Intronisé cette semaine aux commandes de l’Amiens SC, Luka Elsner séduit tout autant qu’il n’intrigue. Pour en savoir plus sur le nouvel entraîneur amiénois, Jure Bohoric, journaliste slovène pour Ekipa24, a répondu à quelques questions et nous explique l’importance de la réussite d’Elsner pour le football en Slovénie.

Comment Luka Elsner est-il considéré en Slovénie ?

Il n’y a pas si longtemps, il n’y avait pas de place pour les jeunes entraîneurs en Slovénie. Tous les clubs avaient un coach assez âgé, et Luka a été un des premiers jeunes à avoir un poste. Grâce à son succès, il a ouvert la porte pour d’autres jeunes managers, mais sa réputation était élevée parce qu’il vient de la plus grande famille du football slovène. Vous connaissez probablement son père, Marko, qui a joué à Nice, mais il y a aussi son grand-père, Branko, qui a été sélectionneur de l’Autriche et c’était quelque chose d’énorme pour la Slovénie. Branko Elsner est considéré comme le père fondateur des coaches slovènes et c’est l’une des personnes les plus importantes de l’histoire du football slovène. Personne n’était donc surpris de voir Luka entraîner et avoir de bons résultats. En revanche, sa réputation a été ternie quand il a signé à l’Olimpija Ljubljana, où il n’est resté que six mois. Il n’était pas mauvais, mais le président, Milan Mandaric, n’a aucune patience envers ses entraîneurs. Il a viré onze coaches en seulement quatre ans ! Mais c’était le rêve de Luka d’y aller parce que Branko Elsner avait également été entraîneur de l’Olimpija.

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Est-ce que les gens s’intéressent à lui et à sa carrière ?

Ils s’y intéressent parce qu’il n’y a pas beaucoup de coaches slovènes qui travaillent à l’étranger donc s’il y en a un qui quitte la Slovénie, il est automatiquement sous le feu des projecteurs. Luka l’est encore plus car il est considéré comme l’un des trois coaches les plus prometteurs du football slovène. Quand il faisait des miracles en Belgique, ça faisait les gros titres de la presse ici !

Quel souvenir les Slovènes gardent-ils de lui en tant que joueur puis coach ?

En tant que joueur, il n’avait rien de spécial. C’était un défenseur central modeste qui a fait sa carrière à Domzale, principalement. Il a tenté sa chance à l’étranger deux fois, mais ça n’a pas duré longtemps. Il était connu pour être un défenseur qui travaille beaucoup, sans avoir un grand potentiel, mais il était intransigeant, avait du « fighting spirit » et a même pu jouer une fois avec la sélection nationale (ndlr : lors d’un match amical perdu 1-0 en Suède en mai 2008) ! C’était le plus gros accomplissement de sa carrière. En tant que coach, il était un peu sous les radars à Domzale puisque ce n’est pas un très gros club. Ils sont souvent dans le haut de tableau mais il n’y a pas beaucoup de fans et il n’y a aucune pression. Quand il a signé à l’Olimpija Ljubljana, il est arrivé dans la lumière. Il est venu quand Nenad Protega était le directeur sportif parce qu’ils avaient travaillé ensemble à Domzale. Mais par la suite, Mandaric est arrivé et le controversé Ranko Stojic a pris sa place. Luka avait des problèmes avec lui et ce n’était qu’une question de temps avant qu’il ne soit viré. Beaucoup de gens étaient déçus parce qu’il n’a pas quitté l’Olimpija de lui-même. Je pense qu’il est resté trop longtemps là-bas. Le gros point noir c’est que tout le monde disait que Stojic choisissait l’équipe à sa place.

Quel était son style de jeu durant sa période en Slovénie ?

Il avait un style assez pragmatique. Son leitmotiv c’était le résultat en priorité et jouait souvent en 4-2-3-1. Avoir deux milieux défensif travailleurs qui n’hésitent pas à aller au contact était crucial pour son équipe. C’était dur pour ses joueurs de briller individuellement parce qu’ils devaient travailler pour l’équipe et non pour eux-même.

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Est-il du genre à souvent parler de sa binationalité et de la culture qu’il a via ses deux pays ?

Quand il était à l’Olimpija, il nous a dit qu’il pense en français. Quand il est arrivé en Slovénie, il a eu du mal avec la langue. Chez lui, il parlait en slovène avec sa famille, mais le français est sa langue maternelle. Encore maintenant, il parle en français avec sa fille. En revanche, je pense qu’il se voit plus comme Slovène que Français. En dehors de ça, il a toujours été fier et ravi de son temps passé en France et n’a que de bons mots quand il parle de ce pays. Je peux vous dire qu’au plus profond de lui, il a toujours voulu retourner en France pour entraîner.

Est-ce que son arrivée à Amiens a été une surprise pour vous et les autres journalistes sportifs du pays ?

Oui, c’en est une ! Avant Luka, la Slovénie n’avait eu qu’un seul entraîneur dans les cinq grands championnat, c’était Bojan Prasnikar qui a dirigé l’Energie Cottbus, en Bundesliga, entre 2007 et 2009. C’est donc une très grosse nouvelle ici. Intérieurement, j’étais certain qu’il allait entraîner en France à un moment donné. Je ne sais pas si vous savez, mais il y a deux ans, Elsner était très proche de devenir l’entraîneur d’Auxerre. Il a de très bons amis en France qui l’ont proposé à plusieurs clubs. Malgré tout ça, c’est une très grosse surprise qu’il devienne entraîneur d’un club de Ligue 1.

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C’est une grosse progression pour lui ? Jusqu’où peut-il aller, selon vous ?

Bien sûr que c’est une progression ! C’est de loin la plus belle avancée de sa carrière dans le football. Malgré sa jeunesse, il a beaucoup d’expérience. Travailler avec Milan Mandaric a été quelque chose de fort pour lui parce qu’il a appris beaucoup de choses et principalement sur la manière de travailler quand la pression ne vient pas seulement de ce qu’il se passe sur le terrain. Il parle français, il connait la mentalité des gens et je pense que son plus gros défi sera de convaincre ses joueurs qu’il a le niveau, parce que ce n’est pas qu’un entraîneur un peu inconnu, il est également très très jeune.

Propos recueillis par Adrien ROCHER

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