Transféré au terme d’un feuilleton long de deux mois, Thomas Monconduit s’est confié au 11 Amiénois sur la période qu’il vient de vivre, entre doutes sur son avenir personnel et préparation estivale tronquée. Désormais à Lorient, le milieu de terrain dresse le bilan de sa glorieuse aventure amiénoise et étale ses ambitions avec son nouveau club. Entretien.

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On vous imagine content et soulagé d’être enfin à Lorient alors que le transfert semblait de plus en plus utopique au fil des semaines…

Ça devenait un peu long sur la fin, mais je savais que ça allait être long. Je m’y attendais. Tant qu’Amiens n’avait pas recruté, ils n’allaient pas me libérer. Je ne pense pas que la durée des négociations s’explique par le fait que c’était Lorient en face. Ils voulaient vraiment recruter avant de me libérer.

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Avez-vous compris toute cette tergiversation autour du montant du transfert ? Comment avez-vous géré ça ?

C’est de bonne guerre, tout le monde défend ses intérêts et c’est normal. Mentalement, ça a été un peu difficile à gérer. La somme du transfert, je m’en fous, ce n’est pas important pour moi. Le plus compliqué c’est qu’on m’a dit plusieurs fois « ça va se faire cette semaine » et ensuite « en fait, non, ça ne va pas se faire ». Je ne savais pas où me mettre par rapport à ça. Même par rapport au coach Elsner, un jour je suis avec le groupe, un jour non. C’était galère pour ma préparation personnelle.

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Avez-vous douté de la faisabilité de ce transfert…

Bizarrement, sur la fin, je ne pensais vraiment pas que ça allait se faire. J’avais même dit au coach Elsner que j’étais apte à jouer contre Nancy et que je postulais à une place. Finalement, la veille du match, on apprend que le président accepte l’offre de Lorient et je n’ai donc pas pu jouer le premier match de championnat avec Amiens alors que je m’y étais préparé.

Ça n’a pas dû être facile à vivre de sortir, rentrer dans le groupe et finalement ne participer à aucun match…

Ce n’était pas évident. Je faisais les entraînements seul avec Léo Djaoui (ndlr : le préparateur physique) parce que je ne voulais pas perturber le groupe et la préparation du coach avec son équipe parce que ma situation a duré pendant six semaines. Ce n’était pas évident à gérer. A la fin, je pensais vraiment que ça n’allait plus se faire et c’est pour ça que j’avais eu une discussion avec le coach. J’avais réintégré le groupe et j’étais apte.

Ce retour dans le groupe, était-ce le temps d’un match ou vous aviez en tête la possibilité de refaire une saison à l’Amiens SC ?

J’étais vraiment dans l’état d’esprit de revenir pour faire le nombre de matches qu’il fallait. Je savais, dans un coin de ma tête, que j’allais partir, mais pas vraiment quand. Donc j’avais dit au coach que j’étais là pour deux, trois ou quatre matches, mais que j’allais me défoncer pour lui et l’équipe. Au final, à la veille du match, on apprend que je pars…

 

Comment était la relation avec Luka Elsner durant ce laps de temps ?

On a beaucoup échangé. Le coach et son staff ont été super. Ils étaient tous les jours à l’écoute. C’était top. Il a très bien géré ma situation. Je l’ai remercié et je resterai en contact avec lui.

Est-ce qu’il y a de la rancœur par rapport à l’attitude des dirigeants d’Amiens ?

Pas du tout parce que la rancœur ne sert à rien. C’était de bonne guerre, il y a eu des propos, mais à chaque fois que l’on se croisait dans les locaux, c’était très courtois. On se parlait normalement. Je pense que des deux côtés il n’y aura pas de rancœur. Ce serait bête d’en avoir après tout ce qu’il s’est passé.

Certains supporters n’ont pas compris votre choix et l’ont exprimé. Qu’avez-vous à leur répondre ?

Je pense que ça reste une minorité. Les supporters ne connaissent pas tous les tenants et aboutissants d’un transfert. Ils jugent sur ce qu’ils voient, mais je sais que j’ai tout donné pour le club. Malgré tout ce que j’ai pu lire ces derniers temps, j’étais prêt à jouer contre Nancy et je n’avais pas lâché l’équipe, j’étais là. C’est difficile de se libérer totalement alors qu’on sait qu’il y a moyen de partir et que si on se blesse, ça complique la suite de la carrière.

Est-ce que ne pas pouvoir dire adieu au public de La Licorne restera comme votre plus regret ?

Honnêtement, j’aurais aimé faire un dernier match. Mais une fois l’offre acceptée, c’était trop risqué de jouer contre Nancy. Ça restera quand même comme un regret de ne pas faire un dernier match à La Licorne.

Au printemps dernier, vous aviez parlé de votre envie de départ à l’issue de la saison précédente. Avez-vous le sentiment d’avoir fait l’année de trop à Amiens ?

Je pense que c’était l’année de trop pour moi et ça s’est vu sur le terrain. Mon investissement, sur et en dehors du terrain, n’était plus le même parce que j’étais arrivé au bout de mon aventure. Malgré tout, j’ai essayé de tout donner, comme d’habitude mais je sentais que j’y étais moins.

Cela explique donc pourquoi vous avez eu du mal à gagner votre place l’an passé…

C’était un peu de tout. C’est vrai que ça faisait quatre ans qu’on vivait des émotions entre les deux montées et les deux maintiens. Ce sont des années stressantes, dures physiquement. J’avais tiré sur la corde, surtout la deuxième année de Ligue 1 où j’avais enchaîné une vingtaine de matches d’affilée. C’est vrai qu’à la reprise, j’étais fatigué. J’en avais discuté avec le coach Luka et il l’a compris. C’est pour ça que les supporters étaient surpris de ne pas me voir sur le terrain l’an dernier, mais c’était mon souhait. Le problème c’est que je n’étais pas prêt à aider le groupe. Le coach était au courant et c’est pour ça que ça a pris du temps.

Régis Gurtner et Thomas Monconduit élus Etoiles France Football lors de la saison 2016/2017 propulsant Amiens en Ligue 1 pour la première fois de son histoire.

Même s’il reste Régis Gurtner, votre départ marque la fin d’une ère glorieuse pour Amiens…

Ça fait bizarre de laisser Régis tout seul. Quand je suis parti, j’ai reçu plein de messages des anciens « braqueurs » me disant qu’ils étaient fiers de ce que l’on avait pu faire et de l’histoire que l’on a pu écrire. C’était sympa.

Est-ce que votre passage à Amiens restera le meilleur moment de votre carrière ?

Pour le moment, c’est la plus grande aventure que j’ai vécue. Je viens de signer trois ans à Lorient, je ne sais pas comment vont se passer les trois ans, mais je sais déjà que je ne vivrai jamais une expérience comme celle de la montée en Ligue 1 avec le but à la 96è. Même gagner une coupe c’est différent de cette montée. Je ne revivrai jamais cette émotion. Pour l’instant, c’est évident que ce sont mes cinq plus belles années de football.

Avec du recul, aviez-vous les armes pour renverser la situation et vous maintenir la saison dernière ?

Malheureusement, on ne le saura jamais, mais je pense qu’on avait les moyens de le faire. Le dernier match à Marseille avait vraiment créé un truc et on sentait que le groupe avait envie de repartir et de retourner la situation. On avait joué tous les gros et je trouve que ça avait vraiment créé un truc.

Qu’est-ce qui explique que vous vous soyez retrouvé dans cette situation ?

C’est difficile de répondre à ça, je ne sais pas trop. On fait un bon début et puis il y a les aléas d’une saison. On a un coup de moins bien, l’équipe va moins bien, il n’y a plus de victoires, le doute circule, tu n’as pas beaucoup de chance. Il y a plein d’aléas qui font que la saison n’a pas tourné dans le bon sens. C’est dur de ne donner qu’une seule explication.

Comment voyez-vous la suite pour Amiens ?

Honnêtement, j’étais très pessimiste en début de préparation parce qu’il y avait beaucoup de départs et peu d’arrivées dans un groupe très jeune. Ensuite, j’étais avec eux la semaine dernière, et je trouvais que le groupe avait bien progressé, que le recrutement était finalement bon. Une dynamique de groupe s’est créée sur la fin et je crois réellement qu’Amiens a les moyens de faire quelque chose de bien.

Vous êtes donc rassuré par l’état d’esprit affiché contre Nancy…

Je crois que c’est le plus important. Avec un état d’esprit comme ça, tu peux aller n’importe où. Tu peux avoir des joueurs de qualité, si tu n’as pas l’état d’esprit, tu n’iras nulle part. C’est ce qui, en général, fait la différence. Même les grosses équipes, si elles n’ont pas le bon état d’esprit, cela ne fonctionne pas. C’est le truc le plus important. Je trouve que même avant la victoire, une belle dynamique s’était installée. Il peut vraiment y avoir une bonne équipe.

@FC Lorient

Quels sont vos objectifs pour les trois prochaines années à Lorient ?

Déjà, faire trois bonnes saisons. Je trouve que c’est un bon club, bien structuré et qu’il y a une belle équipe. Mon objectif c’est d’être performant que ce soit collectivement ou individuellement pour que le club s’installe en Ligue 1.

Quels sont les changements dans l’environnement entre Lorient et Amiens ?

Il y a un centre d’entraînement, ce qui change pas mal de choses. Ce sont des petits détails. Il y a quatre kinés aussi, les installations sont top.

Qu’est-ce qui vous a convaincu dans le discours de Christophe Pelissier ?

Il y a eu beaucoup de choses. Retravailler avec le coach et retrouver son staff, j’avais aimé son passage à Amiens, on avait bien bossé avec son staff. Ça a joué. C’était ça et rien d’autre. J’ai eu d’autres propositions mais j’avais donné ma priorité à Lorient depuis un petit moment. On m’a dit qu’il y avait une très bonne équipe avec une super ambiance et que l’équipe allait vraiment jouer au ballon cette année. Chaque fois que j’ai eu quelqu’un du club au téléphone, on me disait qu’on me voulait vraiment. C’est pour ça que j’ai donné ma parole à Lorient.

Déjà l’an dernier vous aviez discuté avec eux…

Il y a eu des discussions, mais il me restait deux ans de contrat et Lorient n’était pas apte à payer le transfert à cette époque.

Collectivement, avez-vous le sentiment de pouvoir viser mieux qu’un simple maintien ?

Je ne sais pas du tout parce que je ne suis là que depuis une semaine et je ne m’entraîne pas encore avec le groupe. C’est difficile de donner un avis là-dessus. De toute façon, la priorité sera le maintien et je ne peux pas dire les ambitions collectives. On ne m’a rien dit de tout ça pour le moment. Je sais juste qu’ils veulent se maintenir cette saison et peut-être que ça changera l’année prochaine.

Est-ce que ça peut ressembler à un dernier défi dans votre carrière ?

Je ne l’appréhende pas du tout comme ça ! J’attends de voir comment les choses peuvent se passer et on verra ensuite. C’est au jour le jour.

Vous allez avoir beaucoup de concurrence dans votre secteur de jeu, il va falloir gagner sa place…

Je suis prêt à l’affronter mais aussi prêt à aider. Pour moi, ce n’est pas trois joueurs qui jouent et trois qui regardent. Il faut que ceux qui ne jouent pas poussent ceux qui jouent. La saison sera longue et tout le monde va jouer. Je ne suis pas là pour prendre la place de quelqu’un mais pour aider l’équipe.

Combien de temps sera-t-il nécessaire pour que vous soyez prêt physiquement ?

Je pense qu’il me faudra un bon mois pour être à 100%. Je vais intégrer les entraînements avec le groupe la semaine prochaine et il va me falloir deux ou trois semaines d’entraînement avec de l’intensité pour être bien et enfin retrouver les terrains.

Tous propos recueillis par Romain PECHON

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