À 35 ans, Thomas Monconduit a décidé de repousser l’heure de la retraite pour aider l’Amiens SC à se reconstruire en Ligue 3. Nouveau poste, rôle de grand frère auprès des 20 recrues et désir de rachat après une saison humainement usante : entretien vérité avec un joueur qui a refusé de partir par la petite porte.
On vous avait laissé début mai en tant que futur retraité. Finalement, vous êtes reparti pour un tour. Qu’est-ce qui vous a fait replonger pour un tour ?
C’est la descente qui m’a fait replonger, parce que, honnêtement, si on restait en Ligue 2, j’arrêtais. Je n’avais vraiment pas envie de finir sur une descente.
À quel moment avez-vous pris la décision de changer d’avis ? Était-ce déjà dans un coin de votre tête avant ce fameux match à Saint-Étienne ?
Avant ce match, on savait déjà qu’on descendait. J’avais donc déjà un peu envie de continuer. Et puis finir par ce match, jouer à Geoffroy-Guichard, avec cette ambiance, ça donne aussi envie de continuer à jouer au football. On peut dire que j’ai pris ma décision un peu avant et pendant le match. Honnêtement, la dernière semaine de compétition, ça a pas mal tourné dans ma tête. Puis, au dernier match, je me suis dit : « Allez, il faut y retourner quand même », parce que finir comme ça, ce n’est pas très beau.
J’avais très mal vécu cette saison. J’avais donc envie de repartir sur quelque chose de nouveau.
Thomas Monconduit, défenseur de l’Amiens SC.
Vous aviez vécu trop de choses positives avec ce club pour finir sur une note aussi négative…
C’est exactement ça. Sportivement et même humainement, je n’avais pas envie de finir sur cette note négative. J’avais très mal vécu cette saison. J’avais donc envie de repartir sur quelque chose de nouveau. Toute ma famille devait venir pour le dernier match à domicile. J’avais réservé 30 places. Finalement, personne n’a pu venir, c’était un peu triste. Cela a aussi un peu joué dans mon choix.
Depuis quelques jours, les langues commencent à se délier. C’était vraiment si difficile que ça l’an dernier au sein du groupe ?
C’était très dur humainement. Il y a des années comme ça. C’était vraiment très difficile.
Est-ce le sportif qui a amené la dégradation de l’humain ou aviez-vous décelé des signaux dès le début de saison ?
C’est un tout. On savait dès le début de saison que ce serait compliqué, l’équipe était très jeune. Encore une fois, je trouve que notre état d’esprit général de l’année dernière n’était pas bon du tout. Honnêtement, c’est très difficile. C’était dur de faire passer les messages, d’être écouté. Quand on s’investit, à un moment donné… Je l’avoue, j’ai un peu lâché, parce que quand tu donnes tout, que tu mets ton cœur, que ça ne paye pas et que personne n’est réceptif, c’est difficile. Cela a été très dur à vivre.
Avant même de parler de résultat, on imagine que vous espérez retrouver du plaisir sur ce qui doit être pour de bon votre dernière saison ?
C’est ce que j’ai dit aux dirigeants quand j’ai à nouveau signé. Moi, honnêtement, les résultats sportifs m’importent peu dans un premier temps. C’était vraiment de retrouver une cohésion, de retrouver un groupe, de retrouver des valeurs humaines. Et je suis sûr que si on a tout ça, les résultats sportifs vont suivre après. Donc là, cette année, on a un très bon groupe. Il n’y a que des bons mecs, honnêtement. Et je suis content de continuer.
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On ne va pas toujours faire la comparaison avec l’épopée des braqueurs, mais le club semble retrouver des ondes similaires à cette époque dorée…
Je suis complètement d’accord. J’en parlais hier avec Lucas Clément (le directeur sportif, ndlr). Que ce soit en interne, au sein du club, ou avec les joueurs, j’ai l’impression qu’il y a une forme de simplicité qui est revenue. C’est cool. C’est qu’on s’embourgeoise peut-être un peu quand on est en Ligue 2 ou en Ligue 1. Finalement, on se rend compte que quand on redescend, ce qui compte, ce sont les valeurs humaines. Et là, j’ai l’impression qu’on a retrouvé ça.
Tout ça alors que l’Amiens SC repart de zéro ou presque, avec 20 nouveaux joueurs, mais tout semble se faire assez vite et naturellement…
Ouais, ça a été très vite. Encore une fois, je vais me répéter, mais quand il y a de bons êtres humains, ça va vite. Le coach, Lucas (Clément), Christophe (Duprez, le vice-président, ndlr), et le président (Bernard Joannin), ont tous fait un super boulot pour qu’on soit tous là à la reprise. Maintenant, il faut que la mayonnaise prenne.
Honnêtement, l’année dernière, j’étais tellement pas bien mentalement que physiquement, ça n’allait pas.
Thomas Monconduit, défenseur de l’Amiens SC.
Récemment, Alain Pochat évoquait votre rôle de « papa » au sein du groupe. C’est une mission que vous prenez vraiment à bras-le-corps ?
Vraiment, oui. C’est quelque chose que je voulais faire déjà l’année dernière. C’était quelque chose qui était difficile. Là, je sens que c’est quand même un groupe beaucoup plus réceptif. Je sens que je vais pouvoir plus apporter de par mon expérience. C’est quelque chose que j’ai vraiment envie de faire. J’ai aussi envie de leur faire découvrir la ville. J’ai envie que les gens les découvrent aussi. J’ai envie qu’on partage un truc, qu’on refasse comme avant, qu’il y ait une communion entre les joueurs et les spectateurs.
Sur le plan physique, vous avez régulièrement évoqué vos soucis la saison dernière. Comment vous sentez-vous ?
L’an dernier, c’était aussi lié à la tête. Honnêtement, l’année dernière, je n’étais tellement pas bien mentalement que physiquement, ça n’allait pas. Là, ça va très bien. J’ai juste ma petite alerte au quadriceps, mais c’est le quadriceps pour lequel je me suis fait opérer il y a deux ans. Et de temps en temps, j’ai une petite alerte comme ça. Mais c’est aussi beaucoup lié à la tête.
Repartir en Ligue 3, à 35 ans, après avoir connu la Ligue 1 et la Ligue 2, cela ne suscite pas de crainte particulière ?
Non. Ce qui me procure du plaisir, c’est de jouer au football, peu importe le niveau. Je suis bien au club, j’avais juste envie de rester ici et de jouer.
Le club vous présente désormais comme un défenseur central. Comment appréhendez-vous cette reconversion ?
Plus on vieillit, moins on avance. Non, mais c’est un rôle… Défenseur, oui et non, c’est un rôle assez hybride, en fait. Le coach me demande d’être derrière, mais de m’intégrer au milieu de temps en temps pour mettre les équipes en difficulté. Ça me permet aussi d’être un peu libre, c’est cool. Et puis de guider un peu tout le monde par l’arrière aussi. C’est un poste que j’aime bien. J’avais déjà un peu joué dans ce rôle à Saint-Étienne, avec (Laurent) Batlles. Maintenant, il faut juste que je travaille un peu mon explosivité pour être un peu meilleur dans la profondeur, mais ça, ce sont des choses qu’on va travailler à la préparation.
C’est à nous de faire le boulot sur le terrain et de donner aux gens envie de revenir, tout simplement.
Thomas Monconduit, défenseur de l’Amiens SC.
Collectivement, quelles peuvent être les ambitions de l’Amiens SC cette saison ?
Il faut déjà être une équipe qui fait plaisir aux gens. Ensuite, ce sont les ingrédients, ce que l’on va mettre sur le terrain, qui permettront d’avoir des résultats. Personne n’est devin ici pour dire : « On va jouer ceci ou cela ». Moi, j’ai envie qu’on donne du plaisir aux gens, qu’on se fasse plaisir à nous-mêmes, qu’on produise du jeu, que les gens s’identifient à nous. Après, les résultats, ils seront ce qu’ils seront.
Recréer ce lien avec le public, qui s’était totalement perdu ces dernières années, c’est aussi quelque chose qui vous tient à cœur en tant que joueur qui a vécu les plus belles heures du club…
Il y a vraiment de bons mecs dans le groupe, je suis sûr que les gens vont s’identifier à eux et revenir au stade. J’espère qu’ils vont nous donner une chance, mais après c’est à nous aussi d’aller chercher les gens. Parce que je trouve que c’est facile de dire : « Venez, donnez-leur une chance ». Non, c’est aussi à nous d’aller les chercher. C’est à nous de faire le boulot sur le terrain et de donner aux gens envie de revenir, tout simplement.
Vous allez disputer votre tout premier match de préparation contre le Paris 13, ce samedi. On imagine que vous avez également hâte de voir cette nouvelle équipe à l’œuvre…
Ouais, j’ai hâte. J’ai hâte de voir l’état d’esprit qu’on va afficher directement dès le premier match amical. Puis moi aussi, j’ai hâte de découvrir les joueurs en condition de match, puisque finalement, je ne connais pas vraiment tout le monde. C’est bien, on se voit à l’entraînement, je vois les qualités que l’on a, mais en match, c’est différent, donc j’ai hâte aussi de voir ça.
Tous propos recueillis par Romain PECHON et Benjamin HERMEL
Crédits photo : Iconsport
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