Coupe de France. Mathieu Vallois (Abbeville) avant d’affronter l’Amiens SC : « Je le dis franchement, j’y crois »

À l’approche du derby samarien face à l’Amiens SC pour le 5e tour de la Coupe de France, Mathieu Vallois, l’entraîneur du SC Abbeville (R2), s’est confié au 11 Amiénois. Entre la gestion des émotions, les enseignements tirés du parcours de la saison passée et l’ambition de réaliser un exploit historique, le technicien abbevillois aborde ce choc avec un mélange de sérénité, de pragmatisme et de conviction.

L’état d’esprit avant de recevoir l’Amiens SC

Comment abordez-vous ce cinquième tour si particulier ? Entre excitation et impatience, quel est votre sentiment ?

Tout se cumule et tout s’additionne. Comme j’ai dit aux garçons, nous ne voulions absolument pas parler du tirage au sort au moment où il est tombé le jeudi ou le vendredi. Notre fil rouge, cela reste avant tout le championnat, et nous avions un match capital à domicile contre Montreuil-sur-Mer qu’il fallait absolument négocier. Nous n’en avons donc pas parlé le vendredi, ni le dimanche. Le lundi, tout le monde est arrivé au stade avec la banane parce que nous avions gagné. L’équipe réserve s’est imposée elle aussi, donc tout allait bien au club.

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Notre rituel du lundi soir, c’est de nous entraîner en commun avec le groupe 2 et les entraîneurs de la réserve. Nous n’avons absolument pas changé nos habitudes : nous avons fait notre séance commune tous ensemble. La venue d’Amiens était évidemment dans toutes les têtes, on en parlait, mais nous l’avons plus ou moins mise de côté pour la préparation du match. Comme je l’ai répété aux garçons, nous n’avions que deux séances pour préparer ce rendez-vous. Ce n’est pas à nous d’arriver en pensant qu’on va changer le cours du monde en deux heures d’entraînement ou en élaborant des plans tactiques extraordinaires. Nous avons mis les choses en place à partir de mercredi, et nous continuons ce soir. Nous leur parlons énormément de l’état d’esprit et de l’euphorie qu’il pourrait y avoir autour du stade.

Avec ce match de la saison dernière face à Dunkerque, je pense que les joueurs sont un peu moins dans le questionnement. Les trois quarts de l’effectif présent l’an dernier sont toujours avec nous, avec l’apport de jeunes supplémentaires. Nous savons donc à quoi nous attendre sur tout l’avant-match. Le petit point d’interrogation réside à 19h30 : quelle équipe Amiens va mettre en place et avec quel état d’esprit ils vont débarquer ? Nous connaissons notre état d’esprit : il y a à 2000 % l’envie de créer l’exploit. Maintenant, comment Amiens va aborder ce match ? Je ne sais pas, ils ne vont pas venir en victimes, mais nous verrons bien.

S’appuyer sur l’expérience de la saison passée face à Dunkerque

On vous en parle énormément autour de vous. Comment faire pour ne pas se laisser paralyser par la pression et par cet engouement populaire ?

Bien entendu, depuis le jeudi soir du tirage, je suis le premier hyper heureux de recevoir l’Amiens SC et hyper motivé à l’idée de jouer ce match avec les garçons. On nous en parle constamment. En plus, je travaille au stade tous les jours, donc de 8h du matin à 21h, on ne me parle que d’Amiens. Quand on croise les anciens, ils nous parlent de l’Amiens d’antan. Quand on parle aux plus jeunes, ils sont sur l’exploit en se disant que ça va être dur. On entend de tout, mais les gens y croient et ont confiance en nous. À nous de croire en nos chances et de venir sur le terrain avec l’état d’esprit nécessaire pour créer cet exploit.

Pour ne pas être inhibé, il faut justement se servir de ce que nous avons mal géré la saison dernière avant Dunkerque. Pour leur faire prendre l’ambiance du stade et du climat, je les avais fait sortir beaucoup plus tôt que d’habitude. Cela a eu l’effet inverse : tout le monde est resté statique à regarder les spectateurs et nous n’avons pas réussi à rentrer dans notre match.

Cette fois, avec mon adjoint Christophe Wargnier, nous avons décidé de ne rien changer à nos habitudes de championnat. Nous sortirons à la même heure que d’habitude et nous les prendrons tout de suite en main. Les joueurs sont conscients de ce qui va se passer autour du terrain. Le match de Dunkerque a servi au club pour l’organisation, mais il va nous servir à nous sur le terrain pour entrer dans la rencontre dès le début et ne pas être timorés.

Dunkerque était un gros morceau, mais le match était plié très rapidement l’an dernier…

Clairement, face à Dunkerque, nous avons très mal joué notre entame de match. C’était dû aux consignes et à l’aspect sportif, mais Dunkerque était venu avec la grosse équipe pour plier l’affaire dès les premières minutes, ce qu’ils ont fait. Aujourd’hui, nous savons à quoi nous attendre et comment contrecarrer cette entame pour tenir le plus longtemps possible et espérer quelque chose.

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Nous avons analysé le match de l’Amiens SC face à Villefranche. Villefranche était venu pour défendre, peut-être de la même façon que nous allons jouer samedi. On a vu une équipe amiénoise qui aime avoir le ballon et imposer sa possession. Nous avons relevé des points techniques et tactiques avec Christophe et les deux coachs de la réserve. Nous étions cinq à échanger là-dessus.

Beaucoup de respect pour l’Amiens SC

Et quels enseignements en avez-vous tiré ?

Les points forts de cette équipe amiénoise reposent sur tous ces jeunes survoltés qu’ils ont devant : le petit (Lassina) Diakité, le jeune (Enzo) Somon de l’autre côté, ou le jeune Ely (Julien) qui est rentré en deuxième mi-temps. Ce sont beaucoup de jeunes qui n’ont pas encore vécu de grandes épopées en Coupe de France et qui ont envie de vivre quelque chose pour leur première expérience professionnelle avec Amiens. Je pense aussi au jeune (Islam) Ramla, qu’on a croisé l’an dernier et qui nous avait fait très mal avec Amiens Porto.

C’est une équipe très performante, sur une série d’invincibilité, mais à nous de jouer notre chance à 100 %.

Mathieu Vallois, entraîneur du SC Abbeville.

Nous allons malheureusement le recroiser demain. Il y a beaucoup de forces offensives et d’enthousiasme, à l’inverse d’anciens pros qui pourraient se dire que la Coupe de France est derrière eux. C’est une équipe jeune en construction où le coach fait tourner, donc tout le monde a sa carte à jouer. C’est une équipe très performante, sur une série d’invincibilité, mais à nous de jouer notre chance à 100 %.

lI ne faut donc absolument pas compter sur un quelconque relâchement de leur part ?

Je n’y pense pas du tout. En ayant entendu le coach cette semaine et en sachant qu’il est venu nous observer, je pense qu’il prend cela très au sérieux. C’est un groupe jeune où tout le monde a encore à prouver auprès de l’entraîneur pour trouver sa place de titulaire ou même dans le groupe. Ce n’est pas comme une équipe installée depuis longtemps avec des cadres assurés de jouer. C’est une équipe bâtie par le directeur sportif avec beaucoup de jeunes qui ont envie de se montrer. Ce match face à nous va aussi leur servir de test devant leur coach.

Le SC Abbeville rêve d’un grand soir

Cela fait sept ans que vous êtes à la tête de l’équipe. Comment voyez-vous l’évolution d’Abbeville et les perspectives du club entre les travaux et les projets avortés de fusion ?

Malheureusement pour les nostalgiques, je pense qu’Abbeville est aujourd’hui à la place où il doit être. C’est très compliqué aujourd’hui de bâtir une équipe hyper compétitive pour évoluer au plus haut niveau régional. Nous sommes en R2 et nous faisons avec nos moyens. Notre projet depuis quelque temps est d’évoluer avec nos jeunes. L’an dernier face à Dunkerque, nous avions 5 ou 6 U19 dans le groupe des 18.

Demain, nous nous dirigeons à nouveau vers 3, 4 ou 5 U19, plus 2 ou 3 U20, quasi tous formés au club. Le projet d’Abbeville est là : travailler le mieux possible avec nos catégories de jeunes pour alimenter l’équipe première. La situation financière actuelle ne nous permet pas de recruter des joueurs extérieurs, mais en tant qu’entraîneur en place depuis sept ans, je suis le premier ravi de cette orientation.

Quelle serait la soirée rêvée pour vous ce samedi ?

Quoi qu’il arrive, je sais que je vais passer une bonne soirée. Voir ce Stade Paul-Delique rempli, observer mes jeunes joueurs avec des étoiles dans les yeux, revoir les supporters et voir une équipe pro fouler notre pelouse face à nous, ce sera super. La cerise sur le gâteau serait évidemment la qualification. Et je vous le dis franchement : moi, j’y crois !

Depuis le tirage, j’ai envie d’y croire et j’ai envie que mes joueurs y croient. C’est une intuition. Le jeudi matin du tirage, j’étais au stade et je disais à ceux qui m’entouraient : « Les gars, on va tirer l’Amiens SC. » On me répondait de ne pas m’avancer, mais nous avons tiré l’Amiens SC. Et depuis ce soir-là, je leur répète à tous : j’y crois, j’y crois, j’y crois ! J’ai envie de garder cet espoir jusqu’au bout.

J’espère que l’histoire ne se répètera pas comme en 2015, avec ce but pris à la 90e minute face à l’Amiens SC. Pourquoi l’histoire ne s’inverserait-elle pas avec un but à la 90e du SC Abbeville ? Ce serait magnifique. Pour moi, l’Amiens SC reste le club phare du coin, le club phare picard et notre locomotive à tous. On peut critiquer, mais moi je me fiche des critiques. C’est un club que j’apprécie beaucoup, avec des personnes à l’intérieur pour lesquelles j’ai énormément d’affection.

Je suis le plus heureux de les recevoir à Abbeville, et je serais le plus heureux de pouvoir les éliminer. L’histoire nous le dira !

Tous propos recueillis par Romain PECHON

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