Relégué à l’issue d’une saison stoppée brutalement, en ayant joué moins de la moitié de la saison, le président de l’Amiens PFC – Pascal Darguel – affirme en vouloir à Noël Le Graet et vit très amèrement cette décision. Entretien.

Pascal Darguel, vous avez vécu un mauvais coup avec cette relégation administrative…

Tout à fait. On est sur une très grosse déception par rapport à la décision de la FFF. En tant que président, j’en veux à M. Le Graet d’avoir décidé des relégations et des montées. Derrière, on a un problème dans le district, et une chose que je trouve aberrante, c’est que des cinquièmes arrivent à monter. Pourquoi ne pas accepter ceux qui étaient déjà dans la division en les maintenant ? Je ne comprends pas ce fonctionnement.

Surtout dans certains, comme le vôtre, où la descente se fait par rapport au nombre de matches joués…

C’est tout à fait ça. Je n’aime pas leur formule magique du nombre de points divisés par le nombre de matches joués. C’est n’importe quoi ! Dans notre cas, on s’est retrouvé à jouer le leader du championnat, le RCA (b), lors de la dernière journée jouée, et on a perdu 10-0. Et ce jour-là, il y a eu un enchaînement de problématiques. Il a plu, les filles du FC Porto ont joué avant nous, le terrain était très gras alors qu’on nous avait assuré qu’il n’y aurait jamais deux matches à la suite et encore moins sous la pluie. Mais ça s’est fait ce jour-là. Et dans le même temps, notre concurrent direct (ndlr : Talmas/Fienvillers) devait jouer à domicile, mais le maire a pris un arrêté et le match ne s’est pas joué. C’est ce qui fait la différence au classement. De plus, on n’a pas joué notre concurrent direct cette saison. Mathématiquement, sur un match, on aurait pu faire quelque chose, et je suis persuadé qu’on l’aurait fait.

Ca fait énormément de choses à digérer…

Oui, ça fait beaucoup à avaler ! Après notre début de saison difficile, on avait décidé de faire quelques recrutements de joueurs qui nous auraient apporté quelque chose pour pouvoir nous sortir de cette panade. Il s’est avéré qu’entre les remises générales et cet arrêt, ces joueurs-là n’ont pas pu faire un match ! Voilà tout ce que contient ma colère. On venait de monter en D3, on fait seulement huit matches et on doit redescendre un peu administrativement, mais ça va encore plus loin que ça parce qu’une descente administrative signifie qu’on est en infraction par rapport aux règlements. Là, ce n’est pas le cas.

Et vous perdez donc deux ans avec cette terrible décision…

Quand je vois qu’il y a cinq montées parfois… On ne peut pas prévoir à l’avance que la saison n’ira pas à son terme, c’est certain, mais le fait que le District s’amuse à faire autant de montées, je n’y comprends plus rien. Pourquoi faire autant de montées quand on peut aussi empêcher des clubs de perdre des années sur une descente ? C’est assez honteux, je pense.

D’autant plus que la demande de l’ensemble du foot amateur était d’empêcher ces nombreuses descentes…

On essaye de faire valoir nos droits, mais on n’aura pas gain de cause, tout est déjà acté. Avec ce qu’il s’est passé, ça ne sert plus à rien de faire tous les matches. On fait une moitié de saison et on peut arrêter. On repart deux ans en arrière au niveau de notre équipe séniors, et c’est un beau gâchis. Ma colère se situe là. J’en veux à Noël Le Graet d’avoir validé des descentes. Valider les montées ou les champions, pourquoi pas, mais pas les descentes. Avec la crise du Covid-19, on parlait d’avoir un élan solidaire dans tous les domaines, que ce soit culturel, sportif, ou social, mais il n’y a que le football qui sort du lot de façon négative. C’est un sport très populaire, on a du mal à avoir des bénévoles, des personnes pour encadrer toutes les catégories et là on met un coup de poignard dans le dos. C’est vraiment dégueulasse.

Surtout qu’à côté de cette décision, tous les présidents des Districts des Hauts-de-France militaient pour ne faire aucune descente…

C’est pour ça que je ne leur en veux pas. Ils ont fait leur boulot. Mais c’est là qu’un autre problème se pose. Si M. Le Graet est le président de « tous les footballs », il doit aussi rester à sa place en laissant les présidents de Ligues et de Districts agir à leur niveau. Il donne et reprend le pouvoir quand il en a envie, et ça ne peut pas aller. Les décisions se font à son bon vouloir. Et je veux tirer mon chapeau aux Ligues et aux Districts qui ont vraiment milité pour leurs clubs, ont fait leur travail, mais se retrouvent torpillés par le président de la FFF.

Sur le plan du club en général, qu’est-ce que cette descente implique ?

Au niveau des jeunes, ça ira pour nous puisqu’on en a dans pas mal de catégories d’âge. L’impact au niveau des jeunes n’est pas problématique pour nous. Le problème qui viendra se poser sera au niveau des parents qui ont payé la cotisation pour voir leurs enfants ne faire qu’une demi-saison. Je ne sais pas quel sera l’état d’esprit des parents par rapport à ça. Je parle surtout en termes de cotisation et de réengagement au sein du club. On risque de vivre des départs qui ne seront pas de notre faute. A l’instant T, je dis qu’on n’est pas trop impactés, mais il faudra voir quand le football des jeunes va reprendre parce qu’il y a encore beaucoup d’incertitudes. Et je peux me mettre à la place des parents qui vont vouloir protéger leur enfant, chose qui est tout à fait normale. On risque une perte de licenciés.

Ce qui est un vrai risque pour tous les clubs de votre niveau…

D’ici à la reprise potentielle en septembre, on ne peut pas avancer au niveau des formalités. On a la LFHF qui nous envoie des mails disant que l’on peut commencer à faire des réengagements pour la saison prochaine mais, officiellement, celle en cours n’est pas encore terminée ! Ils sont déjà en train d’enchaîner sur la suite alors qu’il devrait y avoir un gros bilan avant la reprise. Ils nous doivent des explications pour savoir comment on fait revenir les enfants au club, le discours à tenir aux parents. On a quelques éléments de réponse, mais ça doit être un message fort des Ligues et Districts. On n’a aucune visibilité sur l’impact que cette crise aura sur les licenciés. Ils nous ont aussi envoyé un mail pour les inscriptions aux différentes coupes et personnellement, je ne ferai pas la coupe de France la saison prochaine. A chaque fois on se fait sortir un tour avant les maillots et il y a de l’amertume par rapport à cette compétition. C’est l’année pour faire un break.

Parce qu’un engagement en coupe, c’est un coût…

Ce n’est pas forcément intéressant. L’engagement en lui-même est de 50€ et il est remboursé si on se fait sortir au premier tour, mais quand on s’engage, ce n’est pas pour être éliminés d’entrée. Quand on passe un, deux ou trois tours, c’est toujours à la charge du plus petit de régler les arbitres, et tout ce qui va autour d’un match de coupe. Est-ce que ça vaut vraiment le coup ? Cette année on a donc décidé de ne pas y aller.

En termes financiers, l’absence de tournois de clubs cet été est un vrai coup dur également…

Cette année, on devait mettre en place un premier tournoi au sein du club mais on ne pourra pas. On avait une bonne dynamique chez les jeunes et on voulait lancer un tournoi U10/U11 et U12/U13. Ca tombe cette année, ce n’est pas de chance. On ne baisse pas les bras même si c’est très compliqué. Toujours sur le financier, au niveau des subventions, je ne sais pas comment ça va se passer. Il y a des clubs, dont le nôtre, qui dépendent aussi des subventions des collectivités et vu l’arrêt lié au Covid-19, on ne sait pas quand les versements seront actés ou faits pour la prochaine saison. Il faudra voir également comment la LFHF va échelonner le coût de l’engagement. Le problème de la Ligue est qu’ils sont dans la notion financière alors qu’on n’a pas fait les deuils, comme s’il ne s’était rien passé et que c’était une saison normale.

Tous propos recueillis par Adrien ROCHER

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