017 est venue d’un certain nombre de facteurs mais aussi d’un état d’esprit collectif. Plus le recrutement sera tardif, plus ce sera compliqué, surtout avec des joueurs d’horizons différents.

On parle beaucoup d’esprit de revanche depuis l’officialisation de la descente. Le ressentez-vous aujourd’hui ?

Je ne le ressens pas sauf chez les dirigeants, et je pense qu’il n’existe pas dans le vestiaire. Et pour cause, quels sont les joueurs qui resteront traumatisés par la descente d’Amiens ? D’abord, il faut que ce soit des joueurs présents l’an dernier, et parmi eux il faut que ce soit des joueurs qui ne s’en foutent pas. Or, je suis convaincu que les joueurs de l’an dernier s’en foutent, y compris ceux qui étaient malheureux pour l’ASC et sont partis pour d’autres cieux, consultants à la télévision par exemple. Je n’y crois absolument pas, quand on n’a pas vécu quelque chose comme ça, c’est difficile d’avoir ce sentiment de revanche. Pensez-vous véritablement que Juan Otero ou Chadrac Akolo sont animés au quotidien d’un sentiment de revanche à l’idée de voir l’Amiens SC relégué en Ligue 2 ? Je suis convaincu que non, ce que j’attends malgré tout de ces joueurs-là c’est qu’ils défendent les valeurs de l’ASC. Les dirigeants et les salariés du club présents depuis des années l’ont, les joueurs je n’y crois pas.

Aujourd’hui, Amiens se retrouve à devoir gérer un loft, avec des joueurs qui ne veulent pas défendre le maillot d’Amiens en Ligue 2. C’est une situation aussi exceptionnelle qu’incongrue…

On est partagé, quand j’ai vu (Serhou) Guirassy face à Nancy j’étais à la fois heureux mais également craintif, c’est un risque incroyable pour un joueur valant 15 millions. Je pense malgré tout que certains doivent jouer, à condition qu’ils soient en forme. Si certains reviennent avec dix kilos en trop ou ne sont pas motivés, on a beau s’appeler untel ou untel, si on n’a pas le niveau on ne joue pas. Mais quand on est professionnel, on se doit d’avoir le niveau, pour jouer à Amiens ou ailleurs. Maintenant, si ces joueurs-là s’entraînent et qu’il ne s’agit que d’un caprice, c’est inadmissible, il faut les faire jouer, à calculer et à gérer en fonction de leur valeur marchande. Je pense que même Mendoza pourrait jouer ne serait-ce qu’un match, il pourrait nous rendre service, comme Touzghar, Ndombélé ou Guirassy. Mais pour ça ces joueurs-là doivent avoir le niveau, et c’est donc à l’entraîneur de décider s’ils peuvent ou non apporter aujourd’hui.

Tous propos recueillis par Romain PECHON

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