Amiens SC : « Ce qui est frustrant, c’est qu’on ne concède rien », Alain Pochat nourrit des regrets après Thionville

À la suite de ce match nul – une nouvelle fois – frustrant face à Thionville (1-1) à domicile, l’entraîneur amiénois Alain Pochat revient sur la prestation de son équipe, qu’il juge frustrante tout en entretenant le débat autour de la situation litigieuse survenue en fin de rencontre. Entretien.

Un match nul frustrant

Encore de la frustration, on imagine après ce nul, ça doit se transformer en victoire normalement ?

On savait à quoi s’attendre, je pense qu’il n’y a pas eu de surprises dans le plan de jeu de l’adversaire, de ce qu’on avait étudié, avec une série pour eux négative ces derniers temps. Donc on savait qu’ils voulaient enrayer cette série et venir au moins prendre un point. C’est ce qu’ils ont fait. Maintenant, ce qui est frustrant, c’est qu’on ne concède rien. Yannick Pandor peut jouer dix ans comme ça, il ne va pas prendre beaucoup de buts.

C’est sur une action encore identifiée, un jeu long du gardien, des deuxièmes ballons, des duels et on avait expliqué qu’il fallait vite sortir de la densité. On ne l’a pas fait. On se fait punir sur une frappe… même si l’attaquant joue bien le coup, mais c’est rageant. Encore une fois, vous mettez les adversaires dans les meilleures conditions pour eux, ils s’arc-boutent, ils défendent, voilà, ça redonne de l’énergie pour eux.

Quand vous jouez ce genre de match, il faut peut-être un peu plus de maturité et de l’expérience par rapport à ce qu’il faut mettre comme ingrédient

Alain Pochat, entraîneur de l’Amiens SC.

Heureusement, on revient en deuxième mi-temps assez rapidement, ce qui a permis de garder le fil du match. Après, je pense qu’on a vraiment manqué de justesse dans les trente derniers mètres avec une première mi-temps où il y a eu beaucoup de déchets. Je pense qu’il y a des joueurs aussi qui ne comprennent pas que ce championnat va devenir de plus en plus difficile, plus compliqué. Il y aura peut-être un championnat à deux vitesses avec des équipes qui vont jouer le bas, le haut…

Et là, les adversaires, on l’avait vu avec Villefranche, là c’est pareil, ils viennent, ils défendent, ils mettent des duels… Le gardien, je crois qu’il a dû faire deux relances courtes. Tout le reste, c’est du jeu long, du combat, on le savait. Mais je pense qu’après, face à un adversaire en bloc bas, il faut de la qualité technique, il faut de la justesse, il faut de la vitesse, il faut que le ballon circule vite, il faut des prises d’initiatives au bon moment.

On montre des images à la mi-temps sur des choses qu’on avait identifiées sauf qu’on ne fait pas forcément les bons choix. Mais, encore une fois, la moyenne d’âge de l’équipe, 22 ans ce soir. Donc 22 ans, quand vous jouez ce genre de match, il faut peut-être un peu plus de maturité et d’avoir de l’expérience par rapport à ce qu’il faut mettre comme ingrédient. Après, on revient avec un point, la série continue… On ne va pas non plus, j’espère en tout cas, tirer la sonnette d’alarme trop vite.

Vous avez dominé, mais finalement, vous n’avez pas énormément d’occasion et il a fallu même un éclair de génie de Yanis Rafii…

Oui, il est là pour ça, tant mieux. C’est bien qu’il ait marqué et qu’il ait fait les bons gestes. Après, c’est vrai qu’il n’y a pas eu énormément de situations. On a eu le ballon, on a essayé de contourner… Après, dans les derniers gestes, encore une fois, les passes dans le demi-espace, dans le dos de la défense, les centres, venir, finir, les coups de pied arrêtés, qui sont aussi une arme.

Tout ça, il faut encore travailler, encore peaufiner tout ça. Après, il y a quand même quelques absents aussi qui font que dans les rotations, c’est un groupe encore peut-être plus jeune que ce qu’il a été jusqu’à présent.

Les débats sur le penalty non accordé

Il y avait penalty sur Julien ?

Ce sont les éternels débats… Après, l’arbitre ne va pas se déjuger, c’est très rare. Moi, je pense qu’Ély (Julien) passe devant, qu’après derrière le gars vient s’empaler sur lui… Ça se siffle comme ça ne se siffle pas, mais comme les mains à Valenciennes. Quand je vois les mains de Marseille et que Turpin explique que le ballon a touché…

À Valenciennes, je suis désolé mais c’est le même topo, mais on ne comprend plus rien. D’un match à l’autre, il y a des décisions… Là les coups de coude à répétition, je suis désolé mais il y a quand même eu des choses sur les cartons jaunes, sur tout ça. Après, je ne vais pas revenir là-dessus, parce qu’on va dire que je me défends par rapport à ça donc ce n’est pas la peine.

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Avec le challenge vidéo, finalement, l’arbitre ne change jamais d’avis ?

Non, c’est rare, c’est très rare. Donc, on se fait plaisir, on fait la moulinette, on perd 10 minutes, et après, il met cinq minutes d’arrêt de jeu… Donc tu as perdu, finalement, plus de temps que tu en as gagné…

Un manque de justesse globale et des pépins physiques qui arrivent …

On a vu un beau match, quasiment niveau Ligue 2…

Il y a du déchet quand même… Après, on ne peut pas enlever aux joueurs d’essayer de tout faire pour gagner le match. Après, encore une fois, il y a des fois la qualité individuelle qui peut faire des différences à un moment donné… J’étais frustré aussi de ne pas pouvoir faire rentrer Côme (Fromager) parce que je pense qu’il aurait amené une cartouche supplémentaire.

C’est Nolan (Hérissé) qui a demandé à sortir, alors que ce n’était pas prévu parce qu’il avait des crampes aux mollets. Donc, on a été obligé de faire jouer Gatien (Foll). Même si Gatien (Foll) peut amener aussi sa pierre à l’édifice, mais c’était quelqu’un qui pouvait amener une touche technique sur la fin avec un pied gauche, avec des passes. Ce que n’a pas réussi à faire, par exemple, Enzo (Somon) en première mi-temps.

Il y a pas mal de pépins physiques qui commencent à s’accumuler. Sans inquiétude ou c’est logique à ce moment de la saison ?

Non, mais après, il y a des pépins différents. Il y a la traumatologie quand c’est des coups, comme Alvin (Doucet), comme (Alexis) Giacomini, la côte… Après, il y a des pépins style les adducteurs, la pubalgie, des choses comme ça qui sont chroniques parce que c’est des joueurs qui avaient ça déjà auparavant. Donc là, on essaye de trouver des solutions pour qu’on ne soit pas obligé d’arrêter les joueurs trop longtemps.

Mais je pense que ce n’est pas lié à ce qu’on fait nous, en séance ou quoi que ce soit. C’est quelque chose qu’ils avaient déjà auparavant. Pour Zourab (Sopromadze) et Christ Letono par exemple, on s’est rendu compte avec une IRM qu’il avait deux adducteurs très, très abîmés. Ce sont les aléas de joueurs qui ont peut-être des petits bobos au départ qu’il faut arriver à soigner.

Les prestations de Rafii et Chabane

Un mot sur Yanis Rafii dont l’entrée est fracassante avec ce geste technique remarquable…

C’est bien, je suis content pour lui parce qu’il a bossé pour ça. Comme je vous l’avais dit en conférence de presse avant le match : quand on travaille bien, on est récompensé. Du coup, il a 45 minutes en Ligue 3, il marque un but.

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Il avait déjà été bon en Coupe de France, même si on va dire que le rythme et l’opposition n’étaient pas les mêmes. Mais en tout cas, ça nous permet de se dire que pour les matchs à venir, on a aussi une cartouche de plus qui revient à son niveau qu’on aime voir pour la suite du championnat et même de la Coupe.

Vous avez relancé aussi Chabane ce soir…

Oui, comme quoi il n’y a pas que des joueurs au placard… Sa blessure? Il est bien ouvert. Il a saigné. Donc là aussi, il y a des choses que je ne comprends pas… Ce n’est pas grave.

L’idée derrière le positionnement d’Enzo Genton au milieu de terrain

Quelle était l’idée en mettant Enzo Genton devant la défense ? On a l’habitude de voir cinq joueurs comme ça dans le cœur du jeu. Mais là, il a clairement joué numéro 6.

Oui, parce qu’on voulait vraiment être en équilibre numérique à l’intérieur et qu’il soit un peu la sentinelle devant la défense parce qu’on savait qu’il y aurait beaucoup de jeu long et qu’il fallait faire une pince, entre guillemets, autour des attaquants, des points d’appui. Parce que des fois, les milieux, comme on va chasser un peu haut, ils n’ont pas toujours le temps de revenir.

Donc là, l’idée, c’est d’avoir Enzo qui soit un peu devant la défense. Il a une qualité technique pour sortir vite les ballons, pour orienter le jeu… Donc c’était une option qu’on avait choisie, c’était pour faire une défense à quatre au final. Parce que quand vous avez une défense renforcée et que vous faites du rapport de force, c’est compliqué.

Est-ce que sur le but, vous ne vous dites pas, s’il est là, il n’y a peut-être pas le trou ?

Oui, c’est vrai que la défense n’est pas bien organisée sur le coup. On est les deux du même côté, Amine (Chabane) et Keny (Mbala). Mais voilà, c’est leur premier match ensemble… Ça fait partie des choix qu’il faut assumer. Et puis des petites erreurs, justement, parce qu’il n’y a peut-être pas encore tous les automatismes qu’il y avait.

Si je dois résumer juste la défense, parce qu’après, pour le reste, ils ont bien défendu. Ils n’ont rien eu à faire. Sur un jeu long du gardien, ce n’est pas une action non plus où on est déstabilisé. C’est ça qui est un peu rageant.

Une nouvelle occasion de monter sur le podium manquée

Il y a de la frustration de ne pas monter sur le podium ?

Le podium, c’est au mois de mai qu’il faut y être. Donc voilà, si on commence à se dire déjà là maintenant, il faut être premier. Et puis après, on va nous dire qu’il faut tenir jusqu’au bout. Puis si vous vous faites coiffer au mois de mai alors que vous avez été premier tout le temps, c’est compliqué. Donc on n’en est pas là. Moi, je pense que si on reste dans ce premier bloc là en haut, et puis qu’on avance tranquillement et on prend des points à chaque match.

Déjà, on fera un point à la fin des matchs aller ou à la trêve, on verra où on est. Mais en tout cas, nous, on ne s’occupe pas de ça. On s’occupe d’être performant chaque week-end, là on va avoir encore un match très compliqué à Aubagne.

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Ça va être encore une autre partie de plaisir sur un terrain compliqué, encore une autre physionomie de match. Et puis on verra, on ne regarde pas le classement. Juste le classement, c’est sûr que pour travailler sereinement et confortablement et sans trop de pression, c’est sûr qu’on préfère être en haut dans les 5-6 que regarder vers le bas, c’est logique.

Comment ne pas devenir trop prévisible

Vous le savez, vous allez être confronté à ça de plus en plus. En plus, avec les bons résultats, il y a quand même des joueurs qui sont identifiés, Lassina Diakité par exemple. Il y’a des possibilités de se renouveler ou c’est juste des progressions individuelles à avoir ?

C’est un tout. Il faut peut-être que nous aussi, dans l’animation, on trouve aussi d’autres solutions. Qu’on ne soit pas identifié avec tel et tel joueur. Après, surprendre aussi dans les compositions pour ne pas toujours identifier le même joueur. C’est à nous de travailler justement pour ça.

Je pense que dans la construction, moi je vais regarder le match mais je pense que tout ce qu’on fait jusqu’aux 30 mètres, ça paraît cohérent. On arrive à remonter le ballon, ils n’arrivent pas à nous attraper. Même s’ils veulent presser, ce n’est pas toujours efficace. Par contre, après, c’est comment on combine, comment on va derrière, comment on élimine un joueur, comment un 1-2 remplace un dribble, comment on frappe.

Mais c’est le plus dur en football. J’entendais Luis Enrique après Lyon. Il dit qu’après, il y a les entrants aussi qui font la différence… Il a dû lui aussi se renouveler sûrement parce que les adversaires les identifiaient de plus en plus. Mais au final, on voit que c’est dur, même pour eux avec les avions qu’ils ont.

Propos recueillis par Romain PECHON

Crédits photos : Philippe Lecoeur/Icon Sport

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