Entraîneur du RC Amiens, relégable en Régional 3 au moment de la suspension de la saison, Nicolas Cauvin ne comprendrait pas que son équipe soit reléguée sur la base d’une demi-saison et sans avoir disputé l’intégralité des matches de la phase aller. Entretien.

Nicolas Cauvin, comment vivez-vous ce confinement ?

Je continue à avoir un rythme de travail avec des petites coupures entre deux. Le fait de travailler (ndlr : à l’hôpital) un peu ça remet dans la logique des choses du quotidien. Ça permet d’oublier un peu, de voir les collègues et ne pas rester enfermé à la maison.

On imagine que vous avez gardé un lien avec vos joueurs, notamment pour l’aspect humain…

On a les joueurs par messages, et tout le monde va bien. On essaye de leur mettre un petit programme à suivre, histoire qu’ils bougent un petit peu chez eux. Il y a beaucoup de gens en appartement, qui n’ont pas forcément de jardin et on ne veut pas les forcer à aller dehors, donc on leur donne un programme pour travailler un peu le cardio, le renforcement à travers quelques activités à faire chez eux.

Il y a un vrai travail à faire au cas par cas…

Niveau matériel, on est tous limités, moi aussi, même si j’ai un peu de medecine ball à la maison. On est obligés de voir le travail à faire sans matériel. Après, c’est à la volonté des joueurs de le faire ou non. On ne peut pas leur imposer, on ne fait que conseiller quelques activités pour qu’ils se bougent un peu.

Arrivez-vous à garder tout le monde mobilisé ?

Ce n’est pas évident, tout le monde prend son mal en patience parce qu’on a tous hâte de se revoir et de revenir sur les terrains pour passer à autre chose. Ils communiquent entre eux, ils ont un groupe WhatsApp, ils se donnent des nouvelles. L’important, c’est de ne perdre personne en route pour la suite, si reprise il y a. Honnêtement, je ne pense pas que le championnat va reprendre, mais si on devait rejouer, physiquement, on va tous être à la rue, nous comme les autres équipes. On sera tous dans les mêmes conditions, il faudra retravailler le foncier parce qu’on a tout perdu. Mais actuellement, le football, on n’y pense pas trop, on pense à ce que la famille soit en bonne santé. Je ne pense pas qu’on puisse reprendre le championnat, je ne le sens pas bien.

Parce que ça aura duré trop longtemps pour finir à la date du 30 juin…

Tant que les enfants ne reprendront pas l’école, je pense que le football ne reprendra pas. Visiblement, on n’a pas encore atteint le pic et le virus va encore circuler. Tant qu’il sera présent, ils ne lâcheront pas les gens dans les rues pour les remettre en activité comme avant. On est partis pour un confinement qui va durer encore trois semaines, je pense. Ça me paraît compliqué de reprendre.

Si la saison ne reprenait pas, que faire au niveau amateur ?

On regarde ce que les autres fédérations ont fait et on attend la décision de la FFF. Ils ont dit qu’ils annonceraient cela mi-avril, et visiblement, ils ne partiraient pas sur une saison blanche mais ils feraient un calcul sur la base des matches joués. On verra ce que ça va donner, sachant qu’on est en mauvaise posture quoiqu’il arrive.

Avez-vous une piste privilégiée ? La saison blanche semble écartée alors qu’elle serait la plus simple à mettre en oeuvre…

Dans notre championnat, certaines équipes ont joué onze matches, d’autres neuf et on est à peine à la moitié du championnat. Arrêter les classements à la mi-saison, ce n’est pas logique parce qu’il y a encore onze matches à jouer, tout le monde peut encore monter ou se sauver. La saison blanche, c’est le plus logique. Il faut peut-être regarder ceux qui ont une avance considérable pour les faire monter. Je pense par exemple à Chantilly (b) qui a dix points d’avance, pour moi, ils allaient monter. Il y a très peu de cas comme ça dans les Hauts-de-France. Ça me paraît compliqué de stopper à la mi-saison et de dire que telle équipe monte ou telle équipe descend alors qu’il reste encore la moitié de la saison à jouer.

A commencer par votre groupe de Régional 3…

On a fait un match « retour », mais on n’a pas encore joué le match « aller » contre Méru. On a aussi joué deux fois le premier, donc en termes d’équité, c’est compliqué. Il y a aussi ceux qui ont plus de matches à domicile qu’à l’extérieur, et ça peut influer sur la deuxième partie de saison. Il y a plein de choses comme ça qui peuvent entrer en ligne de compte.

Vous ne comprendriez donc pas une éventuelle relégation basée sur une dizaine de matches joués sans affronter tout le monde…

Pour moi, ce ne serait pas très logique. Un championnat doit aller au bout, et s’il n’y va pas, on ne peut pas calculer sur onze matches joués. Certains diront qu’on était quand même relégables, je le comprends, il n’y a pas de soucis, mais il y avait encore des points en jeu, tout le monde pouvait se sauver. On a deux ou trois points de retard sur le premier relégable, on avait de quoi les reprendre. On se pliera à la décision de la FFF, quoiqu’il arrive.

Le football amateur peut-il se calquer sur le monde professionnel pour terminer à tout prix et éviter ces soucis ?

On est compétiteurs et en faisant ça, toutes les choses seront réglées. Dans le monde pro, c’est plus facile à mettre en place. Dans le football amateur, ils ont mis une fin au 30 juin, sinon ce serait aller jusqu’en septembre ou octobre en gardant les mêmes effectifs. Ça me paraît compliqué. Mais s’ils prennent la décision que l’on doit rejouer et que l’on fasse une coupure en juillet, il n’y a aucun problème. On ira au bout des championnats et on aura tous le même nombre de matches. La réalité est sur le terrain et tant qu’il y a des matches à jouer, il y a des points à prendre, mais je ne pense pas qu’ils reviennent sur des années civiles.

Comment avez-vous vécu la communication de la LFHF ?

Il y a des communiqués un peu partout, des choses dites, non-dites. Je pense qu’ils auraient pu sonder les présidents de club, chose qui n’a pas été faite. Faire jouer jusqu’en juillet c’était compliqué parce qu’il y a des joueurs qui partent en vacances. Je pense que niveau communication, ils sont allés trop vite. On est aussi la dernière fédération qui ne s’est pas positionnée sur ses championnats amateurs. Est-ce qu’ils se plient à des obligations financières ? Je ne sais pas. Je ne comprends pas que certains championnats se soient positionnés depuis une dizaine de jours avec des saisons blanches mais des montées pendant que le football patiente toujours pour sa décision. Je pense que joueurs et coaches aimeraient savoir si ça continue ou pas pour préparer la saison prochaine. Il faut que l’on sache où l’on va parce qu’on est dans le flou. Je trouve que c’est long.

De manière générale, craignez-vous que cette crise fragilise le monde amateur ?

A notre niveau, le club n’a pas vraiment de partenaires qui mettent la main à la poche comme ailleurs, donc on ne va pas voir la différence. Personne n’est rémunéré, on n’a que la subvention d’Amiens Métropole, donc pour le RC Amiens, ça ne va pas changer grand-chose. Après, je me mets à la place des clubs de N3 ou R1 avec des gros budgets, et eux vont avoir des pertes d’argent parce que des partenaires ne vont pas suivre. Ça va faire mal à certains clubs, même au niveau de la masse salariale.

Tous propos recueillis par Romain PECHON et Adrien ROCHER

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