« Il était temps », Alain Pochat savoure après sa première victoire avec l’Amiens SC contre Versailles

Après la première victoire de la saison glanée face à Versailles (3-0), Alain Pochat s’est présenté en conférence de presse. Entre soulagement, analyse tactique sur les choix offensifs et gestion de la pression, le technicien samarien revient sur ce match ô combien important.

Un ouf de soulagement pour l’Amiens SC

Alain, on imagine que cette victoire va vous redonner le sourire…

Oui, mais je souriais aussi avant. Ce n’est pas parce qu’on perd qu’on n’a pas le droit de sourire malgré tout, parce que la vie est belle et qu’on fait un métier extraordinaire. Dans le foot, on a beau dire, il n’y a rien de rationnel. Cette équipe, je pense que ça faisait très longtemps qu’elle n’avait pas pris deux ou trois buts. Au final, c’est comme un pronostic d’avant-match : je ne pense pas qu’il y ait beaucoup de pronostiqueurs qui auraient annoncé ce score, mais ça ne veut rien dire.

C’est ce que j’ai dit aux joueurs : on n’est pas moins bons ou je ne suis pas un meilleur entraîneur parce que j’ai gagné aujourd’hui par rapport à il y a un mois. Le foot, c’est tellement complexe. Il y a tellement de choses à mettre en place. Il faut travailler, il faut donner de la confiance aux joueurs. Ce n’est pas simple. C’est l’économie du football qui veut ça maintenant : on lance des jeunes, mais on voudrait qu’il y ait une réussite folle, avec des résultats immédiats en fonction du statut du club. On voit que ce n’est pas si simple que ça.

Est-ce malgré tout une victoire significative pour vous ?

Je suis content pour les joueurs, pour le club, pour les supporters et pour le staff parce qu’on travaille. C’est ce que je n’arrête pas de leur dire, même si je sais qu’on n’a pas beaucoup de temps. Mais en général, le travail finit par être récompensé à un moment donné. C’est une récompense pour eux. Maintenant, ça ne s’arrête pas là. Je sais que si le prochain match ne se passe pas bien, on remettra encore des choses en cause.

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Je suis content pour eux parce qu’ils travaillent et qu’ils sont investis dans ce qu’ils font. Tout n’est pas parfait, mais je pense que sur ce match-là, on a quand même montré une vraie solidité défensive. Même si en première mi-temps il y a eu deux ou trois situations pour Versailles, on ne peut pas dire que Yannick [Pandor] ait eu beaucoup d’arrêts à faire. Il a fait une parade sur la tête de Guillaume, mais à côté de ça, on a tenu. Même à la fin, lorsqu’ils ont voulu pousser parce qu’on avait un peu reculé le bloc à 2-0 : il fallait tenir le score et ne pas prendre de but. Maintenant, il faut s’appuyer là-dessus.

Je pense que les garçons qui sont arrivés vont aussi dynamiser tout ça. On l’a vu avec Enzo [Genton]. Il y aura Christ [Letono] aussi qui pourra apporter sa pierre à l’édifice, parce qu’on voit qu’offensivement ce n’est pas facile. Je pense que le choix de jeu de Versailles était de nous attendre et de nous contrer, comme l’ont fait Bastia ou Caen. Là, le plus dur, c’est d’assumer le fait de devoir tenir le ballon, de se créer des situations et de poser des problèmes à l’adversaire. Ce n’est pas simple.

Lassina Diakité a crevé l’écran

Un verrou a sauté quand même sur le plan offensif…

Oui, pour la confiance. Pour l’équipe, pour les joueurs et pour le secteur offensif, je suis content. Mathis [Colin] a marqué, le petit jeune (Lassina Diakité) aussi. L’entrée d’Islam [Ramla] fait du bien aussi, il montre de belles choses et a de la qualité. Je suis content pour lui. Tout le monde participe, tout le monde est acteur. Des garçons comme ça, j’espère qu’ils vont apprendre, progresser et amener de la densité offensive et collective.

Une victoire amène forcément de la confiance. On va travailler cette semaine un peu différemment, sans le stress de se dire qu’il faut « absolument » l’emporter. Parce que c’est ça en fait : la pression du résultat. Nous aussi, on veut gagner tous les matchs.

Le déclic vient finalement de Lassina (Diakité) qui avait montré de bonnes choses durant la préparation, mais qui n’avait pas pris part au début de saison. Là aussi, c’est un symbole…

On a donné la chance à certains jeunes de se montrer dès le départ. Il y en a qui, en route, n’ont peut-être pas fait ce qu’il fallait pour y rester ou pour confirmer. Concernant Lassina [Diakité], certes il a des qualités, mais je pense qu’il n’était pas encore prêt physiquement à répéter les efforts. C’est un garçon qui fonctionne à l’explosivité, qui met des courses, mais il faut savoir les répéter.

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Je me rappelle d’un match face à Reims, en préparation, au bout de 20 minutes, il demandait à sortir parce qu’il était cuit. Il fallait qu’il emmagasine cette caisse physique. Soit on le faisait rentrer comme joker, soit on le titularisait. Là, on a pensé qu’avec le match du Puy et celui-ci, il pouvait enchaîner. Tant mieux.

Je pense aussi qu’il est plus à l’aise à gauche qu’à droite. On a essayé à droite en première mi-temps parce qu’on voulait mettre en difficulté le latéral de Versailles, puis on a interverti à la mi-temps. C’était bien mieux comme ça. Ce sont des choix tactiques, ça ne marche pas à tous les coups.

Il a aussi montré l’exemple aux autres en s’arrachant pour aller marquer ce but…

C’est ce qu’on demande à tout le monde. Derrière, Mathis a pu enchaîner aussi. Ce facteur réussite, parfois il vous fuit, et c’est difficilement explicable. On parle souvent d’investissement ou de duels, mais là, on a vraiment mis l’accent sur les courses à haute intensité.

C’est un paramètre essentiel pour faire mal à l’adversaire : répéter les courses, encore et toujours. À un moment donné, l’adversaire finit par en oublier une ou par s’oublier au marquage. C’est cette capacité à faire mal, surtout face à un bloc bas qui n’attend qu’une chose : vous contrer avec des joueurs rapides comme Guillaume qui va à 2000. On sait qu’on est toujours sur le fil du rasoir pour ne pas prendre un but et se mettre la tête sous l’eau.

Une grande première pour Alain Pochat

Qu’avez-vous pensé d’Enzo Genton qui faisait ses grands débuts avec vous ?

Bien. Je trouve qu’il apporte cette sérénité derrière. Il est calme avec le ballon, capable de jouer sous pression. Défensivement, il n’a pas été pris à défaut et n’a quasiment pas perdu un duel. C’est positif pour tout le monde. Ça apporte une pierre de plus à l’édifice, sachant qu’on avait un peu bricolé précédemment en alignant Lucas [Llort] dans l’axe alors qu’il est plutôt piston, ou Adrien [Julloux] axe gauche alors qu’il est axe droit. Keny [Mbala] fait sa partie aussi pour rester solide.

Je suis vraiment content de l’intégration d’Enzo. Ce n’est pas facile : il est arrivé il y a quatre jours, il a fait deux ou trois séances. Mais quand on a des bases de formation solides et son expérience en Ligue 3, ça apporte tout de suite un vécu. Même s’il est jeune, il a fait une saison pleine à Rouen et a joué les barrages. L’expérience, ça ne s’achète pas.

Sur un plan personnel, on va enfin vous laisser tranquille : vous tenez votre première victoire avec l’Amiens SC !

Il était temps ! Aujourd’hui, on ne va pas se voiler la face : j’aurais peut-être pu aller surfer au Pays basque le week-end prochain si on n’avait pas pris les points. C’est la dure loi du métier. Encore une fois, je ne suis pas un meilleur entraîneur ce soir que ce que j’étais avant. Tout ce qu’on a fait jusqu’ici, c’est essayer de construire une équipe et de travailler.

Malheureusement, on n’est pas toujours récompensé immédiatement. Ce n’est pas comme dans d’autres métiers où l’on sait qu’en accomplissant une mission, le résultat est garanti au bout. Quand on construit une maison, on sait qu’elle est faite, qu’elle soit bien ou mal faite. Au foot, c’est différent. Les joueurs savaient aussi qu’Amiens n’avait plus gagné à domicile depuis le mois de février.

Tout le monde est content d’avoir battu cette équipe de Versailles, parce que c’est une très belle formation qui affiche de grosses ambitions pour monter en Ligue 2.

Alain Pochat, entraîneur de l’Amiens SC.

Vous disiez que le football est paradoxal. Avez-vous senti une approche différente cette semaine à l’entraînement, sachant que la direction a mis un peu la pression ?

Là où j’ai été rassuré, c’est que tout ce qu’on avait étudié chez l’adversaire et ce qu’on a voulu travailler à l’entraînement sur le plan offensif s’est concrétisé. On a vraiment travaillé des circuits prévisibles que j’ai retrouvés sur le terrain. Je me suis dit que ça commençait petit à petit à rentrer dans les têtes, à créer des connexions et des repères. Même si en première mi-temps, on a dû corriger un point : Lassina et Mathis étaient positionnés beaucoup trop haut.

Il fallait qu’ils redescendent pour aspirer les défenseurs, parce que la ligne de cinq de Versailles était très basse et qu’on avait peu d’espaces. Il fallait déstructurer ce bloc. Quand on arrive à mettre ces principes en place, que les joueurs adhèrent, y trouvent du sens et parviennent à le reproduire en match, c’est gratifiant. Tout le monde est content d’avoir battu cette équipe de Versailles, parce que c’est une très belle formation qui affiche de grosses ambitions pour monter en Ligue 2.

Propos recueillis par Romain PECHON

Crédits photo : Baptiste Fernandez/Icon Sport

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