Prince Gouano : « Il m’a insulté de singe mais c’est lui qui est en cage »

Prince Gouano Dijon

Victime de cris racistes à la 78ème minute du match Dijon-Amiens SC, Prince Gouano a fait arrêter la rencontre, qui a finalement repris après cinq minutes d’interruption. Choqué, le capitaine amiénois ne portera toutefois pas plainte contre le supporter dijonnais incriminé. Entretien. 

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Prince, que s’est-il passé en fin de match ?

Comme vous avez pu le voir, sur un corner, je sors le ballon et je me suis retourné vers mes coéquipiers pour les encourager. Ensuite, j’ai entendu des cris de singe. Honnêtement sur le coup j’ai été choqué. Je me suis dit qu’on était au 21e siècle, qu’on était en France et que cela était impossible. Je me suis donc retourné pour voir d’où venaient ces bruits-là et j’ai localisé la personne. J’ai voulu lui donner une seconde chance en lui demandant ce qu’il faisait, si c’était bien à moi qu’il faisait ça. Il a confirmé et il a refait ces bruits. À partir de là, c’était inadmissible.

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Quelle a été votre première réaction ? 

C’était d’arrêter le match, c’est comme si une force m’avait lâché, je ne pouvais plus jouer. Il fallait que ça cesse, dans ma tête j’avais déjà pris la décision de marquer le coup. Je ne pouvais pas encaisser cette situation et ne rien dire. Cette situation me concerne mais il y a aussi pas mal de personnes derrière moi qui sont concernées par ce genre de choses. À un moment donné, il faut taper du poing sur la table.

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C’est la première fois que ça vous arrive ?

Oui, c’est la première fois. J’ai beaucoup tourné, j’ai fait énormément de clubs et pratiquement tous les pays en Europe et je n’ai jamais vécu ça. Il fallait que je rentre en France, pour le vivre.

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Il m’a insulté de singe mais c’est lui qui est en cage. C’est la morale de cette histoire.

Qu’attendez-vous aujourd’hui ?

J’attends un changement. La personne a été interpellée et je voudrais mettre le point là-dessus, la Ligue et tout ce qui touche à l’organisation du stade ont fait le nécessaire. Sur l’action suivante, il n’était plus là, il avait été évacué. J’ai même appris qu’il avait été mis en garde à vue. Par rapport à ça, chapeau car cela a été très vite. Après si j‘ai un message à véhiculer, c’est que je reste sur la même ligne directrice. Je suis pour l’amour. Cette personne est en garde à vue, il m’a insulté de singe mais c’est lui qui est en cage. C’est la morale de cette histoire. Je peux porter plainte contre lui, il peut y avoir des poursuites judiciaires contre lui et il pourrait même être emprisonné. Mais vous connaissez mes valeurs, l’amour, la croyance, la foi et il faut que je lui pardonne.

Vous n’allez donc pas porter plainte contre lui ?

Non, je ne porte pas plainte. Je pense que ma réaction aura plus d’impact que de porter plainte car ce « Monsieur » sait à côté de quoi il est passé. À sa sortie, il en parlera à ses enfants qui en parleront à leurs petits-enfants. Cela impactera une génération. Stop à tout ça parce que trop de différences n’apportent que des problèmes. Aimons-nous et vivons dans l’amour si possible.

L’équipe a-t-elle songé à arrêter le match ?

L’équipe était prête à me suivre. Ils me suivaient. Si je souhaitais continuer, on continuait, si j’avais voulu arrêter, on aurait arrêté. Mes coéquipiers ont été nickel.

Vous auriez pu sortir et arrêter définitivement le match aussi…

J’aurais pu sortir. J’étais à deux doigts de sortir et la prochaine fois, il faudra sortir. Maintenant, la Ligue sait à quoi s’attendre et il faut que ça cesse. La prochaine fois, il faudra arrêter le match, c’est mieux. La meilleure des réponses, c’était pour moi d’interrompre le jeu et de mettre en lumière ce problème et ensuite de reprendre. Et à la fin, je suis allé applaudir les supporters. Ce sont ces gestes-là qui montrent que ce genre de choses ne sert à rien. En faisant ça, on montre ainsi qu’on est des gens civilisés et bien éduqués et que la couleur n’est qu’un détail. Je pense que c’est l’âme et l’esprit qui priment là-dessus.

 Il faut véhiculer un message d’amour. Et ce monsieur j’espère qu’il tirera des leçons de cette histoire.

Avez-vous reçu des messages de soutien ?

J’ai effectivement reçu des messages de soutien de nombreuses personnes du football mais il ne faut pas que ça s’arrête là. C’est un combat au quotidien pour nous et les futures générations. Il ne faut rien lâcher car au 21ème siècle, ce n’est plus possible de voir ça.

Vous aviez identifié le joueur de la pelouse ?

Je l’ai pointé du doigt mais quelques secondes plus tard, il n’était plus là. Il avait été déjà évacué. J’ai demandé à lui parler parce qu’il fallait que je lui parle dans le blanc des yeux pour lui dire ce que je pense mais il avait été déjà arrêté et je n’ai pas pu le voir. Je suis ensuite passé dans le bureau des délégués pour l’identifier et je l’ai bien reconnu. Si j’avais tenu un message de haine, cela ne serait pas allé aussi vite. Je pense que cela aura encore plus d’impact. Il faut véhiculer un message d’amour. Et ce monsieur j’espère qu’il tirera des leçons de cette histoire.

Propos recueillis par notre envoyé spécial Romain PECHON à Dijon

2 Commentaires

  1. la licorne est avec toi prince et ta réaction est superbe comme tu dis elle aura beaucoup plus d’impacts j’ai déjà eu ce problème il y a une dizaine d’année étant arbitre de district j’ai arrêté le jeu quand un dirigeant avait fait des cris de singes vers un jeune d’une vingtaine d’année j’ai fait expulser ce dirigeant du stade

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