Élu joueur du mois de septembre par les lecteurs du 11 Amiénois, Yannick Pandor s’est imposé comme l’un de tous grands artisans de la montée en puissance de l’Amiens SC. Infranchissable dans le jeu, le gardien de but revient en exclusivité sur son intégration réussie, la cohésion avec sa doublure Victor Delins et son ambition intacte pour la suite de la saison. Découvrez la première partie de notre entretien long format.
Yannick Pandor content de son début de saison
Yannick, vous avez été élu joueur du mois de septembre par les lecteurs du 11 Amiénois. Quel est votre rapport à ce genre de distinctions individuelles ? Est-ce que vous y portez une attention particulière ?
Déjà, je souhaiterais remercier ceux qui ont pu voter pour moi pour ce soutien, pour le soutien de tous les Amiénois que je peux recevoir depuis le début de la saison. Ce n’est pas que cela m’importe énormément, j’essaie de ne pas trop me concentrer sur ce que je peux entendre en dehors du terrain. J’essaie de me concentrer moi-même sur mes performances et après, quand c’est positif, c’est tant mieux. Après, ça fait toujours plaisir de voir que les gens parlent en bien de vous. C’est positif, cela veut dire qu’on fait un bon début de saison, que je fais un bon début de saison et c’est tout ce que je voulais.
Justement, cette récompense est là pour honorer votre début de saison dans son ensemble. Il y avait déjà eu un mois d’août solide, même si collectivement, c’était un petit peu plus dur. Comment expliquez-vous cette intégration express ?
Je me sens très bien dans le club, au sein de l’effectif, dans cette ville. Et cela se ressent après en dehors du terrain, sur le terrain et c’est ça que j’ai envie de faire ressentir aux gens. J’ai aussi été recruté pour le côté humain, d’aider pour créer de bonnes affinités avec tout le monde, réunir un peu tout le monde dans ce groupe qui était nouveau. Il y avait beaucoup de nouvelles têtes.
Moi-même, j’étais nouveau, mais au final, quand tout le monde est nouveau, j’ai des facilités à aller vers les gens. Forcément, cela allait être plus facile pour moi et c’est ce qui s’est passé. Et au fur et à mesure, après, sur le terrain, il faut être performant parce qu’on a beau être bien en dehors du terrain, si on n’est pas performant sur le terrain, le plus important, c’est sur le terrain. Et donc, au final, ça s’est bien passé, ça se passe bien et j’espère continuer comme ça.
Peut-on dire que vous êtes déjà un cadre de ce nouveau vestiaire ?
Franchement, je me sens bien dans mon rôle. Je ne vais pas dire cadre, parce qu’il y a encore au-dessus de moi dans ce sens-là, mais j’ai cette facilité à discuter avec les gens, à parler de tout avec les gens, à essayer d’écouter un peu les problèmes à droite, à gauche, pour essayer d’améliorer ce qu’on peut améliorer, pour réunir un peu tout le monde dans ce groupe. Je trouve ça important qu’il y ait des personnes qui puissent faire ça, et je le fais avec plaisir
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Avez-vous l’impression de déjà donner le meilleur de vous-même ou est-ce que la meilleure version de Yannick Pandor est encore à venir ?
Non, pour moi, la meilleure version, elle est toujours à venir. J’essaie jour après jour de m’améliorer, notamment sur mes axes de progression. Mais non, pour moi, je ne me contente jamais de ce que j’ai pu faire, de ce que j’ai fait. J’en veux toujours plus.
Sur ce début de saison, une statistique a beaucoup fait parler. Vous êtes le seul gardien titulaire d’un club professionnel en France à n’avoir toujours pas pris le moindre but dans le jeu cette saison. Ça suscite une fierté particulière ?
C’est assez flatteur parce que j’ai vu la statistique, on me l’a envoyée un peu de partout. C’est une statistique assez folle déjà parce qu’en soi, c’est très flatteur pour un gardien de but. Cela montre aussi l’efficacité de notre défense, mais c’est flatteur pour moi parce que ça parle de clean sheet. On parle souvent des gardiens quand on parle de clean sheet, mais c’est vraiment un collectif. Ça part des attaquants, des milieux, ça part de tout le monde qui se bat pour que je concède le moins d’occasions possible.
Parce qu’au final, quand on regarde bien les matchs, quand on regarde bien les contenus des matchs, j’ai très peu de situations, d’arrêts à faire. Après, mon rôle, c’est justement d’être concentré dans les très peu de situations que je peux avoir, d’être décisif. Et pour l’instant, c’est le cas, mais c’est pour souligner surtout l’importance de l’effectif, de ma défense, de la solidité, des mouvements qu’on peut apporter.
Et franchement, pour une saison, commencer défensivement comme ça, c’est une très bonne base. Je pense que c’est la meilleure base possible. D’abord bien défendre pour ensuite attaquer. On a pu le voir sur le début de saison, on n’a pas pu marquer mais malgré tout, on a été solide défensivement. Et une fois que tu es solide défensivement tous ensemble, au fur et à mesure, ça se détend, ça se débloque offensivement.
Vous dites que vous n’avez pas beaucoup d’arrêts à faire, il y en a quand même eu certains marquants et à des moments cruciaux. Quel est, sur ce début de saison, pour vous, l’arrêt le plus difficile ou celui qui vous a rendu le plus fier ?
Pour moi, ce ne sont pas des arrêts super difficiles. Ce ne sont pas des arrêts que je vais retenir dans ma carrière. Mais ce sont des arrêts importants, comme vous l’avez dit, parce qu’ils sont réalisés à des moments importants, même si je dois être présent à ces moments-là. Si pour moi, je ne fais pas cet arrêt, pour moi, ça ne doit pas être normal. Je dirais que ce n’est pas vraiment impressionnant. Je n’ai pas un arrêt qui me fait dire que là c’était exceptionnel. J’ai simplement été là au bon moment.
Un collectif qui monte en puissance
Après un début de saison difficile, l’Amiens SC reste sur 7 matchs sans défaite en championnat et cette large victoire contre Versailles à la fin août. Peut-on parler de match déclic qui a lancé votre saison ?
Pour moi, une saison, c’est surtout une question de confiance pour les joueurs offensifs comme pour les joueurs défensifs. Quand on réalise un clean sheet, c’est une question de confiance. Après, ça se débloque. Ce n’était pas un manque de qualité, je le savais depuis le début. Je côtoie les joueurs tous les jours, je les connais. Il fallait ce petit déclic, ce petit truc de se dire qu’on est capable de marquer, qu’on sait marquer et qu’on va marquer.
On a eu ce déclic et maintenant, ça déroule. Et il faut encore avoir plus d’exigence parce qu’on sait que c’est dans ces petits détails qu’on va pouvoir faire la différence. Comme par exemple face à Valenciennes où on aurait dû tuer ce match. Mais ce sont des petits détails qui doivent se régler au fur et à mesure. C’est pour ça qu’on travaille tous les jours.
L’effectif a complètement été recomposé durant l’intersaison. Pourtant, on a le sentiment que, sur les premiers matchs, vous traîniez la saison dernière comme un boulet, alors que vous n’étiez pas responsables de la descente…
Bien sûr, parce qu’on a des responsabilités. On connaît la situation du club et on porte un écusson. On porte un écusson qui doit rendre fiers les supporters. On savait en venant ici que les supporters n’étaient pas heureux de la situation actuelle. Forcément, on démarre dans ce sentiment-là, que d’abord, il faut essayer de rétablir ce sentiment de plaisir. Moi, quand je suis arrivé ici, mon premier mot, c’est de faire plaisir aux supporters, refaire plaisir aux supporters, redonner l’envie aux supporters de revenir au stade pour redonner de l’ambiance, de la joie.
Pour moi, je prends du plaisir à jouer au foot et je veux retransmettre ce plaisir. Et quand je sais que ce club qui mérite au moins d’être en Ligue 2, quand je vois qu’ils ont connu une descente, pour moi, je me dis que ce n’est pas normal et je veux retrouver, je veux leur redonner ce qu’ils méritent.
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Avez-vous l’impression que ce lien se recrée petit à petit, au gré des victoires ?
Exactement. De toute façon, le football, c’est ça. On va retrouver tous les supporters au fur et à mesure des bonnes dynamiques. En fait, il faut tout donner, les résultats vont suivre avec. Mais quand tu donnes tout sur un terrain, je pense qu’il n’y a pas de secret. Les supporters vont se reconnaître à travers l’équipe, à travers l’envie de chaque joueur, de la détermination. Et c’est ça qui va faire revenir un peu tout le monde. Et après, c’est sûr que les résultats, plus ils sont positifs, plus ils donnent envie aux supporters de revenir.
L’Amiens SC est aujourd’hui dans le bon wagon mais a raté l’occasion de grimper sur le podium en ne l’emportant pas à Valenciennes le week-end dernier. Cela suscite-t-il un goût d’inachevé ?
Oui, mais au final c’est positif. Cela veut dire qu’on souhaite gagner tous les matchs et aussi qu’on sait qu’on pouvait gagner certains matchs. On sait qu’on pouvait prendre encore plus de points et être encore plus haut au classement. On sentait que certaines rencontres devaient basculer de notre côté. Ce qui est positif aussi c’est qu’on garde cette dynamique d’équipe invaincue en conservant notre série.
Victor Delins, une doublure qui assure
Dans ce contexte très positif, n’avez-vous pas ressenti un petit pincement au coeur de devoir partir en sélection pendant que vos coéquipiers poursuivaient le championnat ?
Franchement, cette saison, je veux rater le moins de matchs possible. Parce que je sens qu’il y a quelque chose de fou à faire. Et j’ai envie d’apporter mon soutien, mon aide, tout ce que je peux apporter à cette équipe. Forcément, j’étais un peu triste quand j’ai appris qu’il n’allait pas y avoir de trêve pour la Ligue 3. Ce qui est un peu dommage quand on sait que maintenant, c’est un championnat professionnel.
Forcément, j’ai été dégoûté. Après je connais Victor (Delins), ses qualités. Je ne me suis pas fait de souci. J’ai tellement confiance en lui. Au sein des gardiens, on a une très bonne entente. Maintenant, je connais Victor d’avant. On s’est donc envoyé des messages, on se soutient pour que l’un comme l’autre soit bien dans sa tête. Je savais qu’il allait faire de bons matchs et que ça allait bien se passer pour lui.
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Vous n’avez donc pas été surpris de le voir performer autant durant votre absence ?
Non. Je le sentais super serein. C’est un très bon gardien, qui a de très bonnes qualités. Il avait juste à faire ce qu’il faisait habituellement et ça allait bien se passer. Quand j’ai regardé les matchs durant mon absence, par exemple face à Villefranche, il a été super décisif. Je suis super fier de lui, je lui ai envoyé un message directement à la fin du match.
La hiérarchie au poste est claire, vous êtes le numéro 1, mais cela ne vous empêche pas de vous pousser les uns les autres et d’avoir même une relation qui dépasse le cadre du football…
Chez les gardiens, c’est important d’être dans un esprit sain entre nous. Il n’y a pas de rivalité. On se pousse l’un comme l’autre chaque jour à l’entraînement pour faire ressortir le meilleur de nous-mêmes. Et c’est ça qui est top. Demain, si Victor joue, je vais le soutenir à fond. C’est un échange mutuel. C’est top aussi parce que c’est un super gars, je peux lui faire confiance comme il peut me faire confiance.
Chaque jour, à l’entraînement, on se pousse dans les petits jeux, de savoir qu’il y a quelqu’un derrière vous qui vous pousse, qui vous titille, qui a envie aussi, parce que c’est normal, personne n’a envie de ne pas jouer, mais tout le monde se pousse et franchement, c’est positif pour l’équipe au final.
Propos recueillis par Romain PECHON
Crédits photo : Philippe Lecoeur/Icon Sport
