Présent en conférence de presse mercredi matin, Christophe Duprez a pris le relais de Bernard Joannin à propos de l’épineux dossier des relations avec les supporters. Et si le vice-président de l’Amiens SC condamne les agissements survenus en fin de saison dernière, il assure que la direction garde « les bras grands ouverts » pour tenter d’apaiser la situation.
Après plusieurs saisons délicates dans les relations avec les supporters, notamment en ce qui concerne le groupe Tribune Nord Amiens, comment comptez-vous procéder pour crever l’abcès et renouer le dialogue ?
Ce qui plaît aux supporters et aux partenaires, c’est de vibrer, c’est de gagner des matchs. C’est sûr que cette année, je les comprends : il y a eu trop peu de victoires à la maison. Nous n’avons jamais fermé la porte. Mais pour qu’il y ait des échanges, il faut être deux. La saison dernière, nous avons ouvert la porte à chaque fois, nous avons souhaité les rencontrer. Encore une fois, nous n’avons souvent eu que des réponses négatives de leur part.
Ces personnes font partie de la famille de l’ASC. Qu’elles ne soient pas contentes, je l’entends. Maintenant, les bras de la direction sont grands ouverts et, si elles le souhaitent, elles sont les bienvenues pour un temps d’échange. Cette situation pénalise le club. Avoir une tribune Nord, ou en tout cas certains supporters, dans la protestation… Le match à huis clos contre le Red Star est aussi la conséquence de leur comportement. Il y a eu des jets de fumigènes et d’engins pyrotechniques sur des joueurs. La Ligue nous a sévèrement punis.
Ce que je souhaite, c’est que chacun reste dans ses prérogatives, que chacun se respecte, en toute légalité, et que chacun s’inscrive dans un temps d’échange à l’avenir. Je pense que nous avons tout intérêt, de part et d’autre, à renouer le dialogue et la communication. Ce sont parfois des personnes qui ne souhaitent pas forcément dialoguer et qui remettent beaucoup en question la politique du club. Elles peuvent penser ce qu’elles veulent, mais encore une fois, si l’on veut que ça s’améliore, il faut que chacun fasse un pas vers l’autre. Nous sommes prêts à le faire, nous tendons les bras.
Beaucoup de supporters se posent des questions sur la fermeture de certaines tribunes. Des habitués de la tribune Sud, par exemple, vont devoir déménager cette saison. Concrètement, l’Amiens SC réalise quelles économies avec cette décision ?
J’ai vu cette question sur ton site, Romain. Il y a un double intérêt. Je pense qu’il faut faire venir ce public au stade et cela passera par les victoires. Nous n’avons pas dit qu’à un moment ou un autre de la saison, si l’équipe performe, qu’il y a un engouement et qu’on en a la nécessité, nous ne rouvrirons pas les tribunes. Cela pourra se faire d’un match à l’autre, en fonction de l’adversaire et de l’affluence prévue. Ce que je souhaitais, c’est d’avoir des tribunes plutôt pleines plutôt que de retrouver 300 personnes en tribune Est et 200 en tribune Sud. Face caméra, on aura une tribune Est bien chargée.
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Et puis, dans cette idée d’économie, vous savez que quand on ferme la tribune Sud, ce sont des stadiers et des hôtesses en moins à la porte. C’est tout un écosystème qui, forcément, apporte des économies au club. L’idée est d’ouvrir une seule porte, la porte A, et de faire rentrer tout le monde par là pour alimenter les tribunes Est, Nord et Ouest. Cette dernière sera dédiée à l’ensemble des partenaires, Loges et VIP.
Dans ce même esprit, et cela n’a pas été dit, nous avons aussi réfléchi à la manière de baisser le nombre d’agents de sécurité. Vous savez que c’est un poste très important : les charges de sécurité dans ce stade représentent aujourd’hui plus de 350 000 euros pour le club. Nous allons également fermer la Bodega. Cela ne touche pas que les spectateurs ou les abonnés, cela concerne aussi les partenaires. Par exemple, l’hiver, chauffer la Bodega coûte plus de 1 500 euros à chaque match.
Autre exemple : auparavant, le stage de préparation se déroulait pendant une semaine au Touquet ; cette année, ce sera trois jours à Montreuil-sur-Mer. Nous prendrons les navettes du centre de formation pour nous y rendre, et non le bus. Ce sont peut-être de petites choses, mais mis bout à bout, les petits ruisseaux font les grandes rivières. C’est aussi cet état d’esprit que je veux reconstruire : faire comprendre que tout n’est pas acquis. On revient à des choses normales.
D’autres économies sont-elles à prévoir au niveau du centre de formation ?
Il y a des réductions de charges importantes au centre de formation, mais aussi au niveau de la SASP (le club professionnel, ndlr). Nous avons souhaité prendre un nouveau virage. Je ne critique pas les années antérieures, mais quand on avait un fort décalage entre nos ressources et nos dépenses, il était souvent comblé par le trading. Ce qui, par nature, amenait parfois un déséquilibre de la performance sportive.
La direction que l’on a prise cette année, et qui doit se construire, c’est que le trading soit la résultante de la performance de notre équipe. L’idée n’est pas de faire venir des joueurs en réfléchissant à leur potentiel de revente dès le départ. C’est un peu différent. C’est une nouvelle manière de travailler qui peut s’avérer économiquement difficile sur les premières années. Il faut que les joueurs recrutés cette année performent et que l’on équilibre au maximum nos comptes pour avoir moins de pression économique, afin de ne pas être dans l’obligation de vendre nos joueurs.
Le raisonnement est le même au niveau du centre de formation. On va essayer de travailler mieux, avec moins de personnes. Certaines étaient en fin de contrat, nous n’avons pas souhaité les renouveler. Par exemple, il n’y aura plus qu’un seul kiné au lieu de deux. On a également recruté des alternants. Nous avons essayé de gratter petit à petit sur chaque ligne de charge pour économiser des euros qui, au bout du compte, représentent les 5 ou 6 millions d’économies qu’il était nécessaire de faire. Ce n’est pas neutre, et on s’est bien gratté la tête pour boucler le budget.
Qu’en est-il du dédommagement prévu pour les supporters qui n’ont pas pu assister au dernier match de championnat en raison de la sanction prise par la Ligue de football professionnel (LFP) ?
Le processus a été lancé. On propose un remboursement pour ceux qui le souhaitent, ou un « abandon » pour ceux qui désirent contribuer, qui sont des amoureux du club et ne souhaitent pas être remboursés. Ce dédommagement a été proposé à la fois à nos partenaires et au public du stade, qu’il soit abonné ou non.
Dans ce contexte, quelle affluence moyenne espérez-vous pour cette nouvelle saison ?
Encore une fois, sans langue de bois, la campagne de réabonnement est assez poussive à date. Je pense que la programmation du samedi à 15 heures ne facilite pas la tâche non plus. C’est un moment de partage en famille, ou l’heure où les enfants ont leurs propres activités, comme le football. Je pense qu’un grand nombre de nos abonnés attendent de voir l’équipe, les premiers matchs amicaux puis officiels, et la manière dont elle se comporte. J’espère 3 000, 3 500 ou 4 000 spectateurs. Ce seront nos performances sportives qui feront venir le public. Nous, comme tout le public amiénois, on a envie de gagner, qu’on soit en Ligue 3 ou en Ligue 2.
Propos recueillis par Romain PECHON
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