Élu joueur de la saison 2018-2019 par les lecteurs du 11 Amiénois, Romuald Lemaire incarne mieux que quiconque les valeurs transmises au sein de l’effectif de l’ESC Longueau. Portrait du doyen des cheminots qui est parvenu à lier vie professionnelle à vie de footballeur.

Dans un premier temps, pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Romuald Lemaire, j’ai 41 ans, 42 au mois d’octobre, je travaille à l’hôpital Philippe Pinel. Après 19 ans aux Hospitaliers d’Amiens, j’ai bouclé ma deuxième année à l’ESC Longueau. Je vais pouvoir honorer ma troisième saison l’année prochaine. Initialement, c’était un coup de poker de la part de Sébastien Léraillé, contre et avec qui j’avais déjà joué, qui m’avait appelé en sachant que l’équipe des Hospitaliers allait arrêter.

Concrètement, qu’est-ce qu’il attendait d’un joueur comme vous ?

Je pense à l’expérience, déjà. Je partais de loin en plus puisqu’on était sur le déclin aux Hospitaliers avec moins de rigueur aux entraînements, moins de match. Physiquement, je n’étais pas très bien, donc c’était déjà un pari. Je pense qu’il attendait de moi de l’expérience pour m’inscrire dans la continuité de ce qu’il se faisait à Longueau avec une bonne ambiance dans le vestiaire et aussi pour encadrer tous ses joueurs. Il connaissait mes qualités donc techniquement je pouvais me rendre utile au sein d’un collectif.

Quel est votre parcours footballistique ?

J’ai commencé tout petit à l’âge de cinq ans à l’Amiens FC, club basé derrière la piscine le Nautilus. Le club s’est dissout donc je suis parti au PTT d’Amiens où je suis resté quatre saisons et ensuite, je suis parti en U17 Nationaux à l’Amiens SC pendant trois ans. J’ai découvert le football en senior juste après cela au sein des équipes C et D de l’ASC avant de ne pas être conservé. J’ai donc arrêté le football et je me suis focalisé sur le travail. Ensuite, j’ai eu l’opportunité d’en trouver un à l’hôpital Philippe Pinel où on m’a fait confiance vis-à-vis du travail, ce qui m’a permis de jouer avec les Hospitaliers. Le football entreprise apporte un vrai cocon et une solidarité supplémentaire lorsque l’on travaille et joue avec un collègue.

 « Je pense que les gens ont beaucoup de compassion par rapport à ce que je réalise a mon âge »

Vous avez donc été élu joueur de la saison 2018-2019 devant Jonas Adjidé, c’est une sacrée distinction pour vous après votre parcours !

Depuis deux ans, ce n’est que du bonheur pour moi. C’est inespéré même. Quand je suis arrivé à 39 ans à Longueau en Régional 1, on a fait le travail. On s’était maintenu avant de connaître la descente administrative. Je pense que les gens ont beaucoup de compassion par rapport à ce que je réalise à mon âge. Ça a pu jouer dans la délibération, effectivement !

Amateur : Romuald Lemaire élu joueur de la saison

D’un point de vue personnel, êtes-vous satisfait de votre saison ?

Oui, globalement. J’ai eu du temps de jeu, dès que j’ai pu être titulaire ou rentrer sur la pelouse, j’avais faim, la niaque, l’envie de jouer. Même si on t’accorde une demi-heure de jeu, on se doit de se dépouiller pendant ce laps de temps. J’ai essayé de semer le doute dans la réflexion du coach.

Et que dire sur le point de vue collectif de l’ESC Longueau ?

Cette saison a été magnifique, extraordinaire. Au-delà des résultats, on a un super groupe avec une très bonne ambiance, de bons mecs. Humainement, ils sont exceptionnels. Et c’est aussi le cas pour les dirigeants, le président, les bénévoles. C’est difficile de dire si cette saison est la meilleure humainement. J’ai retrouvé l’état d’esprit qu’il y avait aux Hospitaliers d’être une famille, d’avoir une cohésion totale entre les dirigeants, les joueurs. À mon âge, on peut dire que c’est ma plus belle saison, tant sur le plan sportif que sur le plan humain, puisque Longueau regroupe ces deux aspects, qui sont, en vérité, liés.

Amateur : L’ESC Longueau, club de la saison

Selon vous, un vestiaire qui vit bien se ressent forcément sur le terrain ? Comment transposez-vous cela à l’effectif des cheminots ?

Sans une parfaite cohésion, tu ne vas pas loin. Que ce soit en championnat ou en coupe, il est primordial d’avoir un vestiaire qui vit bien. Il y a parfois des petites tensions mais c’est tout à fait normal. Il ne faut pas que cela aille au-delà. À Longueau, l’ambiance est exceptionnelle, le vestiaire vit. On essaie de se retrouver ensemble le vendredi même si chacun a ses occupations personnelles. Les recrues font l’effort de s’intégrer et l’expérience du passé le fait aussi : on a Mathieu Delcuse et Ludovic Demetz qui ont connu cette ambiance à Ailly. Dans ce cas, l’intégration est donc rapide. C’est vraiment primordial d’avoir une belle ambiance de groupe pour atteindre des objectifs et cela nous a bien servi sur le parcours de Coupe de France.

A quelle poste vous sentez-vous le mieux sur le terrain ?

Cette année, j’ai pris le temps de jeu que Sébastien m’accordait. J’ai joué au milieu de terrain, en numéro dix et en attaquant de pointe. Je prends ce qu’il y a prendre même si j’ai une préférence pour le poste de numéro dix. À cette position, il faut avoir les jambes et travailler défensivement également. J’apprécie aussi le poste de milieu défensif, et même milieu relayeur, mais il y a ce qu’il faut à Longueau. L’effectif est conséquent donc je joue là où le coach me dit.

A 41 ans, comment vous sentez-vous physiquement ?

Pour l’instant, ça va. Tout va bien. Avec trois entraînements par semaine, j’ai suivi le rythme, donc je continue. J’ai eu une petite alerte au niveau de la cuisse contre Blois mais ç’a été. En terme de vitesse, je vais moins vite qu’avant (rires) ! Mais lorsqu’il faut courir, je le fais. Pour les jeunes, j’espère que de voir un gars de 41 ans courir comme tel leur donne une idée de l’exemplarité à suivre. J’espère que c’est un bon message qu’ils arrivent à réceptionner.

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Prépare-t-on un match différemment à l’âge de 41 ans ?

Non. Avec l’épopée en Coupe de France, on se devait de faire attention à notre régime alimentaire, aux sorties, au sommeil et à un moment donné si on veut se permettre de perdurer, surtout à mon âge, on est obligé de faire attention à tous ces critères. On le voit en Ligue 1, ceux qui sont au top produisent d’énormes efforts pour rester à ce niveau-là. J’essaie de mettre tout en oeuvre pour que cela se passe bien lorsque je suis sur le terrain et pour éviter les blessures. Si j’ai une grave blessure, je pense que ce sera la fin de ma carrière. Physiquement, je touche du bois et j’espère que cela va continuer.

Vous ferez donc bien partie de l’effectif de l’ESC Longueau pour évoluer en Régional 1 lors de la saison prochaine ?

Tout à fait, je repars pour une saison. Elle va arriver très vite d’ailleurs. Je n’ai aucune prétention de vouloir débuter les rencontres en qualité de titulaire, car je sais que les recrues qui viennent d’arriver vont apporter plus de concurrence. Je ne revendique rien, mon seul objectif est juste de faire partie de la rotation de l’effectif. Je sais que je ne vais pas jouer tous les matchs. En plus, la concurrence amène à te dépasser et à progresser plus. Je sens que je peux tenir la cadence en Régional 1, j’ai la tête sur les épaules, du recul par rapport à cela. Le niveau de la R1 sera différent de celui en R2 mais si je m’entraîne correctement, il n’y a pas de raison pour ne pas jouer. Il est évident que le rythme sera beaucoup plus élevé.

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Est-ce que vous pensez à une potentielle reconversion en tant qu’entraîneur, comme l’a fait Sébastien Léraillé ?

En tant qu’entraîneur adjoint, je fais déjà partie de la sélection d’Equipe de France entreprises. En vérité, je ne sais pas trop. Je vis au jour le jour et puis je n’ai pas d’objectif de reconversion. Je suis plus sur la fin que sur le début, c’est sûr. Je me suis beaucoup sacrifié pour jouer avec les entraînements, les matchs le week-end où je n’étais pas à la maison donc je n’ai pas pu voir mes enfants. Je pense plus profiter de mes enfants pour les voir jouer. En rôle d’adjoint, pourquoi pas, mais cela représente beaucoup d’investissement. Je vais déjà faire ma saison et puis on avisera ensuite. Comme j’ai toujours envie de jouer, je me projette toujours en tant que joueur.

Qu’est-ce que l’on peut donc vous souhaiter ?

La santé ! Je souhaite également que l’équipe tourne bien en Régional 1 pour qu’elle se maintienne, qu’il y ait un peu plus de public. Jouer au stade Moulonguet devant 2000 personnes puis deux semaines après face à 30 personnes te fait vite redescendre de plusieurs étages. Je pensais que le parcours de Coupe de France allait attirer un peu plus de monde sur le championnat. On a déjà des bénévoles, et c’est clairement de l’or. Je voudrais aussi remercier les dirigeants puisqu’ils font un travail fantastique. Je suis arrivé ici dans une équipe de bénévoles qui mérite aussi d’être distinguée. J’ai une pensée pour mes collègues qui m’ont soutenu comme Kévin Vanpuywelde. C’est ça l’esprit de Longueau. C’est une famille. Le plus important, c’est que le club de Longueau soit mis en avant et représenté. Et pourquoi pas faire le même parcours en Coupe de France ?

Tous propos recueillis par Jean-Baptiste PLOYART

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