Quatrième en partant de la gauche, Pierre Bourdet est devenu l'adjoint de Sébastien Léraillé durant l'intersaison.

Adjoint de Sébastien Léraillé depuis deux saisons, Pierre Bourdet a décidé de prendre du recul, principalement pour raisons personnelles, en s’offrant une année sabbatique. Sans doute pour mieux rebondir dans le futur. Entretien.

Pierre Bourdet, pourquoi prenez-vous du recul de l’ESC Longueau ?

Pour plusieurs choses. Il y a le travail où je suis en 3/8, et c’est compliqué à allier avec des déplacements dans les Hauts-de-France. Cette saison on est beaucoup allés dans le Nord ou le Pas-de-Calais et les déplacements sont longs. Parfois je travaille à 22h, et quand on rentre de Gravelines à 20h, j’ai à peine le temps de rentrer pour prendre une douche, manger et repartir au travail. C’est plutôt compliqué à gérer. Quand on allait dans l’Oise, ça pouvait se tenir, mais c’était plus dur cette année et j’ai pas pu m’investir autant. C’était frustrant.

Surtout que vous étiez très impliqué dans ce projet…

J’arrivais à me libérer en R2 pour faire des séances avec Sébastien Léraillé, mais deux années de suite, sachant que j’ai aussi le travail et des travaux à faire chez moi qui me prennent beaucoup de temps… Et puis honnêtement, on était au-dessus du championnat en R2 donc ce n’était pas bien méchant si je ratais une séance ou deux. En R1, je me suis détaché et l’arrivée de Basile Debeugny m’a fait du bien. J’ai pu m’occuper de ne faire les gardiens qu’une fois par semaine et j’étais là aussi le dimanche. Sébastien m’a moins vu cette année, j’ai démarré avec la réserve vu qu’on a eu un problème de gardien. J’ai fait les trois premiers mois avec l’équipe B et ça a été compliqué. Je ne me suis pas mis dans le moule tout de suite. C’était compliqué de s’investir en s’entraînant avec la A mais en jouant avec la B. Quand je suis revenu, Sébastien et Basile étaient là, Basile avait pris de l’assurance. J’étais toujours dans le groupe, mais ce n’était pas pareil. Je suis content que ce soit Basile avec Sébastien l’année prochaine !

Vous avez eu le sentiment de ne plus être à votre place ?

Non, j’avais toujours ma place, il n’y aucun soucis ! Mais le fait que Basile fasse les séances avec Sébastien la semaine, ça a fait en sorte qu’il soit plus impliqué que moi le week-end. Je ne voyais pas forcément les gars la semaine, je faisais mes entraînements gardiens une fois par semaine, je travaillais. Je les voyais le week-end mais je n’étais pas en séance avec eux et je ne pouvais pas trop m’impliquer. Ce n’est pas que je n’avais pas ma place, c’est que je ne peux pas me permettre d’intervenir parce que je n’allais pas porter un jugement. C’était compliqué de les juger sans être présent aux séances.

On imagine que vous partez un peu à contre-coeur…

Je suis arrivé à Longueau en tant que joueur, on avait fait un beau parcours en coupe de France en allant à Clairefontaine, c’était une belle expérience. On était montés en Régional 1 et ça ne s’était pas trop bien passé parce que j’ai appris lors de la première journée que Thomas Chatalen arrivait. Ça m’est tombé dessus. J’avais déjà prévenu qu’entre le travail et mon achat de maison, ça allait être compliqué de faire trois séances par semaine et ils avaient recruté un gardien. Thomas est un mec génial et ça ne m’a pas du tout dérangé, mais la forme n’était pas trop bien passée et ça avait plutôt mal démarré. Avec l’âge et l’expérience que j’avais, je suis resté au club parce que j’ai démarré là-bas. J’ai continué par respect pour les gens du club. On a beaucoup discuté avec Sébastien cette saison-là, il savait que je voulais arrêter pour me lancer dans le coaching, il m’a proposé d’être son adjoint et j’ai bien fait parce qu’on a vécu une saison formidable.

Est-ce que la manière dont ça s’est terminé en tant que joueur reste une cicatrice ?

J’avais trente-deux ans, je retrouvais goût au foot, de bonnes sensations et je me suis dit que j’allais faire une saison en R1 et on allait voir par la suite, mais au moins terminer là-dessus. J’ai fait quelques matches mais ça ne s’est pas fait. Oui, ça reste un sentiment d’inachevé, mais Sébastien a fait ses choix et quand tu peux recruter Thomas Chatalen, tu le fais tout de suite ! Et je lui avais dit que s’il avait l’opportunité de le faire, il fallait le faire. C’était le meilleur gardien de Picardie !

Vous en avez profité pour saisir la main tendue par le coach…

Il m’a tendu la main parce qu’il savait que je n’étais pas un méchant garçon et que j’allais jouer le jeu. Dès qu’il a eu besoin de moi, j’ai joué avec lui. Il a apprécié mon professionnalisme en disant que j’avais bien réagi et que j’étais quelqu’un de bien et qu’il regrettait de l’avoir annoncé comme ça. Il s’en mord un peu les doigts mais ce n’est pas grave, c’est juste la communication qui n’est pas passée. Oui ça m’a laissé un sentiment d’inachevé, mais je n’en veux à personne parce que le club m’a fait confiance derrière. Ils ne m’ont jamais lâché. J’ai toujours vécu de bonnes choses dans ce club avec de supers personnes.

Comment se sont passées ces deux années avec Sébastien Léraillé ? Qu’avez-vous appris à ses côtés ?

On a un peu moins partagé de temps cette saison, mais la saison précédente c’était agréable de suivre la préparation des matches, notamment en coupe de France. Il n’y a pas de secret, quand tu élimines le quatrième de CFA, c’est qu’il y a un travail fait en amont. On est allés voir des matches pour le préparer, et quand tu vois que tout se passe comme prévu, c’est génial ! Il a super bien étudié, j’ai appris plein de choses sur le placement défensif, comment se baser par rapport à l’adversaire. J’ai retenu beaucoup de choses sur la préparation d’un match et l’analyse d’un adversaire. On élimine une CFA, une CFA2 et on emmène aux tirs au but un futur quart-de-finaliste. Tout ça, c’était un travail. Certes, les joueurs ont respecté les consignes et ont joué le jeu, mais tout ce qui a été fait en amont, c’était génial ! Sébastien est une personne très investie, qui passe énormément de temps au club, et rien que là-dessus je lui tire mon chapeau parce qu’il a une famille à côté mais aussi son boulot. Il fait deux heures de route par jour pour faire les entraînements, Longueau a la chance de l’avoir. C’est un coach qui mériterait d’aller plus haut et c’est tout le mal que je lui souhaite. Et j’espère qu’il emmènera Longueau plus haut parce que le club grandit et j’aimerais le voir plus haut.

Sébastien a toujours mis en avant votre travail lors de ce parcours en coupe. Le fait qu’il le dise, ça doit être gratifiant…

Il a toujours fait la part des choses. Beaucoup de monde venait pour les interviews à l’époque et il m’a toujours passé le mot et m’a toujours fait participer là-dessus. Je n’ai rien à redire parce qu’il n’a jamais concentré les louanges sur sa personne, il m’a toujours laissé m’exprimer et du temps. Le travail que j’ai fait, c’est parce qu’on avait la chance d’être dans un championnat qu’on gérait plutôt bien. Ça me laissait du temps pour aller superviser les adversaires avec lui. On se voyait avant de partir et il me disait ce qu’on allait analyser, et à la fin du match on se revoyait, on se faisait un compte-rendu. On y a passé du temps ! Le parcours en coupe de France, il ne s’est pas fait comme ça. Il y a eu de la complicité entre nous, on a échangé énormément, ce que je regrette cette année parce que je n’ai pas pu m’investir autant. On se voyait énormément et le parcours fait, c’est autant grâce aux joueurs qu’au coach et au staff. On avait fait un super travail d’analyse. Préparer des matches comme ça, quand on a le temps de le faire, c’est super agréable, et encore plus avec des gens qui connaissent le foot comme Sébastien.

Qu’allez-vous faire désormais ?

Pour l’instant, j’aimerais prendre une année sabbatique en finissant les travaux chez moi et en me consacrant un peu plus à mon boulot. Je vais prendre cette année, profiter un peu de mes amis, ma copine et de ma famille pour passer plus de temps avec ces personnes. Ça ne m’empêchera pas d’aller voir des matches et donner un coup de main de temps en temps à mon frère en réserve, mais je ne pourrai plus me permettre de faire de longs déplacements.

Est-ce que vous avez l’envie de devenir numéro 1 à l’avenir ?

Bien sûr ! Par contre il faut être là tout le temps, alors qu’adjoint on peut se permettre de rater des séances. Quand je vois comment Sébastien est investi, j’en suis encore très loin ! Quand je passerai en horaires de journée, je pourrai prendre un club du coin et peut-être grandir avec, ou effectuer un retour à Longueau, on verra ce qu’il se passe. Quand j’aurai le temps de le faire proprement et convenablement, pourquoi pas. Ça va forcément me manquer, je suis dedans depuis que j’ai cinq ans ! J’avais tenté d’arrêter pendant une année et j’avais replongé au bout de trois mois. J’aime le foot, mon père m’a mis dedans tout petit, mes frères entraînent la réserve de Longueau et Villers-Bretonneux, on est tous dedans ! Basile on l’a eu tout petit chez mes parents, et s’il est dans le foot c’est grâce à nous ! On est une famille de footeux, on aime ça. Je n’ai que 35 ans et j’espère passer mes diplômes pour prendre un club par la suite.

Comment voyez-vous l’avenir pour l’équipe première de Longueau après cette saison particulière ?

Les départs de Romain Desenzani et Thomas Chatalen sont bien remplacés, je pense. Baptiste Descamps est un très bon gardien et on le suivait depuis longtemps avec Sébastien. J’en avais discuté avec Thomas, et je pense qu’à un moment donné on peut saturer du football à notre niveau. C’est un arrêt légitime que le sien. Romain, il a un enfant, il a beaucoup donné dans le foot même s’il n’est pas vieux, et je pense qu’il a envie de faire une pause. Peut-être qu’il reviendra, mais l’investissement demandé en Régional 1 aujourd’hui, c’est celui d’une CFA2. Il faut s’investir énormément, avoir des horaires de travail aménagés quand on le peut, et ce n’est pas évident. On a un petit jeune qui pourra le remplacer sur le flanc droit. Je pense que le fait de ne pas recruter, c’est très bien. L’an dernier on a chamboulé un peu tout l’effectif, on a beaucoup recruté et ça a été très dur à gérer, malgré la qualité. Tout au long de la saison, il y a des déçus. Les mecs ont joué le jeu, mais c’est compliqué de mettre – par exemple – un Maxence Kwinta en D2. Passer de D2 à R1, c’est très difficile. Le fait de ne pas recruter et de se baser sur ce que l’on a, avec en plus de très bons jeunes, c’est très bien pour la prochaine saison et ça prouve que Sébastien apprend encore aujourd’hui. L’effectif se connait et il y aura peut-être un meilleur début de saison. J’espère qu’ils atteindront un jour l’objectif qui est de monter en National 3.

Tous propos recueillis par Romain PECHON

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