Amiens SC. « En claquettes », « un mort et un vivant » : Alain Pochat prévient ses joueurs avant le 5e tour de Coupe de France à Abbeville

À la veille du 5e tour de la Coupe de France au Stade Paul-Delique, Alain Pochat aborde le derby contre le SC Abbeville (R2) avec une vigilance extrême. Conscient du piège potentiel qui se dresse devant son équipe, le coach de l’Amiens SC évoque le chemin à suivre pour éviter la mauvaise surprise.

L’approche et l’exigence de la Coupe de France

Comment abordez-vous ce déplacement à Abbeville et la compétition en elle-même ?

On ne change pas nos habitudes parce qu’il s’agit d’une autre compétition. L’idée est de mettre tout le monde dans les bonnes dispositions pour aborder ce match différent. En Coupe de France, il y a un mort et un vivant à chaque tour. Notre objectif est de passer pour exister le plus longtemps possible dans cette épreuve. C’est une compétition très importante à mes yeux.

Comment éviter le relâchement naturel qui pourrait s’installer face à une équipe évoluant quatre divisions en dessous ?

C’est à nous de faire en sorte que les joueurs ne se relâchent pas. Depuis le début de la saison, j’ai fixé des objectifs très précis en championnat comme en Coupe de France. Garder tout le monde concerné au sein d’un groupe aussi élargi est très positif, car cela offre de la vraie compétition à des joueurs plutôt que de simples matchs amicaux où il est plus difficile de conserver cet esprit de compétition.

Quand on est hiérarchiquement supérieur, il faut assumer ce statut sans se ramollir, sans suffisance et avec beaucoup d’humilité.

Alain Pochat, entraîneur de l’Amiens SC

J’ai toujours eu à cœur de bien figurer en Coupe. C’est une épreuve où il faut parfois de la réussite au tirage et savoir se sortir de tours pièges, mais elle est surtout révélatrice de l’état d’esprit et de l’identité d’un groupe. Ce sont souvent les mêmes clubs au fort ADN qui passent les tours. Cela montre la capacité d’une équipe à respecter l’adversaire, à s’adapter à toutes les conditions et à être « caméléon », une expression que j’aime beaucoup. Quand on est hiérarchiquement supérieur, il faut assumer ce statut sans se ramollir, sans suffisance et avec beaucoup d’humilité.

La formule nouvelle de la Coupe de France depuis quelques années, c’est qu’il y a tout de suite les pénaux derrière les 90 minutes, alors qu’avant, il y avait peut-être un phénomène d’usure qui pouvait jouer sur la durée avec les prolongations.

Rotation d’effectif en vue ?

Avez-vous l’intention d’effectuer une rotation importante ou de conserver l’ossature des derniers matchs ?

Certains garçons postulent depuis un moment et jouent avec la réserve en R1 pour garder du rythme. Il y aura quelques rotations avec des joueurs ayant participé au match de Villefranche ou ayant eu du temps de jeu en championnat. L’objectif est de trouver le bon équilibre pour faire souffler ceux qui ont beaucoup enchaîné tout en tirant la meilleure formule possible.

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Connaissez-vous bien cette équipe d’Abbeville ? Avez-vous pu l’observer ?

Je suis allé les observer moi-même dimanche dernier contre Montreuil. J’ai toujours pris ces matchs très au sérieux, quel que soit le niveau de l’adversaire, même en district. Là, nous avions la chance qu’ils jouent à domicile, ce qui m’a permis de m’imprégner du contexte, de voir l’état du terrain, l’organisation de l’équipe et la jeunesse de leur effectif. Nous avons également des images vidéo à montrer aux joueurs.

Un derby historique et la réalité du rôle de « favori »

C’est une affiche dans la Somme. Abordez-vous cela comme un véritable derby ?

C’est ce qu’on m’a transmis : un derby historique avec des matchs marquants, comme celui d’il y a quelques années où l’Amiens SC s’était imposé 1-0 à la 90e minute grâce à Emmanuel Bourgaud lors d’une saison conclue par une montée en Ligue 2. On peut voir cela comme un très beau présage !

Vous avez connu la Coupe de France dans des contextes différents, en tant qu’entraîneur du gros club comme cette saison avec Amiens contre Abbeville, mais aussi dans la peau du « petit » il y a quelques saisons avec Bayonne face à Pau. Qu’est-ce que cela change concrètement ?

Le petit rêve d’exploit. Il se dit que tout est possible. J’ai lu votre interview du coach, il y croit dur comme fer. Il a raison. Quand on veut passer des tours, il faut éliminer des fois des plus gros que soi. C’est là où on met en évidence son club, sa ville, parce qu’on joue un plus gros et qu’on a la capacité à faire un exploit. Il y en a chaque année en Coupe de France. 

Quand on est dans la peau du petit, on étudie bien l’adversaire. On espère que l’adversaire qui est plus gros arrive un peu en claquette et qu’on soit surmotivé, qu’il y ait l’apport du public autour, qu’il y ait une ambiance un peu surchauffée pour faire monter la sauce et que peut-être l’exploit soit réalisable, c’est sûr. Tout le monde a le droit de croire. Dans le foot, je pense que c’est un des rares sports où on peut voir ces exploits, où un club amateur, même pourquoi pas de district, moi j’ai vu un club de district éliminer une Ligue 1. 

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Le fait que beaucoup de vos joueurs découvrent le monde professionnel vous protège-t-il d’une approche en dilettante de la rencontre ?

Ils ont un statut professionnel et s’entraînent tous les jours. En passant des tours, ils s’offrent la possibilité de vivre des rencontres encore plus belles. Tout le monde rêve de recevoir une affiche contre l’Olympique de Marseille ou le Paris Saint-Germain ici à Amiens. Pour connaître ces émotions et jouer une Ligue 1 en 32es de finale, il faut avoir été performant et irréprochable sur tous les tours précédents. C’est le message que nous leur faisons passer.

Propos recueillis par Romain PECHON

Crédits photo : Baptiste Fernandez/Icon Sport

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